samedi 3 septembre 2011

Florence Aubenas - Le quai de Ouistreham

Éditeur : Points - Date de parution : Septembre 2011 - 238 pages

Le sujet de ce livre est connu. Alors, je vais faire bref. En 2009, pendant six mois, Florence  Aubenas, 48 ans,  a laissé son emploi de journaliste pour s’immerger dans un autre monde. Six mois de terrain à faire des heures comme femme de ménage.

Je suis un peu agacée avec ce livre. Alors, non, je n’irai pas applaudir  Florence Aubenas pour avoir vécu six mois de petits boulots. Six mois de précarité. Non. Pourquoi ? Parce que je préfère garder mes applauidssemnt pour ceux qui le font toute leur vie ( ceux de mon entourage et ceux que j'ai pu rencontrés).
L’auteure parle de la crise de 2008 et y associe la précarité. Et là je dis stop ! Bien avant la crise de 2008, le précarité existait mais elle a évolué. Les CCD, les missions d'intérim sont devenus des heures de travail. 
Je n’ai rien appris avec  ce livre. Il suffit de sortir de chez soi, d’écouter les gens pour comprendre et de constater qu’à partir du vingt du mois, certains supermarchés dits de hard discount sont pratiquement vides.
Et là, je vais encore une fois de plus parler de ma propre expérience. Si vous voulez, vous avez le droit de zapper et de vous rendre au paragraphe en gras. Roscoff dans le Finistère : connu pour ses choux-fleurs  mais aussi pour ses ferrys. Une personne de ma famille y a travaillé plusieurs été durant ces études comme femme de ménage. Oui, tout est chronométré : tant de minutes pour  nettoyer une cabine entre débarquement et embarquement. Pendant ce temps là, j’étais à l’usine en 2/8 sur une chaîne de congélation. Cadence à suivre, 3 paires de chaussettes et des gants pour essayer de ne pas avoir froid. Debout tout le temps.   Et à la pause, remplir le seau d’eau chaude pour pouvoir y tremper ses bottes. Cinq étés puis les aléas de  vie ont fait que je me suis  retrouvée moi-même malgré mes diplômes en  situation précaire quelques mois.
Compter les centimes, se ronger les sangs quand une facture tombe et la solidarité qui existe entre personnes de galères… Florence Aubenas le raconte, je suis entièrement d’accord. Sans oublier Pôle emploi et certaines aberrations.
Mais, par moments, j’ai eu l’impression qu’elle découvrait cette vie. Comme si avant elle ne savait pas que c’était aussi dur pour certaines personnes. Voilà ce qui m’a agacée et choquée…
Par contre, ce livre a le mérite d'exister et de décrire parfaitement la vie de millions de français.  Un petit rappel : 8 millions de français survivent ( et le terme ne convient pas) avec 954 Euros par mois...
Le billet de Lucie qui renvoie à d'autres liens.

20 commentaires:

lucie a dit…

oui elle semble découvrir un quotidien difficile mais retourne dans le sien elle à la fin de l'aventure et il est moins compliqué. Ce roman a au moins l'avantage de mettre en lumière la galère ce ceux qui enchaînent les petits contrats sans parvenir à boucler les fins de mois...merci pour le lien !

Delphine a dit…

Je crois que c'est ça qui m'avait gênée à la sortie du livre, qu'elle ait l'air de découvrir tout ça (et qu'elle rentre les weekends dans sa vraie vie..). Je le lirai cependant pour voir et parce qu'il a le mérite d'exister et d'avoir donné la parole à tous ces gens là

