Éditeur : Flammarion - Date de parution : Août 2019 - 400 pages
Olivier Adam faisait partie des auteurs dont je lisais systématiquement (ou presque) ses romans. "Lisais" à l’imparfait car oui il y a eu un désamour ou plutôt une overdose de ses thèmes de prédilection. Les lisières ayant été de trop, je le boudais. Une partie de badminton m’a intriguée par son titre et sans lire la quatrième de couverture, je me suis lancée (je vis dangereusement) à le lire.
Alors me direz-vous ? Si Olivier Adam ne s’est toujours pas converti au roman léger et bien il fait preuve d’une jolie auto-dérision avec son personnage de Paul Lerner. Cet écrivain revenu en Bretagne près de Saint-Malo a connu le succès et à quarante-cinq ans, il croyait que ses livres allaient lui assurer un bel avenir. Lui qui avait embarqué sa femme et ses deux enfants en Bretagne a eu envie de retourner vivre à Paris. Sauf que l’argent s’est tari comme la vente de ses livres : adieu la vie parisienne et re-bonjour les terres bretonnes. Parce qu’il faut faire faire bouillir la marmite, il travaille comme journaliste local, sa femme souvent absente jongle entre ses cours de prof et un centre d’accueil aux migrants. Leur fille Manon adolescente regrette amèrement Paris et l’exprime à sa façon tandis que son frère âgé de dix ans s’est très bien adapté. Pour Paul, sa vie d’écrivain est du passé et il se questionne. A-t-il fait les bons choix pour lui et pour sa famille ?
Il y a du piquant, des réflexions joliment menées et d'autres beaucoup moins. Et selon moi, la fin tombe dans des clichés rocambolesques. Mais j’ai aimé ce Paul Lerner avec ses interrogations sur sa vie, sur son rôle de père et celui d’époux mais aussi avec toutes ses ambiguïtés. Dans ce portrait d'un homme et de notre société, l'auteur m'a surprise par l'humour dont il fait preuve. Malgré des défauts, ce roman m'a presque réconciliée avec Olivier Adam.
S'était ensuivie une plongée rapide dans le seaux saumâtres de la dépression.C'était la combientième au fait ? La cinquième? dépression n°5. By Lerner. Paris.
Cuné est plus enthousiaste.
Lu de cet auteur : A l'abri de rien - Des vents contraires - Falaises- Le coeur régulier - Les lisières
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vendredi 8 novembre 2019
mercredi 23 octobre 2019
Guillaume Lavenant - Protocole gouvernante
Éditeur : Rivages - Date de parution : Août 2019 - 176 pages
Dans une banlieue pavillonnaire cossue, un couple très pris par son travail recherche une personne de confiance. Une jeune femme est engagée comme gouvernante. Entendez par là qu'elle doit s'occuper de la plus jeune des deux enfants Eléna et également donner un coup de main à la gestion de la maison.
Nous découvrons en même temps que la jeune femme le protocole qu'elle doit suivre au pied de la lettre et établi par un mystérieux Lewis. On comprend très vite que son embauche a été prévue , elle est le maillon d'un plan et rien n'a été laissé au hasard. Le récit entièrement à la deuxième personne du pluriel et toujours au futur confère une ambiance enveloppante, captivante mêlant le respect feutré du vouvoiement et l'ombre d'une organisation secrète bien mystérieuse.
Sans en dire de trop, Guillaume Lavenant nous titille et nous harponne dans ce roman atypique et assez indéfinissable qui tient à la fois du huis-clos, d'une dystopie avec une donne dose de suspense comme dans un thriller. Plus on avance dans la lecture et plus on est tiraillé par de nombreuses questions ( et est bien malin celui ou celle qui devinera la fin).
Ce roman subjugue par sa narration impeccable, ce qui est son point fort, et suscite un malaise grandissant distillé habilement. Mais avec un dénouement qui ne répond pas à toutes les interrogations du lecteur, cette fin peut gâcher le plaisir de lecture ou le diminuer.
Un livre qui sort des sentiers battus et qui m'a complètement intriguée (mission réussie pour l'auteur).
De manière générale, ne vous attendez jamais à quoi que ce soit. Ce à quoi vous devez vous attendre, vous le trouverez décrit dans ces lignes. Pour le reste, n'anticipez rien.
Une lecture repérée chez Keisha
Dans une banlieue pavillonnaire cossue, un couple très pris par son travail recherche une personne de confiance. Une jeune femme est engagée comme gouvernante. Entendez par là qu'elle doit s'occuper de la plus jeune des deux enfants Eléna et également donner un coup de main à la gestion de la maison.
Nous découvrons en même temps que la jeune femme le protocole qu'elle doit suivre au pied de la lettre et établi par un mystérieux Lewis. On comprend très vite que son embauche a été prévue , elle est le maillon d'un plan et rien n'a été laissé au hasard. Le récit entièrement à la deuxième personne du pluriel et toujours au futur confère une ambiance enveloppante, captivante mêlant le respect feutré du vouvoiement et l'ombre d'une organisation secrète bien mystérieuse.
Sans en dire de trop, Guillaume Lavenant nous titille et nous harponne dans ce roman atypique et assez indéfinissable qui tient à la fois du huis-clos, d'une dystopie avec une donne dose de suspense comme dans un thriller. Plus on avance dans la lecture et plus on est tiraillé par de nombreuses questions ( et est bien malin celui ou celle qui devinera la fin).
Ce roman subjugue par sa narration impeccable, ce qui est son point fort, et suscite un malaise grandissant distillé habilement. Mais avec un dénouement qui ne répond pas à toutes les interrogations du lecteur, cette fin peut gâcher le plaisir de lecture ou le diminuer.
Un livre qui sort des sentiers battus et qui m'a complètement intriguée (mission réussie pour l'auteur).
De manière générale, ne vous attendez jamais à quoi que ce soit. Ce à quoi vous devez vous attendre, vous le trouverez décrit dans ces lignes. Pour le reste, n'anticipez rien.
Une lecture repérée chez Keisha
mercredi 16 octobre 2019
Thomas Gunzig - Feel Good
Éditeur : Au diable Vauvert - Date de parution : Août 2019 - 400 pages
Après une enfance sans manquer d'argent mais sans en avoir de trop, Alice se démène pour joindre les deux bouts avec son salaire de vendeuse dans un magasin de chaussures. Elle en a marre de devoir toujours compter compter et calculer, d'être toujours "trop juste". Comble de malchance pour elle, le magasin met la clé sous la porte. Comment faire pour payer de quoi à manger à son fils, comment régler son loyer ? Elle pense avoir trouvé la solution à ses problèmes d'argent, ne reste plus qu'à l'exécuter .
Tom lui galère en étant qu'écrivain. Ses livres ne se vendent pas ou trop peu, sa femme vient vient de le quitter. Il continue de croire qu'un jour son génie littéraire éclatera au grand jour et lui permettra de couleur des jours heureux et paisibles. Si le plan d'Alice fonctionne au départ rapidement, elle se retrouve embarquée dans une situation qui la dépasse et la met sur la route de Tom.
Thomas Gunzig égratigne avec cynisme le monde de l'édition et tout ce qui gravite autour. Mais ce livre est surtout un roman social très révélateur d'une précarité, des injustices et des inégalités sans être plombant. On sourit et on tourne les pages avec envie et entrain ! Relevé, drôle et légèrement barré, ce roman est surprenant. Il joue sur les codes du feel good, dévoile pour notre plus grand plaisir les coulisses du monde littéraire actuel et met le doigt sur la souffrance bien réelle de ses personnages. C'est parfaitement réussi !
Être pauvre dans un monde de riches, c'est encore pire que d'être pauvre dans un monde de pauvres.
Les billets d'Alex, Antigone, Cuné , Gambadou, Histoires d'en lire Nadège, Séverine et Sylire toutes absolument conquises.
lundi 7 octobre 2019
Valentine Goby - Murène
Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Aout 2019 - 384 pages
Hiver 1956, A vingt-deux ans, François Sandre a la fougue de la jeunesse et l'avenir pour lui.Victime d'un accident, les médecins ne sont guère optimistes à son sujet. Grièvement brûlé, il doit sa survie à une amputation des deux bras.
Je pourrais juste vous dire que cette histoire est tout simplement magnifique et que l'écriture de Valentine Goby n' a jamais été aussi somptueuse. Mais ce livre est beaucoup plus pour moi. Il ne m'a pas quittée pendant plusieurs jours et j'ai eu ce sentiment qu'il m'accompagnait partout. François a peuplé mes nuits, il a été avec moi à chaque instant. Ce que son corps lacunaire lui imposait et ce dont il le priverait à jamais, les embûches, son quotidien et ses questions m'ont habitée intensément.
