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lundi 6 mai 2013

Didier Van Cauwelaert - La femme de nos vies


Éditeur : Albin Michel- Date de parution : Février 2013 - 294 pages et une belle lecture  !

Janvier 1941, Jürgen Bolt est considéré comme un idiot alors qu'il ne souffre que d'un léger problème d'autisme. Dans l'Allemagne nazie, les parents sont invités à se séparer de leur progéniture défaillante contre une prime. Le jeune vacher de quatorze ans se retrouve interné à  l’hôpital psychiatrique d’Hadamar. Il se noue d'amitié avec son voisin de dortoir David Rosfeld un garçon Juif surdoué dont la mère a été assassinée est une scientifique ayant travaillé sur les travaux de la fission nucléaire. David est en possession du livre qu'elle a rédigé et de ses notes. L'hôpital psychiatrique n'est qu'un leurre et l'ensemble des garçons doit être euthanasié. Seul un. David à cause de son QI de 180 repéré lors d'un test passé par Ilsa Schaffner. Mais l'enfant préfère mourir et propose à Jürgen d'échanger leurs places. Il lui apprend des formules, comment déjouer les questions et se comporter et surtout la manière aiguiller l'Allemagne sur des fausses pistes en matière de bombe atomique. Jürgen devient David, "un imposteur. Lorqu'Ilsa Schaffner vient chercher David pour l'amener au chateau d'Helm, elle se rend compte immédiatement que ce n'est pas le David qu'elle avait vu. Elle joue sa vie. Jürgen devenu David lui raconte la vérité. Elle lui propose de s'enfuir mais Jürgen reste car il a fait une promesse à David. Le château d’Helm regroupe des enfants surdoués dans un domaine scientifique précis mais aussi des chiens que l'on dresse. Le nouveau David va apprendre grâce l'aide d'Ilsa mais dix-sept mois plus tard, sa vie va prendre un tournant inattendu.

Soixante années ont passé, le professeur David Rosfeld désormais à la retraite se rend en Allemagne au chevet d'Ilsa plongée dans le coma. Il ne l'a pas revue depuis Helm. Sa petite-fille Marianne Bert avocate au barreau de Morlaix en passe d'être radiéé  arrive  dans la chambre demandant à ce que les médecins débranchent immédiatement les machines. Elle possède de sa grand-mère l'image véhiculée depuis la guerre celle d'une femme sans coeur ayant exécuté des enfants et appelée La chienne d'Helm. Alors qu'elle défend un projet, elle vient d'être salie car quelqu'un a comuniqué à la presse son ascendance.  Sa vie selon elle est désormais gâchée. Malgré les réticences qu'elle affiche, David veut lui raconter son histoire et celle de sa grand-mère qui lui a sauvé la vie. Narrateur hors pair, il  sait éveiller sa curiosité.

D'emblée, Didier Van Cauwelaert met le lecteur dans sa poche par cette construction où Jürgen s'adresse à Marianne. Charmeur et possédant de l'humour, épicurien ayant acquis une certaine vision de la vie, ce simple vacher déroule sa vie où Ilsa a toujours été presente. Amoureux d'elle, scientifique ayant travaillé sur de nombreux projets mais sans se mettre en avant, il a côtoyé Einstein et les têtes américaines. A la question pourquoi n'a-t'il rien dit avant sur Ilsa, le lecteur aura une réponse imbriquée dans l'Histoire. Marianne s'adoucit au fil du récit de Jürgen passant de l'agressivité à l'étonnement, la honte d'avoir Isla comme grand-mère s'estompe pour disparaître.  L'admiration, l'humilité, la filiation, la rédemption, l'amour mais aussi la foi en un certaine bonté de Hommes jalonnent cette belle histoire. Je n'avais jamais lu Didier Van Cauwelaert avant ce roman et je suis conquise ! 

C'est là que je me rends compte pour la première fois que, si vous catalogué génial, vous pouvez sortir n'importe quelle ineptie, on lui donnera un sens. 

Les billets de Jostein, l'Irrégulière.

Ce livre fait partie  de la sélection de mai du prix Relay des Voyageurs





lundi 8 avril 2013

Kevin Powers - Yellow birds


Éditeur : Stock - Traduit de l'anglais (Etats-unis) par Emmanuelle et Philippe Aronson - Date de parution : Février 2013 - 248 pages et un très grand livre ! 

Dès le camp d'entraînement, Bartle vingt et un ans  est devenu copain avec Muphy âgé de dix-huit ans. Le sergent Sterling a recommandé à Bartle de veiller sur lui comme la mère de Murphy à qui il fait la promesse que son fils rentrera sain et sauf. Au bout de presque deux années années passées Irak à Al Tafar, le soldat Bartle rentre chez lui. Direction Richmond et la maison de sa mère. Murphy et le sergent Sterling sont morts. Engagé volontaire dans cette "sale petite guerre", il voudrait retrouver une vie normale mais comment. Aux yeux des autres, c'est un soldat  respecté comme tout  ceux revenus d'Irak mais ils ignorent ce que Bartle a vécu là-bas. Et surtout comment c'est dur d'oublier.