C. Sauvage a dit…

J'ai aimé ce livre pour plusieurs raisons. D'abord parce qu'il braque le projecteur sur un monde ignoré de beaucoup. Moi, par exemple, journaliste pendant près de 40 ans... Ensuite il montre le mal-fondé de certains a-priori plus sociologiques que journalistiques. Ainsi a-t-on coutume de dire que la pauvreté engendre la "désocialisation". J'ai découvert dans le livre d'Aubenas que la solidarité, qui a tellement disparu dans notre société, survit chez les plus pauvres. Vous prêteriez, vous, votre voiture, à quelqu'un que vous ne connaissez pas? Vous répareriez le voiture de quelqu'un que vous ignorez, un dimanche, comme ça pour le dépanner? Vous finiriez le boulot d'un copain pour qu'il ne soit pas sanctionné, vidé? Le salut de la crise n'est pas à chercher du côté des banquiers, des chefs, des cadres mais bien sans doute chez les précarisés, les pauvres, le quart monde. Oui, je l'ai compris en partie avec ce livre. Et croyez bien que je ne suis pas né avec une petite cuiller en argent dans la bouche...
Honneur à ceux qui le savent sans avoir besoin d'un journaliste pour cela. Et qui survivent dignement.

keisha a dit…

Mais ce livre n'est pas récent? Il y a un bout que je veux le lire...(ah il est en poche)
Bon, j'ai aimé ton billet "coup de gueule".

Anne a dit…

Je suis un peu surprise de ton coup de gueule... J'étais contente de lire un livre pareil pour avoir un témoignage de quelqu'un qui a, je pense, pris des risques pour se plonger dasn la vie réelle des gens qui vivent la précarité tout le temps. Et, non, Delphine, je ne crois pas qu'elle rentrait chez elle le week-end, elle l'a vécu à temps plein, je pense que nous pouvons faire confiance à l'honnêteté de Florence Aubenas qui nous le précise en introduction à son ouvrage. Je pense aussi que c'est bien que quelqu'un écrive avec un peu de recul après cette expérience, et se fasse à la fois (tant pis si je choque) porte-parole, témoin, et journaliste en même temps, donc forcément avec un tout autre bagage que les camarades de galère de F. Aubenas. Oiu, elle retourne dasn son quotidien à elle après six mois, on ne va pas lui jeter la pierre pour ça, quand même !! Ce n'est pas parce qu'on ne vit pas tous les jors une situation ou l'autre qu'on ne peut pas comprendre ceux qui la vivent, les accomapgner chacun danss on rôle et y être sensible, non plus...

antigone a dit…

Je ne l'ai pas lu et je n'ai pas vraiment l'intention de le faire d'ailleurs... le genre me gêne, ce côté journalisme d'investigation, à la manière de Gunter Wallraff (le premier à le faire en Allemagne). Ce livre a eu le mérite cependant de braquer des projecteurs puissants sur tous ces gens, assez discrets, qui gagnent leur vie bien durement et que l'on traite socialement parfois si mal (en occultant leur existence tout simplement).

Clara a dit…

Réponse globale : ce n'est pas un coup de gueule mais j'ai été surprise par certaines de ses réactions ( quand elle trouve qu'il faut faire vite et ce sur un rythme épuisant).

Et je le redis, ce livre a le mérite de faire le point sur des situations vécues,hélas, par beaucoup de personnes. Un livre que les politiques devraient lire !

Je ne veux pas rentrer dans les polémiques qu'il y a eu autour. Sur de soi-disants propos ou faits, non. Je dis juste mon ressenti avec mon vécu. Et je n'ai voulu froisser personne.

Pour répondre à Mr Sauvage: j'ai toujours vu les gens s'aider ou se rendre service. Question de milieu ou de zone géographique, ou de personnalité? je n'ai pas de réponse. Et, je reproduis ce que j'ai toujours vu faire...

Je trouve qu'en ouvrant les yeux, qu'en s'intéressant aux autres, on peut percevoir la misèse et la pauvreté qui nous entoure. Encore faut-il le vouloir...