Malgré son invalidité, François veut retrouver une autonomie et Organisation sportive des mutilés lui permet de se redécouvrir dans des bassins d'eau chlorée. Il apprend à nager. Les muscles endoloris par l'effort, il apprivoise sa respiration et découvre des sensations autres car l'eau a ce pouvoir de brouiller les stigmates et les handicaps.
Valentine Goby nous immerge dans l'histoire d'une métamorphose et et retrace la naissance de l'handisport. J'ai vécu une histoire d'amour avec ce roman, j'ai eu le coeur broyé et malaxé, des poissons d'eau dans les yeux et surtout un respect immense pour François et ses compagnons d'infortune. Des personnes qui se hissent pour la vie, se dépassent, franchissent de grands obstacles tout comme la souffrance et le regard des autres.
Tout en étant extrêmement bien documenté, ce récit évite tout pathos car Valentine Goby fait preuve d'une finesse intelligente et éblouissante par son style, par sa capacité à rendre l'indicible et les ressentis.
Cette lecture lumineuse m'a nourrie et enrichie, symbiose parfaite d'une histoire et d'une écriture.
La sensation du ghetto s’estompe. La honte le quitte. Il se concentre sur la nage, aveugle aux moignons qui l’entourent, il n’a d’autre pensée dans le bassin que l’exécution d’un mouvement fluide. Il pense à la murène de l’aquarium, porte Dorée, non à la laideur de sa gueule, le corps reclus dans les anfractuosités de la roche, le bec à peine pointé vers dehors, mais à sa pavane suave.
De nombreux billets sur Babelio.
Lu de cet auteure : Banquises - Des corps en silence - Kinderzimmer - Qui touche à mon corps je le tue - Un paquebot dans les arbres
Hiver 1956, A vingt-deux ans, François Sandre a la fougue de la jeunesse et l'avenir pour lui.Victime d'un accident, les médecins ne sont guère optimistes à son sujet. Grièvement brûlé, il doit sa survie à une amputation des deux bras.
Je pourrais juste vous dire que cette histoire est tout simplement magnifique et que l'écriture de Valentine Goby n' a jamais été aussi somptueuse. Mais ce livre est beaucoup plus pour moi. Il ne m'a pas quittée pendant plusieurs jours et j'ai eu ce sentiment qu'il m'accompagnait partout. François a peuplé mes nuits, il a été avec moi à chaque instant. Ce que son corps lacunaire lui imposait et ce dont il le priverait à jamais, les embûches, son quotidien et ses questions m'ont habitée intensément.
Malgré son invalidité, François veut retrouver une autonomie et Organisation sportive des mutilés lui permet de se redécouvrir dans des bassins d'eau chlorée. Il apprend à nager. Les muscles endoloris par l'effort, il apprivoise sa respiration et découvre des sensations autres car l'eau a ce pouvoir de brouiller les stigmates et les handicaps.
Valentine Goby nous immerge dans l'histoire d'une métamorphose et et retrace la naissance de l'handisport. J'ai vécu une histoire d'amour avec ce roman, j'ai eu le coeur broyé et malaxé, des poissons d'eau dans les yeux et surtout un respect immense pour François et ses compagnons d'infortune. Des personnes qui se hissent pour la vie, se dépassent, franchissent de grands obstacles tout comme la souffrance et le regard des autres.
Tout en étant extrêmement bien documenté, ce récit évite tout pathos car Valentine Goby fait preuve d'une finesse intelligente et éblouissante par son style, par sa capacité à rendre l'indicible et les ressentis.
Cette lecture lumineuse m'a nourrie et enrichie, symbiose parfaite d'une histoire et d'une écriture.
La sensation du ghetto s’estompe. La honte le quitte. Il se concentre sur la nage, aveugle aux moignons qui l’entourent, il n’a d’autre pensée dans le bassin que l’exécution d’un mouvement fluide. Il pense à la murène de l’aquarium, porte Dorée, non à la laideur de sa gueule, le corps reclus dans les anfractuosités de la roche, le bec à peine pointé vers dehors, mais à sa pavane suave.
De nombreux billets sur Babelio.
Lu de cet auteure : Banquises - Des corps en silence - Kinderzimmer - Qui touche à mon corps je le tue - Un paquebot dans les arbres
vendredi 4 octobre 2019
Pascal Dessaint - L'horizon qui nous manque
Éditeur : Rivages - Date de parution : Septembre 2019 - 250 pages
Après le démantèlement de la jungle de Calais, Lucille ex-institutrice investie auprès des migrants a tout plaqué. Elle trouve refuge chez Anatole, chasseur solitaire passionné par les oiseaux qu'il sculpte sans grand succès à qui elle loue une caravane. Un jour débarque Loïk, un ancien détenu impulsif et pas très causant sur son passé tourmenté. Entre Gravelines et Calais, ces trois personnages cohabitent sur un terrain à l'écart de tout.
Pascal Dessaint s'attache à dépendre le quotidien de ces trois personnages cabossés par la vie et à ces liens qui se créent entre eux. J'ai retrouvé les décors et la géographie du roman Le chemin s'arrêtera là avec l'iode, les embruns qui vous fouettent le visage, les dunes et la nature. Même géographie donc mais une atmosphère un peu différente et moins noire. Et pour moi, il y a un peu de Marie-Sabine Roger Sabine et de Michel Quint dans ce nouveau roman de Pascal Dessaint.
L'écriture concise capte les nuances et décrit à merveille la nature environnante. Avec des dialogues souvent savoureux émaillés de répliques de Jean Gabin, des extraits de chanson de Jean-Patrick Capdevielle, Pascal Dessaint dresse des portraits qui m'ont touchée. Les zones d'ombre et les cassures qui se dessinent contrastent avec la pudeur à fleur et la solidarité dont tous les trois font preuve. Ces personnages attachants, fragilisés sont baignés d'une humanité qui fait chaud au coeur malgré leurs erreurs et leurs faiblesses.
Un roman social sombre mais teinté d'une nostalgie bienveillante.
Quand un gars récidive, c’est pas qu’il est plus con qu’un autre. C’est seulement qu’il est con plus souvent. Nuance.
Le billet de Cathulu
Après le démantèlement de la jungle de Calais, Lucille ex-institutrice investie auprès des migrants a tout plaqué. Elle trouve refuge chez Anatole, chasseur solitaire passionné par les oiseaux qu'il sculpte sans grand succès à qui elle loue une caravane. Un jour débarque Loïk, un ancien détenu impulsif et pas très causant sur son passé tourmenté. Entre Gravelines et Calais, ces trois personnages cohabitent sur un terrain à l'écart de tout.
Pascal Dessaint s'attache à dépendre le quotidien de ces trois personnages cabossés par la vie et à ces liens qui se créent entre eux. J'ai retrouvé les décors et la géographie du roman Le chemin s'arrêtera là avec l'iode, les embruns qui vous fouettent le visage, les dunes et la nature. Même géographie donc mais une atmosphère un peu différente et moins noire. Et pour moi, il y a un peu de Marie-Sabine Roger Sabine et de Michel Quint dans ce nouveau roman de Pascal Dessaint.
L'écriture concise capte les nuances et décrit à merveille la nature environnante. Avec des dialogues souvent savoureux émaillés de répliques de Jean Gabin, des extraits de chanson de Jean-Patrick Capdevielle, Pascal Dessaint dresse des portraits qui m'ont touchée. Les zones d'ombre et les cassures qui se dessinent contrastent avec la pudeur à fleur et la solidarité dont tous les trois font preuve. Ces personnages attachants, fragilisés sont baignés d'une humanité qui fait chaud au coeur malgré leurs erreurs et leurs faiblesses.
Un roman social sombre mais teinté d'une nostalgie bienveillante.
Quand un gars récidive, c’est pas qu’il est plus con qu’un autre. C’est seulement qu’il est con plus souvent. Nuance.
Le billet de Cathulu
lundi 30 septembre 2019
Kaouther Adimi - Les petits de Décembre
Éditeur : Le Seuil - Date de parution : Août 2019 - 256 pages
Cité du 11-Décembre-1960 de Dely Brasilia en Algérie, Jamyl, Mahdi et Inès, des enfants du quartier s’occupent en jouant au foot sur un terrain vague. La cité construite en 1987 a vu leurs aînés en faire leur terrain de jeu. Mais un jour de février 2016, deux généraux en fin de carrière débarquent avec l’intention de se l’approprier pour y construire leurs maisons. Certains des adolescents se rebellent, encouragés par Adila une ancienne moudjahida militante de l’indépendance algérienne. Ils ne veulent pas se laisser faire même contrairement à leurs parents qui vivent avec la crainte d'éventuelles repérésailles. Et si le courage innocent, presque puéril, était l’étincelle qui met le feu aux poudres pour se lever contre un système gangréné ? Sous l’impulsion des adolescents, le terrain devient un emblème fédérateur pour les habitants du quartier.
