mercredi 8 octobre 2014

Sophie Divry - La condition pavillonnaire

Éditeur : Noir sur blanc - Date de parution : Août 2014 - 263 pages justes...

Elle s'appelle M.-A. et est fille unique de parents de condition modeste. Une enfance banale puis l'adolescence. Elle qui était fière honte du métier de son père en a désormais honte et trouve ringard ses parents. Vient le temps de la fac et la découverte de la ville, des soirées entre amis. Et lors d'une de ces soirées, elle rencontre François.

La suite pourrait-on dire coule de source. Ils aménagent ensemble, trouvent tous les deux un emploi, se marient et achètent une maison à crédit. Nous sommes à la fin des années 70 et M.-A. semble tenir le bonheur entre ses mains. Le premier enfant puis le second. Et la routine qui s'installe. M.-A. se rend compte qu'il manque quelque chose à sa vie, mais quoi ? Elle trouve du piment dans une relation adultérine, s'éprend follement de cet homme qui elle le croit va tout quitter pour elle. Sauf que pour lui ce n'était qu'une aventure de quelques mois. La dépression devient sa compagne, les enfants grandissent et quittent le nid familial, ses parents vieillissent. Et M.-A. cherche toujours comment remplir ce vide en elle. Prisonnière de son quotidien. On suit M.-A. jusqu'à son dernier souffle, on l'accompagne même. Car la narration à la deuxième personne du singulier, ce tutoiement nous fait pénétrer dans l'intime de M.-A. ancré dans un contexte social. On la voit s'ennuyer, accumuler les désillusions alors que les années continuent de s'écouler.

Il est impossible de ne pas penser à Annie Ernaux lors de cette lecture. Et même si le ton est quelquefois désabusé, ironique, ce livre si juste touche et  titiller (en faisant mal).  
Une lecture qui m'a laissée un goût mélancolique comme si malgré les changements d'époque certaines destinées semblent malgré tout formatées...

Tes yeux se posèrent sur la porte de réfrigérateur, automatiquement ton esprit se mit à faire une liste, tu savais ce qu'il manquait sur les étagères, des yaourts à boire , du beurra à tartiner, tu pensas ensuite au trajet vers le supermarché ce samedi avec tes deux enfants sur la banquette arrière. Car ce serait à l'avenir toujours la même chose, toujours ses matinées et ses repas, toujours en famille, ce souci constant des autres… tu étais donc condamnée à cela, toi, à tout jamais leur mère. 

Lu de cette auteure : La cote 400
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