Rien n'est épargné au lecteur qui est transporté aux cotés du soldat Bartle. La peur trompée ou dissimulée par l'humour, la solidarité mais aussi ce détachement froid. Car en Irak pour ne pas craquer, il faut tenir ses distances avec la mort qui est une composante de la guerre.
La construction alterne les souvenirs d'Irak et la vie après le retour aux Etats-Unis, on assiste impuissant à la métamorphose de Bartle. Le jeune homme engagé pensait devenir "un homme" en participant à cette guerre. Il  en est revenu complètement dévasté. Comme ayant perdu le mode d'emploi de la vie et avec le poids de la culpabilité. On ne découvre que dans les dernières pages les circonstances de la mort de Murphy.  La suite comme l'ensemble du livre marque les esprits de façon indélébile.

Le lecteur est  le soldat Bartle  grâce à une écriture qui fait appel à tous les sens. La brutalité côtoie un lyrisme dans ce roman puissant, direct et sans concession. 
Kevin Powers a lui-même participé à cette guerre et nous offre un très grand livre sans fioriture ! A lire absolument! 
Je n'ai pas lu ce livre,  je l'ai ressenti.

J'étais devenu une espèce d’infirme.  Ils étaient  mes amis, n'est ce pas? Pourquoi ne pouvais-je  tout simplement pas nager à leur rencontre. Qu'est ce que je  leur dirais ,"Hé, comment ça va? " s’exclameraient-ils en me voyant. Et je répondrais, "J'ai l'impression que quelque chose me bouffe de l'intérieur et je ne peux rien dire à personne parce que tout le monde est si reconnaissant envers moi ; je me sentirais trop ingrat si je me  plaignais de quoi que ce soit". Ou un truc du genre, "Je ne mérite la gratitude de personne, et en vérité les gens  devraient me détester à cause de ce que j'ai fait, mais tout le monde s'en fout de ce que j'ai fait, mais le tout le monde m'adore et ça me rend fou".

Ce livre fait partie  de la sélection d'avril du prix Relay des Voyageurs





jeudi 28 mars 2013

Robert Williams - Luke et Jon


Éditeur : Nil - Date de parution : Janvier 2013 - 219 pages lues en apnée !

Luke vient de perdre sa mère dans un accident de voiture. Avec son père fabricant artisan de jouets en bois, faute de moyens,  ils sont obligés de déménager. Dans le nord de l’Angleterre, une vielle maison  les attend dans un coin paumé ouvrier en pleine campagne. Ce sont les vacances scolaires et Luke à la rentrée ira dans un nouveau collège. En attendant, il ne peut que constater la tristesse de son père qui la noie dans le whisky. Luke peint, c'est son échappatoire.Un garçon étrange habillé comme un petit vieux prend l’habitude de venir chez eux tous les jours très tôt le matin. Il s’agit de Jon qui habite un peu plus loin dans les collines.

Se glisser dans la peu d’un adolescent n’est pas un exercice facile. Souvent, l’auteur surjoue ce qui sonne faux. Robert William a su trouver le ton juste. Parfait même. Luke est partagé entre différents sentiments : la culpabilité du décès de sa mère qui a trouvé la mort en venant la chercher à son cours de dessin, l’impuissance à aider son père enfermé dans le chagrin et l’alcool, ses propres interrogations sur la mort et sa peine. Sa mère était maniaco-dépressive, autant de souvenirs en forme de montagnes russes pour Luke. Jon est un taiseux qui aime lire. Aux questions de Luke sur le collège, il s’enferme dans le silence. Il vit chez ses grands-parents depuis l’âge de six ans. Luke inquiet de ne pas le voir pendant plusieurs jours va découvrir sa situation. Ses grands-parents sont séniles, la maison est un taudis et Jon ruse pour que les services sociaux les laissent tranquilles. Au collège, il est le souffre douleur de beaucoup de garçons et il encaisse sans broncher. Je n’en dirai pas plus sur le reste de l’histoire...

Il s’agit d’un premier roman tout simplement superbe. Beau et fort. L’amitié de ces deux garçons devient une bouée de sauvetage. Roman où les thèmes comme la mort, la maladie, la famille, la reconstruction sont traités avec une justesse magnifique. Dans une écriture sans fioritures aux accents poétiques, Robert Williams parvient à déclencher des tempêtes émotionnelles chez le lecteur. Vous êtes prévenus… 

Un coup de cœur entier pour ce roman lu en apnée totale ! Et impossible de choisir un extrait..

Le billet de Cryssilda qui autant aimé que moi.