Si l’auteure évoque l’indépendance de l’Algérie à travers notamment le personnage d’Adila une femme forte et respectée, elle revient principalement sur l’évolution politique récente de ce pays. A travers la voix d’Adila et de ses souvenirs, j’ai découvert les émeutes de 1988 durant lesquelles l’armée a ouvert le feu sur des manifestants, mais aussi l’émergence du groupe islamique armé, les attentats qui ont semé la terreur et la violence. Kaouther Adimi dresse également le portrait d’un pays entre passé et présent où les mentalités ont du mal à s’émanciper du poids culturel et de celui des traditions, et où les voix politiques discordantes tentent de s’élever.
Loin d’être rébarbatif, ce contexte politique est très instructif mais j’ai trouvé que l’auteure se répétait un peu dans sa trame. Et si le personnage d’Adila est étoffé, les autres personnages sont un peu moins aboutis à mon sens car brossés dans les grandes lignes. Au fil des pages, ce roman prend l’allure d’une fable.
Sans en dévoiler de trop, il m’a manquée une histoire plus conséquente, une empathie et des émotions. Au final, je retiendrai ce vent engendré par une nouvelle génération portée par l’envie de changement et de renouveau. Et même si quelquefois les vents dominants sont les plus forts, l’espoir est bien là. Peut-être fragile mais lumineux.
Papa, si tout le monde ne pense qu'à son petit avenir et son petit confort, comment ferons-nous pour changer les choses?
Le billet de Mimipinson qui a aimé
Cité du 11-Décembre-1960 de Dely Brasilia en Algérie, Jamyl, Mahdi et Inès, des enfants du quartier s’occupent en jouant au foot sur un terrain vague. La cité construite en 1987 a vu leurs aînés en faire leur terrain de jeu. Mais un jour de février 2016, deux généraux en fin de carrière débarquent avec l’intention de se l’approprier pour y construire leurs maisons. Certains des adolescents se rebellent, encouragés par Adila une ancienne moudjahida militante de l’indépendance algérienne. Ils ne veulent pas se laisser faire même contrairement à leurs parents qui vivent avec la crainte d'éventuelles repérésailles. Et si le courage innocent, presque puéril, était l’étincelle qui met le feu aux poudres pour se lever contre un système gangréné ? Sous l’impulsion des adolescents, le terrain devient un emblème fédérateur pour les habitants du quartier.
Si l’auteure évoque l’indépendance de l’Algérie à travers notamment le personnage d’Adila une femme forte et respectée, elle revient principalement sur l’évolution politique récente de ce pays. A travers la voix d’Adila et de ses souvenirs, j’ai découvert les émeutes de 1988 durant lesquelles l’armée a ouvert le feu sur des manifestants, mais aussi l’émergence du groupe islamique armé, les attentats qui ont semé la terreur et la violence. Kaouther Adimi dresse également le portrait d’un pays entre passé et présent où les mentalités ont du mal à s’émanciper du poids culturel et de celui des traditions, et où les voix politiques discordantes tentent de s’élever.
Loin d’être rébarbatif, ce contexte politique est très instructif mais j’ai trouvé que l’auteure se répétait un peu dans sa trame. Et si le personnage d’Adila est étoffé, les autres personnages sont un peu moins aboutis à mon sens car brossés dans les grandes lignes. Au fil des pages, ce roman prend l’allure d’une fable.
Sans en dévoiler de trop, il m’a manquée une histoire plus conséquente, une empathie et des émotions. Au final, je retiendrai ce vent engendré par une nouvelle génération portée par l’envie de changement et de renouveau. Et même si quelquefois les vents dominants sont les plus forts, l’espoir est bien là. Peut-être fragile mais lumineux.
Papa, si tout le monde ne pense qu'à son petit avenir et son petit confort, comment ferons-nous pour changer les choses?
Le billet de Mimipinson qui a aimé
mercredi 25 septembre 2019
Brigitte Giraud - Jour de courage
Éditeur : Flammarion - Date de parution : Août 2019 - 160 pages
Pour son exposé d'Histoire sur la Seconde Guerre mondiale, Livio, 17 ans, a choisi de parler des autodafés nazis et de Magnus Hirschfeld. Ce médecin allemand inconnu pour beaucoup a oeuvré dans la lutte contre la discrimination envers les homosexuels. Il avait avait créé une institution dont la bibliothèque fut brûlée en 1933 par les nazis. Devant sa classe et son professeur, il revient sur la vie de cet homme et de ce qu'il a subi.
Petit à petit, il se dévoile aux yeux de tous. Et il faut du courage à cet adolescent pour énoncer sa vérité. Une qui ne pourtant ne devrait pas faire réagir ou choquer. Mais certains de ses camarades de classe se moquent de lui. Sa meilleure amie Camille, secrètement amoureuse de lui, a du mal à admettre ce qu'elle comprend à travers son exposé.
Brigitte Giraud arrive à retranscrire très exactement l'ambiance de ce cours. On ressent la tension, l'étonnement, la moquerie, on visualise Livio, la rougeur qui lui monte aux joues, le trouble de Camille, la méchanceté bête et l'ignorance. On aimerait que quelque chose de positif se passe pour rompre la tension et cette condamnation d'être différent.
Mais le malaise s'accentue car dans sa famille, Livio sait qu'il ne sera jamais accepté. L'onde choc se propage et nous gagne. Un roman empli de justesse, à mettre entre toute les mains.
Il y avait eu cette matinée, pendant laquelle Livio avait longuement pris la parole. Il avait bravé le regard de tous, debout pendant une heure sur l'estrade, et n'avait pas dévié de son cap quand il avait raconté l'existence et le combat de Magnus Hirschfeld dont personne dans la classe n'avait entendu parler. Mais cela lui importait peu, il avait été brillant et incroyablement gonflé, comme s'il n'avait plus rien à perdre.
Le billet de Cathulu
Lu de cette auteure : Avoir un corps - Pas d'inquiétude -Une année étrangère
jeudi 19 septembre 2019
Marie Darrieussecq - La Mer à l'envers
Editeur : P.O.L. - Date de parution : Août 2019 - 256 pages
Accompagnée de ses deux enfants Rose part en croisière en Méditerranée. Son mari qui boit de trop et trop souvent n'est pas venu mais cette coupure est une bonne chose pour Rose, elle a besoin de faire le point. Une nuit, le paquebot « un immeuble flottant (..) une ville rêvée, l’utopie à la portée des déambulateurs » recueille des migrants en pleine mer. Rose donne à un jeune migrant nigérien Younès le téléphone portable de son fils. C’est sa façon d’aider.
Ce geste partant d’un bon sentiment sans attendre un retour quelconque et sans chercher à paraître courageuse ou héroïque est un point d’ancrage. Dans la vie de Younes et dans celle de Rose. Ce personnage féminin s’interroge sur sa vie, sur ce qu’elle transmet à ses enfants et sur son couple. Loin d’être un cliché, Rose est un personnage contemporain par ses fragilités, ses réflexions, avec toutes ses ambiguïtés, tiraillée par l’envie d’en faire plus et celle de se protéger. De protéger sa vie et sa famille.
Ce sujet d’actualité est traité sans pathos ou larmoyant par Marie Darieussecq. Elle fait preuve d’un ton loin d’être grave où elle réussit à placer de la légèreté, à nous faire sourire et à rendre hommage à ceux et à celles qui tendent une main pour aider malgré tout. Sans leçon de morale ou de jugement, la politique migratoire est abordée par le prisme de Rose si proche de nous mais que que n'ai pas entièrement comprise.
Au final, il m'a manqué la petite musique et la grâce d'Il faut beaucoup aimer les hommes. Et cette fois ci malgré une belle humanité sans fard , Marie Darrieussecq n'a pas réussi à me convaincre totalement.
Elle eut ce réflexe, de tendre la main vers eux, d'essayer quelque chose, mais.
Sur le blog : Etre ici est une splendeur - Il faut beaucoup aimer les hommes
Accompagnée de ses deux enfants Rose part en croisière en Méditerranée. Son mari qui boit de trop et trop souvent n'est pas venu mais cette coupure est une bonne chose pour Rose, elle a besoin de faire le point. Une nuit, le paquebot « un immeuble flottant (..) une ville rêvée, l’utopie à la portée des déambulateurs » recueille des migrants en pleine mer. Rose donne à un jeune migrant nigérien Younès le téléphone portable de son fils. C’est sa façon d’aider.
Ce geste partant d’un bon sentiment sans attendre un retour quelconque et sans chercher à paraître courageuse ou héroïque est un point d’ancrage. Dans la vie de Younes et dans celle de Rose. Ce personnage féminin s’interroge sur sa vie, sur ce qu’elle transmet à ses enfants et sur son couple. Loin d’être un cliché, Rose est un personnage contemporain par ses fragilités, ses réflexions, avec toutes ses ambiguïtés, tiraillée par l’envie d’en faire plus et celle de se protéger. De protéger sa vie et sa famille.