Flegmatic a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Flegmatic a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Flegmatic a dit…

Bonjour, votre avis est intéressant car à contre-courant. Je lirai ce livre un jour . Mais on peut déjà s'en faire une opinion car France-culture vient de le diffuser sous forme de feuilleton et on peut le réécouter ou le télécharger sous forme de podcast.
Je mets le lien pour ceux que ça intéresse:
http://www.franceculture.com/emission-fictions-le-feuilleton-le-quai-de-ouistreham-de-florence-aubenas-15-2011-08-29.html

Aifelle a dit…

Bien qu'il soit dans ma PAL depuis sa sortie, je recule la lecture parce que je pense que je vais ressentir les mêmes agacements que toi. Par contre, elle a eu le mérite de plonger dans un milieu complètement délaissé par les medias, je pense qu'une large part de la population ignore cette réalité là. Les classes sociales sont très cloisonnées et tout pousse à ce qu'elles le restent.

Hélène a dit…

Mêmes réactions que toi, je l'ai même placé dans mes "déceptions et abandons" (mois de juillet 2010) : non seulement ce n'est pas bien écrit, mais en plus effectivement, on n'apprend rien quand on a connu ou que l'on connait ça au quotidien. Bizarre cet engouement que certains ont ressenti pour elle...
je viens de finir "tribulations d'un précaire" de iain levison, sur le même sujet, il est autrement plus intelligent.

Fleur2palmier a dit…

Arrivée par ici grâce à "Je lis, tu lis, il lit", j'avais envie de découvrir un autre avis que le mien sur ce livre que j'ai lu à sa sortie.
Je peux comprendre ton agacement si tu as connu ce type de situation. Pour ma part, je ne peux pas dire que tout ait toujours été rose pour moi, les boulots d'été en tant qu'étudiante j'ai connu. Mais vraiment ce qu'elle décrit est pire que ce que j'ai pu moi connaitre.
Et même si j'ai bien conscience que nombres de travailleurs galèrent ainsi tous les jours, je suis persuadée qu'il y en a au moins autant si ce n'est plus qui ignorent complètement leur existence et qui surtout ne souhaitent pas en entendre parler.
Du coup un livre aussi bien écrit soit-il, aussi agaçant peut-il être pour ceux qui connaissent, il a au moins le mérite de mettre la lumière sur une zone qui ne devrait pas être dans l'ombre.
Au plaisir de lire d'autres de tes critiques.

claudialucia a dit…

Je vois que tu as eu à supprimer des commentaires; je suis surprise de cette virulence. On peut discuter, tout d e même, sans être désagréable!
Pas lu le livre, donc pas d'opinion sur sa valeur.
La démarche peut, en effet, agacer surtout ceux qui vivent ou ont vécu comme toi la précarité à plein temps et non pour les besoins d'un livre.
Ceci dit, au moins Florence Aubenas a le mérite d'essayer de comprendre par le vécu les difficultés quotidiennes de millions de personnes en France.
La crise n'en est pas une pour tout le monde, les inégalités se creusent, les riches devenant de plus en plus riches et le contraire pour les classes les plus pauvres. Essayer de comprendre, c'est ce qu'a voulu faire Aubenas! On ne peut pas en dire autant de nos dirigeants qui vivent dans l'opulence mais cherchent à culpabiliser ceux qui ont le RSA par exemple! Et ils sont si nombreux à être déconnectés de la réalité soit par indifférence, soit par égoïsme, soit qu'ils soient là seulement pour défendre leurs propres intérêts! Va voir le billet de Wens sur cette sénatrice écolo complètement à côté de la plaque qui ne se rend même pas compte que ses propos sont indécents :

http://francisfery.canalblog.com/archives/2011/07/23/21661717.html

wens a dit…

Il faut laisser parler ceux qui vivent au quotidien :la situation de femmes de ménage, d'éboueurs, de Rmistes...et ne pas se substituer à eux il faut retranscrire sans toucher une virgule, un mot à leur témoignage.Leur langue, la vraie, est le véritable reflet de la société..celle qui vit un quotidien difficile...pas de paternalisme, pas de réécriture par des hommes et des femmes passées dans le moule scolaire "supérieur" de la bourgeoisie qui après quelques jours , quelques semaines de" galère "retrouvent le cocon douillet de leur 16° arrondissement. Un chèque à la clef.

