vendredi 28 septembre 2012

Claudie Hunzinger - La Survivance


Éditeur : Grasset - Date de parution : Aout 2012 - 249 pages magnifiques, riches, profondes et remplies d'humilité !

Jenny et Sils, à l’aube de la soixantaine et  dénicheurs de livres dans les ventes, sont obligés de fermer la librairie qu’ils tenaient.  Expulsés, ces deux amoureux des livres se retrouvent au printemps avec des cartons entiers de livres, quelques objets, leur chien et leur ânesse. Jenny se souvient que La Survivance dans les Vosges est toujours là, une bâtisse sans confort  abandonnée au milieu de la forêt à plus de mille mètres d’altitude.  Quarante ans auparavant, ils y avaient vécu quelques mois mais cette fois-ci elle sera leur dernière et nouvelle habitation. 

J’avais découvert Claudie Hunzinger avec Elles vivaient d’espoir, et puis il y a eu le billet de Cathulu et surtout j’ai vu et entendu l’auteure à la télé. Pour une fois que je regardais la grande librairie, j’ai été frappée, interpellée par ses yeux pétillants et  par ses mots réfléchis. Elle ne se précipitait pas pour répondre aux questions, elle pesait ce qu’elle allait dire.  Et ce livre dépasse largement  ce que j’en attendais !  
Jenny et Sils n’ont jamais été des matérialistes. Si la librairie était leurs vies, Jenny convainc Sils de s’installer à la Survivance où une nouvelle vie les attend. De toute façon,  ils sont mis dehors. La Survivance est une maison sans eau et électricité, sans le moindre confort. Ils y dorment dans des tentes dans une seule et même pièce  avec leur chien, leur ânesse et les livres. Avec détermination, Sils répare le toit, coupe, prépare le bois pour l‘hiver qu’il faudra affronter tout en puisant de la force dans ses livres préférés. Jenny cultive un potager et ramasse ce que la nature leur offre à manger. Comme reclus dans un monde à part mettant les corps et les esprits à épreuve alors que nous étions façonnés de lectures et de rêves (et d’expériences plus poétiques que stratégiques). Ils habitent sur le territoire d’animaux loin de toute présence humaine. Jenny est d’un naturel optimiste tandis que Sils est souvent anxieux de ce que l’avenir va leur réserver. Les mois passent et  même face à des conditions climatiques rudes, ils  ne baissent pas les bras. Leur couple uni par la complicité se redécouvre comme deux amants.  Ils  apprennent à apprivoiser l’isolement, le contentement d’une vie où le matériel n’a peu de place. Les corps se montrent résistants, volontaires dans ce combat à mener où chaque jour est différent avec son lot de bonheurs ou de difficultés.

Ce livre magnifique donne toutes ses lettres de noblesse à l’amour de la littérature ! La nature sauvage est elle-même un personnage à part entière de ce roman. Vivante, somptueuse, avec ses règles à respecter.
Avec une écriture riche par sa portée mais sans artifice, et avec une humilité sincère, Claudie Hunzinger signe un livre qui sème des graines de réflexion et  il s’agit pour moi plus qu’un coup de cœur !   Un roman que je vais garder sur ma table de chevet à côté de Manifeste vagabond car tous les deux vont bien s’entendre.

C’est le sursis qui donne à la vie, son  parfum déchirant, exquis. 
Et un autre extrait plus long plus long ici 

Le billet de Cathulu

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