Ce sujet d’actualité est traité sans pathos ou larmoyant par Marie Darieussecq. Elle fait preuve d’un ton loin d’être grave où elle réussit à placer de la légèreté, à nous faire sourire et à rendre hommage à ceux et à celles qui tendent une main pour aider malgré tout. Sans leçon de morale ou de jugement, la politique migratoire est abordée par le prisme de Rose si proche de nous mais que que n'ai pas entièrement comprise.
Au final, il m'a manqué la petite musique et la grâce d'Il faut beaucoup aimer les hommes. Et cette fois ci malgré une belle humanité sans fard , Marie Darrieussecq n'a pas réussi à me convaincre totalement.
Elle eut ce réflexe, de tendre la main vers eux, d'essayer quelque chose, mais.
Sur le blog : Etre ici est une splendeur - Il faut beaucoup aimer les hommes
mercredi 28 août 2019
Jean-Philippe Blondel - La grande escapade
Éditeur : Buchet-Chastel -Date de parution : 15 Aout 2019 - 272 pages
1975. En province, au groupe scolaire Denis-Diderot, les enseignants et leurs familles occupent des logements de fonction. Forcément tout le monde se connaît, les parents sont collègues et les enfants jouent ensemble. L’enseignement est basé sur les méthodes anciennes et les élèves sont menés à la baguette par le rigide directeur Lorrain. Lorsqu’un nouvel instituteur Florimont adepte d’une pédagogie différente arrive, on se doute que ce petit monde va connaître des remous d’autant plus que les classes vont devoir être mixtes et que l’émancipation des femmes fait frémir certains maris.
A l’aube de l’adolescence, les amitiés entre enfants se délitent, les personnalités se cherchent et s’affirment. Sous des apparences lisses et courtoises, les rivalités et les jalousies entre parents s’aiguisent et dans le sillage de Mai 68, les femmes découvrent une liberté toute nouvelle. Avec un regard tendre et avec des personnages hauts en couleur dont certains sont truculents, Jean-Philippe Blondel décrit ces vies, les mentalités tout comme l’amorce d’une nouvelle société. Il nous retrace la fin d’une époque révolue par sa rigueur éducative et par ses schémas codifiés dans le couple. Les femmes deviennent indépendantes, les enfants mûrissent, la radio diffuse des chansons anglophones et la société se libère de ses corsets.
Une fois de plus, Jean-Philippe Blondel a su traduire parfaitement les sentiments, les perceptions et ressentis de ses personnages. Les pages se tournent toutes seules entre sourires, notamment quand il dépeint les réactions quasi épidermiques concernant les hippies, et petits pincements au cœur.
Sans être mièvre, cette chronique sociale et terriblement humaine est délicieuse, acidulée et vive. Petite précision : il est inutile d’avoir connu les années 70 pour apprécier ce roman plein d’entrain, hautement savoureux où l’humour n’est pas en reste. Si le dernier roman de Jean-Philippe Blondel m’était tombé des mains, j’ai dévoré celui-ci !
Elle aime ces soirées détendues avec des invités qui n’habitent pas le groupe scolaire. On y parle peu d’école, encore moins de son travail. On discours sur les endroits que l’on a déjà visités, sur l’éducation des enfants et aussi sur les derniers changements sociaux et politiques – on a tous été déçu quand Giscard a été élu l'année dernière. On était tellement sûrs de gagner, cette fois. On soupire, et puis on passe à autre chose. On n'est pas non plus engagé à ce point dans la lutte des classes. Ce qu'on souhaite avant tout, c’est que rien ne change radicalement et que chacun puisse vivre son existence comme il l’entend, tout en ayant bonne conscience parce que quelqu’un d’autre s’occupe des milieux défavorisés. Bref, on est de gauche, quoi. D’une couche de la couleur du rosbif qu'on sert régulièrement lors de ses repas. Pas saignant. Ni bien cuit. Juste à point.
Les billets de Cuné, Nicole et Saxaoul.
Sur ce blog : 06h41 - Brise glace - Et rester vivant
1975. En province, au groupe scolaire Denis-Diderot, les enseignants et leurs familles occupent des logements de fonction. Forcément tout le monde se connaît, les parents sont collègues et les enfants jouent ensemble. L’enseignement est basé sur les méthodes anciennes et les élèves sont menés à la baguette par le rigide directeur Lorrain. Lorsqu’un nouvel instituteur Florimont adepte d’une pédagogie différente arrive, on se doute que ce petit monde va connaître des remous d’autant plus que les classes vont devoir être mixtes et que l’émancipation des femmes fait frémir certains maris.
A l’aube de l’adolescence, les amitiés entre enfants se délitent, les personnalités se cherchent et s’affirment. Sous des apparences lisses et courtoises, les rivalités et les jalousies entre parents s’aiguisent et dans le sillage de Mai 68, les femmes découvrent une liberté toute nouvelle. Avec un regard tendre et avec des personnages hauts en couleur dont certains sont truculents, Jean-Philippe Blondel décrit ces vies, les mentalités tout comme l’amorce d’une nouvelle société. Il nous retrace la fin d’une époque révolue par sa rigueur éducative et par ses schémas codifiés dans le couple. Les femmes deviennent indépendantes, les enfants mûrissent, la radio diffuse des chansons anglophones et la société se libère de ses corsets.
Une fois de plus, Jean-Philippe Blondel a su traduire parfaitement les sentiments, les perceptions et ressentis de ses personnages. Les pages se tournent toutes seules entre sourires, notamment quand il dépeint les réactions quasi épidermiques concernant les hippies, et petits pincements au cœur.
Sans être mièvre, cette chronique sociale et terriblement humaine est délicieuse, acidulée et vive. Petite précision : il est inutile d’avoir connu les années 70 pour apprécier ce roman plein d’entrain, hautement savoureux où l’humour n’est pas en reste. Si le dernier roman de Jean-Philippe Blondel m’était tombé des mains, j’ai dévoré celui-ci !
Elle aime ces soirées détendues avec des invités qui n’habitent pas le groupe scolaire. On y parle peu d’école, encore moins de son travail. On discours sur les endroits que l’on a déjà visités, sur l’éducation des enfants et aussi sur les derniers changements sociaux et politiques – on a tous été déçu quand Giscard a été élu l'année dernière. On était tellement sûrs de gagner, cette fois. On soupire, et puis on passe à autre chose. On n'est pas non plus engagé à ce point dans la lutte des classes. Ce qu'on souhaite avant tout, c’est que rien ne change radicalement et que chacun puisse vivre son existence comme il l’entend, tout en ayant bonne conscience parce que quelqu’un d’autre s’occupe des milieux défavorisés. Bref, on est de gauche, quoi. D’une couche de la couleur du rosbif qu'on sert régulièrement lors de ses repas. Pas saignant. Ni bien cuit. Juste à point.
Les billets de Cuné, Nicole et Saxaoul.
Sur ce blog : 06h41 - Brise glace - Et rester vivant
lundi 26 août 2019
Jean-Paul Dubois - Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon
Editeur : L'Olivier - Date de parution : Août 2019 - 245 pages
A la prison de Montréal où il purge une peine de deux ans, Paul Hansen partage sa cellule avec Horton un biker de Hells Angel incarcéré pour meurtre. Qu’est ce qui a conduit Paul en prison ? Évidemment, cette question nous titille et Jean-Paul Dubois ne nous livrera la réponse qu’à la toute fin.
Fils unique d’un pasteur suédois et d’une passionnée de cinéma engagé près de Toulouse, Paul a vu, impuissant, se déliter lentement le couple formé ses parents. A sa majorité, il rejoint son père au Québec et trouve un emploi de factotum dans une résidence cossue où il a officié durant vingt-six années rendant service aux locataires et en leur prêtant également une oreille attentive. Avec Winona Mapachee, une Indienne algonquine pilote d'un Beaver monomoteur et Nouk un chien qu’ils avaient recueilli, le bonheur parfait était au rendez-vous.
Avec cette tendresse et cette pudeur qui le caractérisent, Jean-Paul Dubois nous parle de vies simples en apparence tiraillées par les doutes, bousculées à tout jamais par par la soif d’argent des autres, mais aussi de foi et de liberté, d’amour, de solidarité et de belles amitiés belles qui réchauffent le cœur. Et jusqu’à la dernière ligne, une belle nostalgie qui pince le cœur m’a enveloppée.
Ses personnages attachants et truculents par leurs côtés décalés (Horton qui sous ses airs peu commodes cache des peurs infantiles) ou simplement parce qu’ils sont criants de vérité m'ont plus que touchée.
Dans ce roman, vous l'aurez compris, l'humain est au centre.
Jean-Paul Dubois rejoint mon club d’auteurs chouchous. Parce que j’aime son écriture élégante, son humour absurde et souvent ironique, sa sensibilité et sa fausse nonchalance (avec des descriptions précises qui ne saoulent jamais le lecteur).
