jeudi 14 octobre 2010

Jeanne Benameur - Les Demeurées

Editeur : Gallimard - Date Parution : 22/05/2002 - 80 pages qui coupent le souffle...

La mère, c’est La Varienne, c'est l'idiote du village, la demeurée.  Il y a  sa fille Luce et le lien qui les unit est fort, de cet amour que rien ne peut détruire. Mais leur monde où les mots n’ont pas leur place est menacé quand Luce doit aller à l’école. L'institutrice, Mademoiselle Solange, veut faire son devoir et inculquer à la petite la connaissance.
Ce livre est une grande claque ! Je l’ai lu en apnée, je l’ai refermé abasourdie…. On parle souvent de la puissance des mots mais  ici la relation fusionnelle entre La Varienne et Luce se passe de mots. Elles se comprennent, s’aiment à travers les gestes, les comportements, les regards et les silences : « les mots n’ont pas lieu d’être. Ils sont ». Elles vivent de ce bonheur silencieux d’être toutes les deux. Quand Luce va aller pour la première fois à l’école, sa mère sera déstabilisée de cette coupure de quelques heures. Luce va entrer en résistance contre les mots, les fuir, les oublier. Elle est Luce et non pas Luce M. comme l’a écrit Mademoiselle Solange au  tableau.  Combat de l’instruction et celui d’un bonheur à préserver à tout prix. Est-ce que Luce accèdera aux mots et si oui à quel prix ?  
Je n’en dirai pas plus sur cette histoire très belle  sauf qu’elle fait partie de ces textes  dont la force est dans l’écriture.  Des phrases très courtes, une écriture épurée où les mots  sonnent par leur justesse et se font précieux.
Tout simplement  magnifique…
Dès que les paroles claires de Mademoiselle Solange menacent de pénétrer à l’intérieur d’elle, là où toute chose pourrait se comprendre, elle fuit. D’une enjambée muette, elle se niche où le plâtre du mur se délite, au coin de la grande carte de géographie, près du bureau. Entre les grains usés, presque une poussière, elle  a sa place. Elle fait mur. Aucun savoir n’entrera. L’école ne l’aura pas.
Plein de billets chez l'ami BOB !
Et dire que ce  livre dormait dans ma PAL ...

Et un de moins dans la PAL !


mercredi 13 octobre 2010

Blandine Le Callet - La Ballade de Lila K

Editeur : STOCK - Date de parution : 09/2010 - 394 pages


Avec la ballade de Lila K, on est loin d’une pièce montée ! Mais ce nouveau roman que j’attendais tant de Blandine le Callet a été un véritable plaisir de lecture ! Pourtant, les mondes futuristes sont loin d’être ma tasse de thé…
Nous sommes aux alentours des années 2100 dans une ville où la technologie régit la vie des hommes.  Lila vit dans un Centre depuis sa plus jeune enfance.  Un centre qui ressemble  plus à une prison qu’à autre chose. Lila, traumatisée se soumet aux lois du centre et se révèle surdouée. Elle veut retrouver sa mère dont elle n’a aucun souvenir  et comprendre pourquoi on l’a séparée d’elle. En grandissant et à l’aide son premier maître  Monsieur Kaufman, Lila va apprendre ce qui se passe en dehors de ces murs. Un  apprentissage qui ne se fera pas sans heurt mais  qui va lui permettre  découvrir un autre monde.  
Le Centre a pris en charge Lila très jeune et veille à sa santé physique et psychique.  Vu sous cet aspect, tout est normal. Mais le Centre est « un monde insensé aux règles implacables » et Lila va devoir se plier aux instructions, aux codes. Surveillée en permanence, elle a des phobies  comme la celle des contacts physiques. Bien que fragile, Lila possède un humour caustique, un esprit intelligent et vif. En grandissant, et grâce à Monsieur Kaufman, une sorte de professeur particulier, elle va se rendre compte que ce qu’elle sait du Centre et du monde n’est qu’un « formatage ».    Sa détermination à retrouver ses souvenirs d’enfance et sa mère sont admirables. Elle va braver l’interdit, flirter avec l’illégalité et retrouver au fur et à mesure des fragments précieux de son enfance. Lila est vraiment  touchante ! Grâce aux livres qui sont interdits (l’horreur absolue !)  car soi disant dangereux par leur toxicité, Lila va gagner petit à petit confiance en elle. 
Alors oui, j’ai pris beaucoup de plaisir à suivre Lila. On passe de l’étonnement en découvrant cette ville aux chimères, aux chats arc en ciel, à une réflexion plus profonde sur celle de la censure, de citoyens qu’on veut  modèles et où une normalité prévaut.
L’écriture de Blandine Le Callet est toujours aussi vive et agréable…et je n’ai pas vu les pages défiler ! Un très  bon livre que j'ai dévoré !
Les avis de Sandrine(SD49) , de Sophielit et de Keisha
Mon arbre généalogique ne ressemble pas à grand-chose, il faut bien le reconnaître. Deux rameaux coupés courts. Le destin a eu la main lourde, côté sécateur.

mardi 12 octobre 2010

François Marchand - Plan social

Editeur : Le Cherche Midi - Date de parution : 26/08/2010 - 132 pages

La société d’Emile Delcourt installée à Valenciennes va mal, très mal. L’entreprise familiale d’ancres de marine court à la liquidation judiciaire si rien n’est mis en œuvre. Un consultant parisien Walfard imposé par les actionnaires vient sur place avec ses belles théories. Mais, Emile Delcourt a une solution ! Pour relancer sa petite entreprise, rien de plus efficace que de faire une coupe large dans le personnel mais sans que ça se sache…
Humour noir, ironie, plume méchamment vitriolée font bon ménage dans ce livre ! Le personnage de Walfart est le consultant qui par définition gagne un très bon salaire sur le dos des entreprises qui sont au bord de la faillite. Pédant, arrogant, il s’exprime par des phrases où les  mots anglais sont de bons tons. Il ne voit aucun intérêt  à cette mission et n’a qu’une seule envie,  la terminer au plus tôt.  De plus, cette mission dans le nord de la France  n’est guère valorisante pour son CV…
Que serait une entreprise sans syndicat ? Je vous le demande. En la personne de Bernier, nous avons le représentant syndical de gauche. Bernier qui est contre le capitalisme, l’argent … le vrai syndicaliste, mais en qui Delcourt va trouver une aide précieuse pour son plan. Un plan sans scrupule qui va lui permettre de se séparer du quart de ses employés sans mettre la main à son portefeuille. Patron et syndicaliste se retrouvent  pour une fois du même côté…
Dans ce livre, c’est la bêtise de tout un système qui est  mise en avant et François Marchand n’épargne personne ! Mon bémol : j’ai trouvé la mise en route un peu longue et j’aurai bien aimé un livre un peu plus long.

Ce n’est pas tout à fait du baratin, le « stress » d’un patron. D’un vrai patron qui a des usines, pas d’un connard au vingt-cinquième étage d’un tour, qui se croit PDG parce que ses potes de l’inspection des Finances ou  de l’X-Mines l’ont pistonné là. Ces patrons-là, le  seul stress qu’ils ont, c’est de comparer dans le magazine Capital leurs rémunérations respectives.
D’autres avis :  Cathulu, Fattorius
Merci à Solène des Editions Le Cherche Midi pour ce livre.