Alex Mot-à-Mots a dit…

J'ai comme toi, une réticence à lire ce livre. Mais j'en ai entendu un passage à la radio un soir, et cela m'a tenté.

Noukette a dit…

Quelque chose me freine, je ne sais pas si je lirai ce livre un jour... Ton billet a le mérite de ne pas aller dans le sens de tout ce que j'ai pu lire à son propos depuis sa sortie, ton avis est intéressant...!

lasardine a dit…

je plussoie Noukette, voilà un avis très intéressant!
merci!!

Sara a dit…

Je l'ai lu à sa sortie et n'est pas du tout été agacée par sa démarche. Mais je n'ai jamais vécu dans la galère donc mon jugement est donc forcément différent. J'avais trouvé ce livre passionnant parce qu'il décrivait des choses vraies dont on ne parle jamais : qui connait le quotidien de ces gens en dehors de ceux qui vivent la même chose ? Personne ! Ils sont les absents des média, les oubliés de notre société. Aubenas a le mérite d'une certain façon, de leur donner la parole, toujours de façon respectueuse: il y a une dignité incroyable chez ces gens et Aubenas le retranscrit magnifiquement. Et franchement, là où j'ai trouvé le livre très réussi, c'est sur le fonctionnement ubuesque de Pole Emploi : purée c'est pas possible que ce truc fonctionne comme ça. Moi qui ignorais totalement la façon dont cela se passait, je suis restée abasourdie. Et j'assume complètement mon coté 'oui-oui découvre Pole Emploi' ! Alors je comprends que le principe de ce livre puisse agacer, c'est certain, mais il a quand même des qualités indéniables. C'est un livre qui sort des sentiers battus quand on voit que la quasi totalité des livres qui paraissent de nos jours sont pour beaucoup des autobio ou des autofictions. Aubenas est sortie d'elle-même, de son milieu, de ses préjugés, pour aller au-devant des gens radicalement différents d'elle et pointer ce qui ne va pas dans le système.

Clara a dit…

@ Flegmatic: je le redis ce livre a le mérite d'exister. Par contre, je ne comprends pas tout le battage médiatique autour de Florence Aubenas... A croire qu'elle allait en reportage dans un pays reculé, en guerre et dans des conditions très difficiles. et là je dis stop !

@ Aifelle : oui, les classes socailes sont cloisonnées. Mais,il n'est pas interdit de sortir de chez soi et d'aller rencontrer les autres...

@ Hélène : cf ma réponse à Flegamtic

@ Fleur2palmier : je le redis même si j'ai été agacée par certains points, ce livre existe et c'est une bonne chose!Merci de ta venue!!!

@ Claudia : je n'ai supprimé aucun commentaire.
Mais quand est ce qu'enfin le sgens vont admettre qu'en France environ 21% ( si je ne me trompe pas )des salariés touchent le SMIC soit 1 français sur 5... Vit-on avec un SMIC ? j'en doute.

@ Wens : j'aurai préfére un livre où ce sont les personnes concernées qui parlent...

@ Alex : on en parle beaucoup car il a reçu de nombreux prix...

@ Noukette : je n'ai pas honte de dire par où je suis passée... Ma lecture en a été forcément affectée !

@ Lasardine : merci !!!!

@ Sara : elle est journaliste, ne l'oublions pas.
Je crois que malgré tout on est informé des situations précaires... Les associations dénoncent haut et fort que de plus en plus de familles ( avec un parent qui travaille) ont recours au Secours Populaire, à la Banque alimentaire... (pour ne citer que ces deux là).

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