La détention allonge les jours, distend les nuits, étire les heures, donne au temps un consistance pâteuse, vaguement écoeurante . Chacun éprouve le sentiment de se mouvoir dans une boue épaisse où il faut s'extraire à chaque pas, bataillant pied à pied pour ne pas s'enliser dans le dégoût de soi-même. La prison nous ensevelit vivants.
La foi, c'est fragile, ça repose sur trois fois rien comme un tour de magie.
Et qu'est-ce qu'il faut pour être un bon prestidigitateur ? Un lapin et un chapeau.
Les billets de Caroline et de Jérôme.
De cet auteur et sur le blog : La succession.
A la prison de Montréal où il purge une peine de deux ans, Paul Hansen partage sa cellule avec Horton un biker de Hells Angel incarcéré pour meurtre. Qu’est ce qui a conduit Paul en prison ? Évidemment, cette question nous titille et Jean-Paul Dubois ne nous livrera la réponse qu’à la toute fin.
Fils unique d’un pasteur suédois et d’une passionnée de cinéma engagé près de Toulouse, Paul a vu, impuissant, se déliter lentement le couple formé ses parents. A sa majorité, il rejoint son père au Québec et trouve un emploi de factotum dans une résidence cossue où il a officié durant vingt-six années rendant service aux locataires et en leur prêtant également une oreille attentive. Avec Winona Mapachee, une Indienne algonquine pilote d'un Beaver monomoteur et Nouk un chien qu’ils avaient recueilli, le bonheur parfait était au rendez-vous.
Avec cette tendresse et cette pudeur qui le caractérisent, Jean-Paul Dubois nous parle de vies simples en apparence tiraillées par les doutes, bousculées à tout jamais par par la soif d’argent des autres, mais aussi de foi et de liberté, d’amour, de solidarité et de belles amitiés belles qui réchauffent le cœur. Et jusqu’à la dernière ligne, une belle nostalgie qui pince le cœur m’a enveloppée.
Ses personnages attachants et truculents par leurs côtés décalés (Horton qui sous ses airs peu commodes cache des peurs infantiles) ou simplement parce qu’ils sont criants de vérité m'ont plus que touchée.
Dans ce roman, vous l'aurez compris, l'humain est au centre.
Jean-Paul Dubois rejoint mon club d’auteurs chouchous. Parce que j’aime son écriture élégante, son humour absurde et souvent ironique, sa sensibilité et sa fausse nonchalance (avec des descriptions précises qui ne saoulent jamais le lecteur).
La détention allonge les jours, distend les nuits, étire les heures, donne au temps un consistance pâteuse, vaguement écoeurante . Chacun éprouve le sentiment de se mouvoir dans une boue épaisse où il faut s'extraire à chaque pas, bataillant pied à pied pour ne pas s'enliser dans le dégoût de soi-même. La prison nous ensevelit vivants.
La foi, c'est fragile, ça repose sur trois fois rien comme un tour de magie.
Et qu'est-ce qu'il faut pour être un bon prestidigitateur ? Un lapin et un chapeau.
Les billets de Caroline et de Jérôme.
De cet auteur et sur le blog : La succession.
jeudi 4 juillet 2019
Christine Desrousseaux - Mer agitée
Éditeur : Le Livre de Poche - Date de parution (en poche) : 2018 - 256 pages
On oublie la couverture qui peut laisser croire à tort à une lecture légère ou à un feel-good. On en est à mille lieux même si Jean habite près d’une plage. Après la désertion des estivants, ce septuagénaire brave le froid et le vent quotidiennement pour nager. Il a pris cette habitude depuis qu’il héberge Léo son petit-fils. Le jeune homme est revenu mutique et solitaire depuis une mission militaire en Afghanistan. L’enfant joyeux et calme qu’il était s’est enfermé dans un silence et est en proie à des accès de violence. Quand une jeune fille disparait, la petite ville voit en lui le coupable idéal.
Avec une construction habile qui alterne les journaux de baignade de Jean et le récit de la mère de Léo bien des années plus tôt, ce roman prend un tournant inattendu pour se rapprocher du polar psychologique. Accrochée par l’intrigue et par les descriptions viscérales si si justes de ce que Jean ressent quand il nage (les amateurs d'eau salée ou d'eau chlorée s’y retrouveront ) tout autant que par ses questionnements, j’ai été agréablement surprise.
Un roman où l’atmosphère palpable agrippe le lecteur : le doute est semé, on est troublé et on s'interroge. A découvrir !
De Christine Desrousseaux , j'avais lu En attendant la neige et Mer agitée a ma préférence pour l'écriture plus concise. Elle insuffle une ambiance, nous décrit un environnement ou des émotions en très peu de mots.
Je ne sais pas ce qui produit ce même effet d’oubli à chaque baignade : l’eau glacée, le paysage mouvant, le ciel qui touche l’horizon, les mouvements synchronisés de la nage, la respiration qui s’amplifie ? Quand je me baigne, aucune pensée parasite ne vient me hanter. Je suis dans le pur présent.
Merci Cath !
On oublie la couverture qui peut laisser croire à tort à une lecture légère ou à un feel-good. On en est à mille lieux même si Jean habite près d’une plage. Après la désertion des estivants, ce septuagénaire brave le froid et le vent quotidiennement pour nager. Il a pris cette habitude depuis qu’il héberge Léo son petit-fils. Le jeune homme est revenu mutique et solitaire depuis une mission militaire en Afghanistan. L’enfant joyeux et calme qu’il était s’est enfermé dans un silence et est en proie à des accès de violence. Quand une jeune fille disparait, la petite ville voit en lui le coupable idéal.
Avec une construction habile qui alterne les journaux de baignade de Jean et le récit de la mère de Léo bien des années plus tôt, ce roman prend un tournant inattendu pour se rapprocher du polar psychologique. Accrochée par l’intrigue et par les descriptions viscérales si si justes de ce que Jean ressent quand il nage (les amateurs d'eau salée ou d'eau chlorée s’y retrouveront ) tout autant que par ses questionnements, j’ai été agréablement surprise.
Un roman où l’atmosphère palpable agrippe le lecteur : le doute est semé, on est troublé et on s'interroge. A découvrir !
De Christine Desrousseaux , j'avais lu En attendant la neige et Mer agitée a ma préférence pour l'écriture plus concise. Elle insuffle une ambiance, nous décrit un environnement ou des émotions en très peu de mots.
Je ne sais pas ce qui produit ce même effet d’oubli à chaque baignade : l’eau glacée, le paysage mouvant, le ciel qui touche l’horizon, les mouvements synchronisés de la nage, la respiration qui s’amplifie ? Quand je me baigne, aucune pensée parasite ne vient me hanter. Je suis dans le pur présent.
Merci Cath !
vendredi 7 juin 2019
Arnaud Dudek - Laisser des traces
Éditeur : Anne Carrière - Date de parution : Mai 2019 - 200 pages
Maxime Ronet a toujours eu l’ambition de faire de la politique avec la volonté de se rendre utile. Un parcours rondement mené l’a conduit à la tête de Nevilly, une commune de près de soixante mille habitants, avec comme objectif de faire mieux que ses prédécesseurs. Depuis son élection, il n’a pas une minute pour lui entre les réunions, les inaugurations, les diverses demandes qu’il veut honorer. Ce jeune maire dynamique et plein d’entrain membre d’un nouveau parti politique s’investit corps et âme. Il se veut droit et serviable, et espère un jour qu’on se souviendra de lui avec reconnaissance.
Souriant avec le bon petit mot qui va bien, la poignée de main cordiale, il a tout pour réussir jusqu’ à ce qu’il commette un faux pas. Une erreur ou un lapsus ? On ne sait pas trop d’ailleurs. Pour redorer son blason, Maxime met les bouchées doubles jusqu'à ce qu'un dramatique accident survienne. Profondément ébranlé, ce jeune loup de la politique abandonne ses rêves auréolés de vanité et renoue avec ses idéaux sans être naïf. Il nous apparaît plus humain. Plus modeste aussi.
Sans temps mort avec des pointes d’ironie caustique et cette tendresse infusée par petite touches au détour d’une phrase, ce roman doux-amer et réaliste se croque comme une petite friandise.
Laisser des traces. On aimerait tous en laisser. Mais ce qui compte, ce sont les toutes petites traces qu’on peut laisser chez les autres.
