mercredi 28 septembre 2011

Catherine Mavrikakis - Le ciel de Bay City

Éditeur : 10-18 - Date de parution : Août 2011 - 250 pages

Etats-Unis, Années 70, dans la petite ville de Bad City, Amy grandit dans une maison où le bonheur n’est que d’apparat. Un accroche l’œil comme sa mère et sa tante savent le faire. Elles qui ont vécu  leur enfance en France ont fui aux Etats-Unis pour essayer d’oublier. Oublier leur famille morte dans les camps, gommer  leur racines juives jusqu’à les effacer. Mais Amy porte en elle le poids du passé. Un poids trop lourd qui la hante et l’obsède.

Je ne sais pas comment vous parler de ce livre tant cette lecture a été éprouvante et paradoxalement très prenante. Eprouvante car ici s’opposent les stéréotypes de la famille américaine au poids de l’Histoire. Dans une écriture fulgurante, Catherine Mavrikakis nous renvoie en pleine figure la folie des hommes : l’holocauste, la Shoah. Une folie sphérique dont Amy se trouve au centre, folie qu’elle encaisse et qu’elle porte bien des années plus tard. Née sous le ciel mauve de Bay City, Amy ne sera pas une américaine souriante et insouciante. Pour elle, ce ciel porte en lui la voix des morts : "Le ciel de l’Amérique est bleu, saignant. C’est une plaie béante, une hémorragie". Ses origines polonaises juives qu’elle découvre la hantent, origines que sa mère a tu à tout jamais et dans lesquelles sa tante a vu un pêché. Oubli de deux femmes pour tenter de se reconstruire et de se conformer aux standards américains. Nourrie des souvenirs qu’elle réinvente, elle rejette le présent et  hait son existence. Amy devient adulte le jour où la maison brûle et sa famille également. Rescapée volontaire d’un incendie qu’elle a prémédité, elle renaît.


Alternant la vie d’adulte d’Amy qui est mère à son tour et cette vie menée à Bay City, Katherine Mavrikakis dans une écriture qui n’a pas froid aux yeux nous interpelle sur la mémoire et l’oubli. Sans se faire donneuse de leçon. Non, elle laisse le soin à  chacun d’en retirer ce qu’il désire ou non.  

Alors oui, cette lecture a l’effet d’un électrochoc, c’est certain et je ne suis pas prête de l'oublier. Et si par moment, j'ai eu l'impression de perdre pied face à la haine d'Amy,  il s'agit d'une lecture qui m'a apportée quelque chose. 

L’Amérique est une fête, mais elle se change aussitôt en commémoration funèbre. Tout ici  vire au tragique sans crier gare. Mais on oublie, on repart pour un autre tour. La machine à leurre se met en marche. Le ciel mauve des hivers et des étés du Nord est  si rassurant. Il témoigne de la prospérité de notre économie. Sa toxicité est la garantie de notre esprit de conquête, de notre réussite industrielle.


Le billet de Margotte 
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