jeudi 3 janvier 2013

Jean-Philippe Blondel - 06H41


Editeur : Buchet-Chastel - Date de parution : Janvier 2013 - 232 pages terminées le cœur serré d'émotions ! 

Cécile Duffaut a passé le week-end chez ses parents à Troyes où elle a  grandi. Elle attend le train de 06h41 pour rentrer à Paris. A quarante sept-ans, mariée  et mère d’une fille de dix-sept-ans, elle est à la tête d’une entreprise florissante. Après ces deux jours chez ses parents, elle est pressée de partir et de retourner à sa vie même si son couple apparaît comme un tandem financier. Un homme attend ce même train lui-aussi. Il n'a prévenu personne de son déplacement.  Divorcé et père de deux grands adolescents  qui se passent de lui depuis des années, il est seul. Il n'y a qu'à son travail où l'on s'inquiétera pour des raisons d'organisations et  non humaine. Il téléphonera plus tard.  Cécile Duffaut est loin de se douter que ses vingt ans sont s’assoir à côte d’elle. Dans le train bondé, il ne reste qu’une place de libre celle à côté de Cécile Duffaut où après hésitation prend place Philippe Leduc.  Il l’a reconnu et elle aussi. C'est très embrassant. 

Quelquefois on aimerait laisser son passé loin derrière soi, s’en débarrasser. Ou mieux l’oublier volontairement sur le quai d’une gare et monter dans le premier train qui passe.  Partir pour devenir quelqu’un d’autre. Cécile a voulu fuir Troyes, son passé et s’est employée à le balayer. Rendre visite à ses parents, c’est devoir enfiler sa vie d’avant dans laquelle elle ne rentre plus. Ce matin, elle est en colère contre elle-même. Toujours tiraillée par le sentiment de culpabilité quand elle ne leur rend pas visite et voulant repartir  aussi vite dès qu'elle est  arrivée. Avant d’être une femme d’affaires sûre d’elle, Cécile était une de ces  adolescentes sans assurance, banale et qui se fondait dans le décor. Le genre de filles qui n’attirait pas les tombeurs  comme Philippe Leduc.  Pourtant quand ils avaient vingt ans, Cécile et Philipe ont vécu une relation de quatre mois qui s’est  mal terminée. Trop mal , très mal comme quand la balance n’est pas équilibrée.  Mais aujourd’hui elle penche en la faveur de Cécile. Le garçon plein de charmes d'autrefois  a mal vieilli  avec sa bedaine et ses traits avachis. Resté à Troyes, Philippe est vendeur de télé dans un hypermarché et la prestance de sa jeunesse  n’est plus qu’un vieux souvenir. Cécile a suivi le chemin inverse et est devenue une battante après leur voyage à Londres. Là où tout s’était terminé et où Philippe avait montré comment il pouvait être sans cœur.
On pourrait s'arrêter là en applaudissant. Le petit canard est devenu une femme forte et le tombeur un crapaud. Tous deux l'ont mérité, justice a été rendue.
Mais Cécile ne peut s’empêcher d’éprouver de la haine envers lui et  dans ce train,  elle perd une partie de ses moyens, se retrouve au  bas du mur comme avant tandis que  Philippe lui aimerait l'aborder et s’excuser pour son comportement. 

Tous deux ressassent le passé dans leur coin et à travers la présence de l’autre, chacun revoit son propre chemin parcouru de désillusions, de rêves concrétisés, de résignation ou de victoire. La jeune fille de vingt ans mal dans sa peau n’a pas entièrement disparue et  le garçon opportuniste non plus.  Leur relation et leur rupture les a modelés qu'ils le veuillent ou non. Le trajet dure plus d'une heure. Suffisamment pour enlever sa carapace, ses œillères, admettre et regarder avec objectivité sa vie à l’approche de la cinquantaine même si la vérité n'est pas très pas reluisante. Un âge où les dés semblent parfois définitivement figés. Mais rien n'est certain.

Si l’année dernière, j’étais  restée insensible à Et rester vivant, qu’est-ce que  j’ai aimé ce livre ! J’ai tout aimé ! L’écriture aux phrases courtes et ces deux personnages  ni parfaits, ni criblés de défauts, juste humains avec leurs contradictions et  leurs faiblesses. L’auteur dépeint avec justesse et sensibilité les préoccupations de ces deux personnages à l’aube de la cinquantaine. Les parents, les enfants, le travail,  l'avenir, ...et ce qu'ils sont. Façonnés par leurs vécus où les souvenirs heureux ou moins ont un rôle, morceaux assemblés ou qui se heurtent. Et pour calmer la tempête intérieure,  pour trouver sa place et pour enfin avancer, il faut savoir s'accepter et pardonner.
Je me suis  retrouvée par fragments  comme si  Jean-Philippe Blondel me connaissait et  racontait une partie de ma propre histoire.  Des personnages qui ont fait rejaillir mes propres souvenirs douloureux ou teintés de honte.  
Une lecture qui vous le comprendrez m’a beaucoup touchée. 
Premier roman de cette nouvelle année que j'ai terminé le cœur serré d’émotions…

Chaque fois que je reviens les voir, mes parents, j'ai l'impression de redescendre l'échelle temporelle et sociale que je grimpe avec circonspection mais ténacité. Dès que j'arrive à la gare, je retrouve mes oripeaux d'enfance - la voix qui tremblote, le geste mal assuré  et l'agacement. Cet agacement profond qui me fait me demander pourquoi, mais pourquoi grands dieux est-ce que m'inflige cette visite bimensuelle ? 
 
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