Ce n’est pas un hasard qu’en préambule de ce roman, Arnaud Dudek cite des paroles extraites de la chanson L’Assistant parlementaire de Miossec ( c'est bonus) :
Chaque bastion chaque citadelle est bonne à prendre
Guérillas guerres d'usure ou de tranchées
Tous les moyens sont bons pour s'étendre
Pour se les faire il ne faut surtout pas rêver Pour se les faire il ne faut surtout pas être tendre
Juste quelques petites années à patienter
En politique il faut savoir il faut savoir attendre
De la mairie au ministère à l'assemblée
C'est un boulot de longue haleine de longue attente
Pour enfin un jour au beau milieu des mondanités
A leurs bonnes femmes faire les yeux tendres
Et de leur amour-propre de leur vanité
Les billets d'Aifelle, Cathulu et Sabine
Lu de cet auteur : Les fuyants - Les vies imperméables - Rester sage
Maxime Ronet a toujours eu l’ambition de faire de la politique avec la volonté de se rendre utile. Un parcours rondement mené l’a conduit à la tête de Nevilly, une commune de près de soixante mille habitants, avec comme objectif de faire mieux que ses prédécesseurs. Depuis son élection, il n’a pas une minute pour lui entre les réunions, les inaugurations, les diverses demandes qu’il veut honorer. Ce jeune maire dynamique et plein d’entrain membre d’un nouveau parti politique s’investit corps et âme. Il se veut droit et serviable, et espère un jour qu’on se souviendra de lui avec reconnaissance.
Souriant avec le bon petit mot qui va bien, la poignée de main cordiale, il a tout pour réussir jusqu’ à ce qu’il commette un faux pas. Une erreur ou un lapsus ? On ne sait pas trop d’ailleurs. Pour redorer son blason, Maxime met les bouchées doubles jusqu'à ce qu'un dramatique accident survienne. Profondément ébranlé, ce jeune loup de la politique abandonne ses rêves auréolés de vanité et renoue avec ses idéaux sans être naïf. Il nous apparaît plus humain. Plus modeste aussi.
Sans temps mort avec des pointes d’ironie caustique et cette tendresse infusée par petite touches au détour d’une phrase, ce roman doux-amer et réaliste se croque comme une petite friandise.
Laisser des traces. On aimerait tous en laisser. Mais ce qui compte, ce sont les toutes petites traces qu’on peut laisser chez les autres.
Ce n’est pas un hasard qu’en préambule de ce roman, Arnaud Dudek cite des paroles extraites de la chanson L’Assistant parlementaire de Miossec ( c'est bonus) :
Chaque bastion chaque citadelle est bonne à prendre
Guérillas guerres d'usure ou de tranchées
Tous les moyens sont bons pour s'étendre
Pour se les faire il ne faut surtout pas rêver Pour se les faire il ne faut surtout pas être tendre
Juste quelques petites années à patienter
En politique il faut savoir il faut savoir attendre
De la mairie au ministère à l'assemblée
C'est un boulot de longue haleine de longue attente
Pour enfin un jour au beau milieu des mondanités
A leurs bonnes femmes faire les yeux tendres
Et de leur amour-propre de leur vanité
Les billets d'Aifelle, Cathulu et Sabine
Lu de cet auteur : Les fuyants - Les vies imperméables - Rester sage
lundi 27 mai 2019
Sylvie Germain - Le vent reprend ses tours
Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Avril 2019 - 224 pages
Il aura fallu d’une affiche signalant un avis de recherche pour que Nathan le reconnaisse. Le vieillard signalé disparu il y a plusieurs mois n’est autre que Gavril. Ce saltimbanque musicien et poète avait apporté de la fantaisie lumineuse et réconfortante dans le quotidien morne de Nathan alors âgé de neuf ans. Il lui avait entrouvert les portes sur la poésie, et la vie de cet enfant renfermé à l’élocution difficile s’était soudainement éclairée.
Trente ans plus tard, Nathan part à la recherche de Gavril qu’il le croyait décédé. Leur amitié avait été rompue brutalement ce qui avait plongé Nathan dans la culpabilité.
Qui était vraiment Gavril cet homme au grand cœur marqué par des stigmates dont il ne parlait pas ? Nathan va remonter le fil des années pour assembler les pièces du puzzle en Roumanie et mettre des mots sur les silences. L'histoire de Gavril heurtée par la grande Histoire avec ses soubresauts de haine et de violence se dessine et agit comme un catalyseur pour Nathan jusqu'à alors prisonnier de son immobilisme.
Avec son créature poétique, charnelle et ciselée, Sylvie Germain nous parle de périodes sombres mais aussi de renaissance, d'amitié et de beauté. La musicalité résonne dans cet hymne d'amour à la liberté, la luminosité éclipse et contraste avec la noirceur, et cette luminosité rend possible tous les espoirs.
Une auteure à laquelle je suis fidèle pour son écriture d'orfèvre et pour les thèmes qu'elle aborde. Une fois de plus, l'alchimie s'est produite avec ce livre à la tolérance bienveillante et qui sème des graines d’humanité.
Tout se récupère, tout se recycle, répétait-il à Nathan. Surtout les mots, les idées et les rêves. On peut faire du grand avec trois fois rien, du beau en transformant du moche, du risible à partir de fadaises sentencieuses.
Le billet de Jostein.
Lu de cette auteure : Jours de colère - La Pleurante des rues de Prague - Le monde sans vous - L'inaperçu - Magnus - Petites scènes capitales - Tobie des marais
Il aura fallu d’une affiche signalant un avis de recherche pour que Nathan le reconnaisse. Le vieillard signalé disparu il y a plusieurs mois n’est autre que Gavril. Ce saltimbanque musicien et poète avait apporté de la fantaisie lumineuse et réconfortante dans le quotidien morne de Nathan alors âgé de neuf ans. Il lui avait entrouvert les portes sur la poésie, et la vie de cet enfant renfermé à l’élocution difficile s’était soudainement éclairée.
Trente ans plus tard, Nathan part à la recherche de Gavril qu’il le croyait décédé. Leur amitié avait été rompue brutalement ce qui avait plongé Nathan dans la culpabilité.
Qui était vraiment Gavril cet homme au grand cœur marqué par des stigmates dont il ne parlait pas ? Nathan va remonter le fil des années pour assembler les pièces du puzzle en Roumanie et mettre des mots sur les silences. L'histoire de Gavril heurtée par la grande Histoire avec ses soubresauts de haine et de violence se dessine et agit comme un catalyseur pour Nathan jusqu'à alors prisonnier de son immobilisme.
Avec son créature poétique, charnelle et ciselée, Sylvie Germain nous parle de périodes sombres mais aussi de renaissance, d'amitié et de beauté. La musicalité résonne dans cet hymne d'amour à la liberté, la luminosité éclipse et contraste avec la noirceur, et cette luminosité rend possible tous les espoirs.
Une auteure à laquelle je suis fidèle pour son écriture d'orfèvre et pour les thèmes qu'elle aborde. Une fois de plus, l'alchimie s'est produite avec ce livre à la tolérance bienveillante et qui sème des graines d’humanité.
Tout se récupère, tout se recycle, répétait-il à Nathan. Surtout les mots, les idées et les rêves. On peut faire du grand avec trois fois rien, du beau en transformant du moche, du risible à partir de fadaises sentencieuses.
Le billet de Jostein.
Lu de cette auteure : Jours de colère - La Pleurante des rues de Prague - Le monde sans vous - L'inaperçu - Magnus - Petites scènes capitales - Tobie des marais
vendredi 17 mai 2019
Stéphane Carlier - Le chien de Madame Halberstadt
Éditeur : Le Tripode - Date de parution : Avril 2019 - 174 pages
J'avoue, je suis faible. Très faible. Prenez la couverture, ajoutez les avis de Cath et de Cuné (qui vient de fêter 13 ans de blog, champagne pour elle !) et il ne m'en a pas fallu plus pour que j'ai eu une envie irrépressible de lire ce roman. Voilà, faible un jour, faible toujours.
Baptiste lui s'enfonce. A quarante ans, largué par sa copine, son troisième roman est un cuisant échec. Les ventes qu'il scrute sur Amazon ne décollent pas. La moral au fond des chaussettes, il traîne sa peine dans son appartement. Jusqu'au jour où sa voisine Madame Halberstadt lui demande de garder son chien juste pour quelques jours. Sans trop avoir le choix, il accepte et se voit confier Croquette, un carlin très bien portant. Et comme tous les chiens, il faut le nourrir et le promener.
Croquette s'adapte très bien de la nouvelle situation et la malchance semble enfin quitter Baptiste. Enfin, son roman se vend, son ex-copine se dispute avec son nouvel amoureux. Baptiste respire, reprend confiance en lui et s'autorise à espérer. Hasard, coïncidence? Franchement, un chien ça vous change la vie sauf que Baptiste doit le rendre à sa propriétaire.
Stéphane Carlier mène tambour battant ce roman aigre-doux. C'est frais, pétillant mais aussi mordant. Tant Les gens sont les gens m'avait laissée dubitative tant j'ai souri et ri avec cette lecture. Non seulement l'ensemble des personnages est bien croqué mais en plus Les chaussures italiennes d'Henning Mankell apparaît dans la liste des belles choses rédigée par Baptiste (on ne peut vraiment pas nier qu'il a bon goût).
