mardi 25 septembre 2012

Nous sommes nés pour ne rien posséder

Pendant quinze ans, le lieu avait répandu de la lumière, du rêve, de la fantaisie. J'aurais pu y rester le reste de ma vie. Sauf que je n'avais pas pris garde au fait que rien, jamais, ne nous appartient. Ni les chambres qui donnent au soleil, ni les tulipes sauvages aux pétales aigus, jaunes à perte de vue sous les fenêtres, ni même la bouteille d'eau posée sur la table, aucun des détails de chaque instant dans la vie, rien, rien ne nous appartient. On allait même les retirer. Et ce n'était pas lié au fait que nous n'avions pas vécu assez prudemment, Sils et moi, et que nous n'avions eu aucun sens de l'argent, ou presque, et qu'il y avait là une défaite pour cause de mauvaise gestion, une sorte de punition que nous infligeait le sens commun. Non. Ce n'était pas dû à ça, mais à une faille fondamentale : nous sommes nés pour ne rien posséder.

Les choses, il faudrait les voir en passant, d'un point de vue nomade, telle qu'elles sont, elles, simples, indifférentes, énigmatiques, posées là dans leur dialogues avec l'éternité. Elle n'est pas pour nous, leur essence, leur tranquillité.

Extrait de La Survivance de Claudie Hunzinger.


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