dimanche 20 janvier 2013

Elsa Flageul - Les araignées du soir


Éditeur : Julliard - Date de parution : Janvier 2013 - 171 pages d'une danse menée avec talent ! 

Victor habite les quartiers chics de Paris. Fils unique à papa et à maman, les bonnes manières, l'art de ne pas faire de vague  sont inscrits dans son patrimoine génétique. A douze ans, il tombe amoureux de Véra qui double son année de sixième. Fille d'immigrées roumains qui habitent une loge de concierge dans ces mêmes beaux quartiers. On la dit frondeuse, déterminée, elle se révèle manipulatrice et laisse Victor sur le carreau l'année suivante. Pourtant Victor ne cesse pas de l'aimer. En silence et espérant qu'elle lui revienne. A dix-huit ans, il attend toujours sa Véra. Elle le revoit. La pilule est difficile à avaler pour Victor car Véra est follement amoureuse de Nigel, un homme deux fois plus âgé qu'elle, un écrivain anglais et marié. Violette l'épouse de Nigel comme Victor se sent trahie.

Voilà un roman qui m'a ferrée des premières pages. Elsa Flageul laisse à ses personnages le soin de s'exprimer et Victor prend  la parole au départ. Ce fils de bonne famille qui désespère d'avoir des goûts trop classiques, trop vieux manie l'auto-dérision comme un fer de lance et  raconte avec innocence et romantisme son amour pour Véra. Mais cet amour ne dure que le temps d'une année scolaire au collège. Véra s'est entichée d'un autre garçon laissant Victor malheureux. Qu'importe, il l'attendra ! Mais à dix-huit ans, il doit faire face à un adversaire plus important en la personne de Nigel. Victor confident unique de Véra prend conscience qu'il n'est qu'un simple ami pour Vera.
Dans cette ronde, Violette la femme de Nigel prend ensuite la parole. Se rappelle la confiance en elle que Nigel lui a apportée, l'insouciance de leur amour unique et singulier. Mais un  livre que Nigel s'est mis en tête d'écrire a terni leur amour. Le bonheur et les échanges complices ont laissé place à des échanges de mots pour remplir le vide installé. Victor et Violette sont tous les deux exclus brutalement de cette danse où Nigel et Véra jouissent du plaisir de l'amour. Victor et Violette, deux personnes blessées. Pire, elles veulent la vengeance. Petite pour Victor celle de Violette sera cruelle, folle mais lui permettra une renaissance. Les histoires de ces quatre personnages s'entrecroisent, se dessinent, prennent corps au fil des pages tout en crescendo.  Et Nigel et Vera ? En dire plus serait criminel alors lisez-le !

Avec des personnages qui ont des faiblesses et des espoirs, ce roman frais dépeint la quête du bonheur. La ronde qui aurait pu être joyeuse révèle des personnages boiteux, la trahison et ses conséquences change la mélodie la rendant particulièrement âpre et amère.
Avec une écriture tout en finesse qui se joue de la ponctuation en lui insufflant une vivacité, un rythme qui ne faiblit pas, Elsa Flageul nous conduit au bord de l'abîme de l'amour là où les blessures au fer rouge des déceptions sont brûlantes.
J'ai dévoré ce livre qui sort des sentiers battus habituels, conquise par le style et par les enchaînements ! 

Je relève les yeux, à la fois surprise et assez fière d'un tel culot, je ne rougis pas mais je dis doucement, si doucement que cela ressemble à une parole intérieure : on parle de septième ciel mais c'est du septième sous-sol qu'il s'agit en réalité. Nigel répond : je suis marié. Je rétorque pus fort cette avec cette gouaille qui me caractérise : qu'est-ce que je disais,  le septième sous-sol.

Les billets de Charlotte, Lucie
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