Une petite friandise nullement réservée à celles et ceux qui ont un compagnon canin, qu'on se le dise.
Elle m’a fait comprendre que j’avais de la chance et a continué :
- Les règles ont complètement changé. Aujourd’hui, une nana qui ne sait pas qui est Colette, qui est Gide, qui est Gnest, peut écrire un livre dans sa cuisine, le publier sur Internet et en vendre 100 000. Avant, on respectait la grande intelligence. Même ceux qui ne lisaient pas Hugo ou Balzac les admiraient. Aujourd’hui, on ne se donne même plus cette peine. On a pas d’autres aspiration que de prendre des selfies en faisant des duck faces et on le revendique. L’époque valide l'ignorance, légitime la stupidité. Le monde n’a jamais autant ressemblé un tableau de Jérôme Bosch.
J'avoue, je suis faible. Très faible. Prenez la couverture, ajoutez les avis de Cath et de Cuné (qui vient de fêter 13 ans de blog, champagne pour elle !) et il ne m'en a pas fallu plus pour que j'ai eu une envie irrépressible de lire ce roman. Voilà, faible un jour, faible toujours.
Baptiste lui s'enfonce. A quarante ans, largué par sa copine, son troisième roman est un cuisant échec. Les ventes qu'il scrute sur Amazon ne décollent pas. La moral au fond des chaussettes, il traîne sa peine dans son appartement. Jusqu'au jour où sa voisine Madame Halberstadt lui demande de garder son chien juste pour quelques jours. Sans trop avoir le choix, il accepte et se voit confier Croquette, un carlin très bien portant. Et comme tous les chiens, il faut le nourrir et le promener.
Croquette s'adapte très bien de la nouvelle situation et la malchance semble enfin quitter Baptiste. Enfin, son roman se vend, son ex-copine se dispute avec son nouvel amoureux. Baptiste respire, reprend confiance en lui et s'autorise à espérer. Hasard, coïncidence? Franchement, un chien ça vous change la vie sauf que Baptiste doit le rendre à sa propriétaire.
Stéphane Carlier mène tambour battant ce roman aigre-doux. C'est frais, pétillant mais aussi mordant. Tant Les gens sont les gens m'avait laissée dubitative tant j'ai souri et ri avec cette lecture. Non seulement l'ensemble des personnages est bien croqué mais en plus Les chaussures italiennes d'Henning Mankell apparaît dans la liste des belles choses rédigée par Baptiste (on ne peut vraiment pas nier qu'il a bon goût).
Une petite friandise nullement réservée à celles et ceux qui ont un compagnon canin, qu'on se le dise.
Elle m’a fait comprendre que j’avais de la chance et a continué :
- Les règles ont complètement changé. Aujourd’hui, une nana qui ne sait pas qui est Colette, qui est Gide, qui est Gnest, peut écrire un livre dans sa cuisine, le publier sur Internet et en vendre 100 000. Avant, on respectait la grande intelligence. Même ceux qui ne lisaient pas Hugo ou Balzac les admiraient. Aujourd’hui, on ne se donne même plus cette peine. On a pas d’autres aspiration que de prendre des selfies en faisant des duck faces et on le revendique. L’époque valide l'ignorance, légitime la stupidité. Le monde n’a jamais autant ressemblé un tableau de Jérôme Bosch.
lundi 13 mai 2019
Armel Job - Une drôle de fille
Éditeur : Robert Laffont - Date de parution : Février 2019 - 276 pages
Fin des années 50. Le couple Borj tient une boulangerie dans un petit village de Belgique. Un commerce de famille fondé par les parents de Ruben. Gilda devenue son épouse y avait effectué son apprentissage de serveuse. Ils mènent une vie tranquille avec leurs deux enfants jusqu'au jour où la directrice de l’Oeuvre nationale des orphelins de guerre se présente chez eux. Elle leur demande de prendre en apprentissage une orpheline prénommée Josée. Bien que réticents au départ, ils acceptent.
Josée est âgée de seize ans comme leur fille Astrid et elle pourra délester Gilda de certaines tâches. La jeune fille a perdu a mère durant un bombardement et depuis, elle présente quelques petites séquelles. Rien de bien méchant car selon la directrice, sa marraine, elle est en bonne santé.
Le décor est planté et très vite, on est piqué de curiosité. Josée est touchante par sa candeur. Une fille un brin naïve, trop gentille et serviable. Et c'est vrai qu'elle rend bien service. La preuve, Gilda a désormais du temps pour elle. Mais un événement anodin, en apparence, va provoquer bien des remous et révéler des failles profondes. Rumeur, jalousie vont faire surface provoquant l'érosion des apparences. Les personnalités se révèlent, le poids des non-dits craquèlent le vernis dans cette petite ville provinciale aux lendemains de la guerre.
Bien troussé avec un sens de la formulation réjouissant et des personnages bien campés, les pages de ce roman se tournent toute seules. Armel Job ausculte l'âme humaine avec finesse et restitue une ambiance de façon très convaincante.
Sans prêcher dans un excès de rebondissements, cette lecture maintient une tension jusqu'à la dernière page. C'est efficace et bien tourné !
Le billet de Kathel, d'autres liens chez Anne.
Pour vivre sereinement, nous avons besoin d'illusions, au premier rang desquelles figure l'assurance que nous sommes entourés de l'estime discrète de nos contemporains. Si un incident la met en péril, nous nous convainquons aussitôt qu'il suffit d'un démenti et que tout rentrera dans l'ordre.
Fin des années 50. Le couple Borj tient une boulangerie dans un petit village de Belgique. Un commerce de famille fondé par les parents de Ruben. Gilda devenue son épouse y avait effectué son apprentissage de serveuse. Ils mènent une vie tranquille avec leurs deux enfants jusqu'au jour où la directrice de l’Oeuvre nationale des orphelins de guerre se présente chez eux. Elle leur demande de prendre en apprentissage une orpheline prénommée Josée. Bien que réticents au départ, ils acceptent.
Josée est âgée de seize ans comme leur fille Astrid et elle pourra délester Gilda de certaines tâches. La jeune fille a perdu a mère durant un bombardement et depuis, elle présente quelques petites séquelles. Rien de bien méchant car selon la directrice, sa marraine, elle est en bonne santé.
Le décor est planté et très vite, on est piqué de curiosité. Josée est touchante par sa candeur. Une fille un brin naïve, trop gentille et serviable. Et c'est vrai qu'elle rend bien service. La preuve, Gilda a désormais du temps pour elle. Mais un événement anodin, en apparence, va provoquer bien des remous et révéler des failles profondes. Rumeur, jalousie vont faire surface provoquant l'érosion des apparences. Les personnalités se révèlent, le poids des non-dits craquèlent le vernis dans cette petite ville provinciale aux lendemains de la guerre.
Bien troussé avec un sens de la formulation réjouissant et des personnages bien campés, les pages de ce roman se tournent toute seules. Armel Job ausculte l'âme humaine avec finesse et restitue une ambiance de façon très convaincante.
Sans prêcher dans un excès de rebondissements, cette lecture maintient une tension jusqu'à la dernière page. C'est efficace et bien tourné !
Le billet de Kathel, d'autres liens chez Anne.
Pour vivre sereinement, nous avons besoin d'illusions, au premier rang desquelles figure l'assurance que nous sommes entourés de l'estime discrète de nos contemporains. Si un incident la met en péril, nous nous convainquons aussitôt qu'il suffit d'un démenti et que tout rentrera dans l'ordre.
lundi 6 mai 2019
Charles Daubas - Cherbourg
Éditeur : Gallimard - Date de parution : Avril 2019 - 184 pages
Il est impossible de ne pas être saisi par l'atmosphère dégagée par les premières pages de ce roman. Depuis la mer, on dirait tout juste une ville. Un rivage étendu de maisons blanches qui écarte les bras pour tenter d'attraper ce qu'il peut de l'océan. Le corps atrophié, à peine ancré à la terre, Cherbourg convoite l’horizon et la mer de ses deux membres immenses, de type de pierre élancées au milieu des flots.
Quand une explosion se produit durant l'été 2012 sur un bout de digue, une cape de silence est déployée. Il faut dire que les chantiers de l'Arsenal abritent le démantèlement de certains de sous-marins et qu'un peu plus loin, les drôles d'usines de La Hague traitent des déchets radioactifs.
Mais un adolescent affirme que son copain Paul a disparu lorsque la digue a été avalée par la mer. Pourquoi la mère de Paul ne veut-elle pas porter plainte ? D'où viennent les blocs de béton soudainement émergés?
Très vite déchargée de l'enquête pour cause de secret défense, Frédérique inspectrice de police ne veut pas lâcher le morceau. Officieusement, elle continue ses investigations et tente d'y voir un peu plus clair.