Ce livre fait partie  de la sélection d'avril du prix Relay des Voyageurs





dimanche 10 mars 2013

Catherine Cusset - Indigo


Editeur : Gallimard - Date de parution : Janvier 2013 - 308 pages qui ne m'ont pas convaincue... 

l'Alliance Française en Inde organise sous la houlette de Géraldine un festival culturel. Deux écrivains connus et une cinéaste vivant aux Etats-Unis sont invités pendant une semaine pour des débats et des échanges. Raphaël Eleuthere solitaire, taciturne vient de publier une biographie où il révèle ses années d'enfant battu. Charlotte a laissé enfants et mari justement sous l'insistance de ce dernier pour ce festival. Depuis le suicide de sa meilleure, elle se culpabilise de n'avoir pas vu les signe avants coureurs. Enfin Roland Weinberg ce septuagénaire dans la fleur de l'âge est accompagné par son jeune et belle compagne italienne. Ecrivain reconnu, cet ancien séducteur aspire à vivre pleinement et égoïstement. Le festival est organisé par Géraldine une française vivant en Inde depuis de nombreuses mariée à un indien et maman d'un jeune bébé.

Dès leur arrivée sur place, nos invités sont confrontés à des couacs d'une organisation défaillante. Si pendant une semaine, ils vont se côtoyer, ils vont  surtout se retrouver en proie à des éléments de leur  passé. Tous ont répondu présents à évènement car  des motifs personnels ont motivé leur décision. Même Géraldine va être confrontée à  un pan de son enfance  sans s'y attendre.
Après un début prometteur, je me suis lassée de ces personnages assez caricaturaux. La quatrième de couverture promettait l'Inde en tant qu'élément à part entière. Le pays ne sert que de décor à l'introspection personnelle des personnages. Le derniers tiers du roman révèle quelques surprises mais hélas également à des péripéties dont les ficelles sont assez grosses. Des personnage animés par la culpabilité, la colère, l'envie, l'amour, la jalousie ... en somme rien de très nouveau sous le ciel d'inde.  

L'écriture de Catherine Cusset est toujours agréable mais les personnages restent superficiels et ce livre ne m'a pas convaincue. Pourquoi diable ne pas avoir creusé en profondeur et mis à vif les tourments et les aspirations de chacun ? Dommage...

De cette auteure, j'avais lu et aimé Un brillant avenir.
Indigo fait partie de la sélection du mois de mars du Prix Relay des Voyageurs.
L'avis de Saxaoul 

 

jeudi 28 février 2013

Yasmina Reza - Heureux les heureux


Éditeur : Flammarion - Date de parution : Janvier 2013 - 187 pages et une déception...

Avertissement : attention, l’abus de morosité nuit gravement au moral. Par exemple avant cette lecture vous souriez,  après : vous déprimez… Alors si en plus vous traversez une mauvaise passe, passez votre chemin !

En vingt-et-un courts chapitres, nous découvrons des scènes du quotidien d’une dizaine de personnage tous reliés par un fil familial, amical ou social. Chaque chapitre s’arrêtant sur l’un d’eux. Les premières pages de ce livre m’ont agressée. Une scène de dispute dans un supermarché entre un couple à partir de rien, d’une banalité. Le caddie est poussé, le bras de la femme est pris violemment, des propos sortent les dents serrées, la mâchoire crispée. Cette entrée en matière m’a crispée et a probablement joué sur le reste de ma lecture tant la violence de cette scène était palpable. Dans les monologues de ces personnages s’expriment une solitude gluante, un isolement terrible, du désespoir. Une maîtresse aimerait rompre mais n’y arrive pas,des parents cachent l’internement de leur fils qui se prend pour Céline Dion,  un homme et une femme conversent dans la salle d’attente du cancérologue (à savoir qui remportera le trophée de la maladie), le spécialiste étant un homosexuel qui aime les prostitués du Bois de Boulogne.
Ces récits mis bout à bout, sans début et sans fin sont comme des films courts. Aucun des personnages n’a de problème d’argent ou est au chômage, tous ont une vie matérielle confortable.

J’ai eu du mal à faire le lien entre eux mais surtout la morosité qui découle de ce livre m’a imprégnée. L'écriture de Yasmina Reza est linéaire et renforce le sentiment d'impuissance du lecteur. Voilà c'est ça, je me suis sentie une spectatrice impuissante à qui l'on fait porter tout cet accablement. Je ne vis pas dans une bulle ouatée et rose mais ce livre est déprimant et pire sans une once d’espoir.

Ce livre fait partie de la sélection ( 3 livres au total) du mois de mars pour le 36ème prix Relay des Voyageurs ( les informations sont également disponibles sur FB ). Chaque mois un livre est élu et au final ce seront donc quatre livres qui se retrouvent en lice pour ce prix. Pour le mois de février,  06h41 de Jean-Philippe Blondel que j'avais terminé le cœur serré d'émotions a été retenu.


Pour ce titre, nous avons fait une lecture commune avec Cryssilda, Leiloona, Noukette, Saxaoul, Stephie  qui publieront demain leur billet.
Le billet d'A propos de livres