mercredi 7 septembre 2011

Sofi Oksanen - Les vaches de Staline

Éditeur : Stock - Septembre 2011 - 528 pages percutantes!

Sofi Oksanen avec ce deuxième roman nous livre des histoires de femmes partagées entre l’Estonie et la Finlande. Ce récit alterne présent et flashbacks : la Finlande d’aujourd’hui et l’Estonie sous le régime Soviétique jusqu’à son indépendance.  

Années 1970, Katariina, Estonienne, est une jeune ingénieur. Elle rencontre son futur mari, un Finlandais qui travaille pour l’ambassade à Moscou. Katariina quitte sa famille, son pays pour le suivre en Finlande.. Partagée entre le mal de son pays, la volonté de cacher ses origines, elle est la figure du  déracinement. Un cri profond, lancinant qui est en toile de fonds  de ce roman. Comment trouver sa place ? Elle veut qu’Anna, sa fille,  soit  une « vraie » finlandaise. Anna est une jeune femme qui nous amène au plus profond de l’anorexie-boulimie. Une plongée violente, abrupte dans les entrailles de ce qu’elle appelle son Seigneur. L’obsession des kilos, les calculs et les méthodes pour se faire vomir plus facilement. Son corps est le réceptacle de son  malaise profond : elle porte le poids trop lourd de ce déracinement. En Finlande, elle doit cacher les origines de sa mère qui refuse qu’elle parle sa langue natale. En Estonie, chez sa tante ou sa grand-mère, elle représente un pays riche. Et ce sont autant de pages dures, violentes car aucun détail sur la boulimie n’est épargné au lecteur. Trop d'ailleurs car je me suis sentie mal à l'aise à plusieurs reprises.  
Le mari de Katariina la trompe lors de ses déplacements. Le commerce des prostituées issues de son pays révulse Katariina . Les visites en Estonie sont pour elle l’occasion de ramener des produits qui y font défaut. Chaque voyage donne lieu à des astuces pour cacher des denrées en tout genre à l'aller comme au retour. Puis, on remonte un peu plus le cours de l’histoire jusqu’en 1942. On découvre l’histoire des parents de Katariina: les déportations en Sibérie, la peur et la famine. L'histoire de cette famille sur trois générations  est liée à celle  de l’indépendance de son pays. Un pays qui s’ouvre aux affres  du capitalisme et aux excès en tous genres.  
J’ai trouvé certaines analogies avec Purge. Forcément, vu qu'il s'agit du premier roman rédigé par Sofi Oksanen. Mais ici, l’écriture et l’histoire sont nettement plus fortes et plus incisives poussant le lecteur dans ses retranchements. Violence du déracinement, violence de l’anorexie et de la boulimie… J’ai été secouée et dérangée avec la sensation d’être penchée au bord d’un précipice vertigineux.  La fin m’est apparue brutale laissant  le dernier mot à  Anna. Percutant comme l’ensemble de ce livre...

Le billet du Globe-Lecteur.
Merci à Libfly pour cet envoi !


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