L'ambiance quasi hypnotique, les descriptions si justes et le suspense m'ont harponnée et ce malgré quelques maladresses (notamment dans les dialogues et avec une histoire secondaire mal bricolée).
Amenant des des réflexions sur les activités liées au nucléaire, Charles Daubas insuffle à merveille la vie à cette rade, un personnage à part entière et énigmatique qui dévoile en partie son âme.
Apre et singulier, ce premier roman est prenant et le dénouement en surprendra plus d'un.
Dans ce quotidien trop étriqué pour elle, la rade s'assoupit en attendant que son heure revienne. Depuis elle se berce en écoutant la musique sourde et engourdissante que font ensemble toutes les guerres, les batailles et les rêves de gloire qui en tapissent le fond.
Il est impossible de ne pas être saisi par l'atmosphère dégagée par les premières pages de ce roman. Depuis la mer, on dirait tout juste une ville. Un rivage étendu de maisons blanches qui écarte les bras pour tenter d'attraper ce qu'il peut de l'océan. Le corps atrophié, à peine ancré à la terre, Cherbourg convoite l’horizon et la mer de ses deux membres immenses, de type de pierre élancées au milieu des flots.
Quand une explosion se produit durant l'été 2012 sur un bout de digue, une cape de silence est déployée. Il faut dire que les chantiers de l'Arsenal abritent le démantèlement de certains de sous-marins et qu'un peu plus loin, les drôles d'usines de La Hague traitent des déchets radioactifs.
Mais un adolescent affirme que son copain Paul a disparu lorsque la digue a été avalée par la mer. Pourquoi la mère de Paul ne veut-elle pas porter plainte ? D'où viennent les blocs de béton soudainement émergés?
Très vite déchargée de l'enquête pour cause de secret défense, Frédérique inspectrice de police ne veut pas lâcher le morceau. Officieusement, elle continue ses investigations et tente d'y voir un peu plus clair.
L'ambiance quasi hypnotique, les descriptions si justes et le suspense m'ont harponnée et ce malgré quelques maladresses (notamment dans les dialogues et avec une histoire secondaire mal bricolée).
Amenant des des réflexions sur les activités liées au nucléaire, Charles Daubas insuffle à merveille la vie à cette rade, un personnage à part entière et énigmatique qui dévoile en partie son âme.
Apre et singulier, ce premier roman est prenant et le dénouement en surprendra plus d'un.
Dans ce quotidien trop étriqué pour elle, la rade s'assoupit en attendant que son heure revienne. Depuis elle se berce en écoutant la musique sourde et engourdissante que font ensemble toutes les guerres, les batailles et les rêves de gloire qui en tapissent le fond.
mardi 23 avril 2019
Yves Ravey - Pas dupe
Éditeur : Les Éditions de Minuit - Date de parution : mars 2019 - 140 pages
Tippi Mayer est découverte morte dans sa voiture au fond d’un ravin en Californie.Un virage mal négocié sous l’emprise de l’l’alcool et/ou de la vitesse. En somme rien d’étonnant. Sur place, l’inspecteur Costa, l’assureur Kowalski et le défunt mari Salvatore observent la scène. L’enquête pourrait être bouclée très vite mais avec ses faux airs de Columbo, l’inspecteur Costa pose des questions. Pourquoi Tippi était -elle partie de chez à cinq heures du matin? Pourquoi l’assureur était-il déjà sur place? Et comme le célèbre lieutenant, il y a souvent un petit détail qui l’intrigue.
Le mari de Tippi, sympathique aux yeux du lecteur, collabore. Et il veut que la vérité soit faite d’autant plus que son beau-père Bruce lui reproche de n’avoir pas été un bon époux. On en viendrait presque à le plaindre car certains éléments semblent malheureusement contre lui comme si s'il n'avait pas de chance. Qui dit vrai et qui ment ? Qui manipule qui ? On sait très bien que l‘accident n’en est pas un et tout le plaisir est de se faire mener ou presque par le bout du nez. Avec une intrigue et une histoire pourrait-on dire moult fois déjà exploitées (une riche épouse, un amant, un couple qui bat de l’aile, un beau-père qui régente tout et une voisine curieuse), Yves Ravey se joue de nous.
C’est noir et délicieusement savoureux. Alors oui, la fin est sans aucune surprise et alors? Peu importe à vrai dire car tout l’intérêt ce livre est dans l’écriture épurée au cordeau et dans l'ambiance installée. Même si tout semble couru d'avance, l’auteur laisse planer des doutes, il instaure savamment une tension et glisse ici et là des pics d’humour noir voire décalés. Ce roman se lit comme un page-tuner où l'on savoure la minutie, la précision de l'écriture avec le sourire aux lèvres. Une petite friandise dévorée qui m’a beaucoup fait penser à Viviane Elisabeth Fauville de Julia Deck .
Ca le dérangeait de donner son avis. Pour l'instant, il réfléchissait à la situation.Tout ce qu' il avait à dire, c'est que ça prendrait du temps de tout remettre en ordre, ici, et dans l'entreprise. Il a voulu savoir ensuite savoir si je me sentais capable de continuer sans Tippi, dans le sens, où en principe, c'était sa fille qui s'occupait de tout, du ménage mais aussi de l'entreprise.
Les billets enthousiastes de Béa et Laure
Tippi Mayer est découverte morte dans sa voiture au fond d’un ravin en Californie.Un virage mal négocié sous l’emprise de l’l’alcool et/ou de la vitesse. En somme rien d’étonnant. Sur place, l’inspecteur Costa, l’assureur Kowalski et le défunt mari Salvatore observent la scène. L’enquête pourrait être bouclée très vite mais avec ses faux airs de Columbo, l’inspecteur Costa pose des questions. Pourquoi Tippi était -elle partie de chez à cinq heures du matin? Pourquoi l’assureur était-il déjà sur place? Et comme le célèbre lieutenant, il y a souvent un petit détail qui l’intrigue.
Le mari de Tippi, sympathique aux yeux du lecteur, collabore. Et il veut que la vérité soit faite d’autant plus que son beau-père Bruce lui reproche de n’avoir pas été un bon époux. On en viendrait presque à le plaindre car certains éléments semblent malheureusement contre lui comme si s'il n'avait pas de chance. Qui dit vrai et qui ment ? Qui manipule qui ? On sait très bien que l‘accident n’en est pas un et tout le plaisir est de se faire mener ou presque par le bout du nez. Avec une intrigue et une histoire pourrait-on dire moult fois déjà exploitées (une riche épouse, un amant, un couple qui bat de l’aile, un beau-père qui régente tout et une voisine curieuse), Yves Ravey se joue de nous.
C’est noir et délicieusement savoureux. Alors oui, la fin est sans aucune surprise et alors? Peu importe à vrai dire car tout l’intérêt ce livre est dans l’écriture épurée au cordeau et dans l'ambiance installée. Même si tout semble couru d'avance, l’auteur laisse planer des doutes, il instaure savamment une tension et glisse ici et là des pics d’humour noir voire décalés. Ce roman se lit comme un page-tuner où l'on savoure la minutie, la précision de l'écriture avec le sourire aux lèvres. Une petite friandise dévorée qui m’a beaucoup fait penser à Viviane Elisabeth Fauville de Julia Deck .
Ca le dérangeait de donner son avis. Pour l'instant, il réfléchissait à la situation.Tout ce qu' il avait à dire, c'est que ça prendrait du temps de tout remettre en ordre, ici, et dans l'entreprise. Il a voulu savoir ensuite savoir si je me sentais capable de continuer sans Tippi, dans le sens, où en principe, c'était sa fille qui s'occupait de tout, du ménage mais aussi de l'entreprise.
Les billets enthousiastes de Béa et Laure
vendredi 12 avril 2019
Ouch !
Alors qu'il est Chine à superviser un chantier, Dani apprend la mort accidentelle de son fils âgé de sept ans. Immédiatement, il rentre en France où l'attend sa femme Nora et leurs proches. Entre la douleur, les remord et la colère, il se tient à distance. Présent physiquement mais absent par ses pensées, il laisse sa femme tout gérer. Chacun dans le couple affronte cette épreuve différemment.
Nora voudrait aller de l'avant et s'active à trier les affaires de leur fils tandis que Dani n'accepte pas la mort de son enfant. Dani voit son fils lui apparaître de façon surnaturelle. Son fils qui lui parle et uniquement à lui. Il décide d'offrir à son fils des vacances rien qu'à eux deux en Bretagne.
Je pense qu'écrire sur la mort accidentelle d'un enfant est sûrement un choix réfléchi pour l'auteur. Voire cathartique ou salvateur ou libérateur tant le sujet est délicat. Et il faut croire que ce livre n'était pas pour moi car j'ai été terriblement mal l'aise et j'ai ressenti une vague d'incompréhension face aux réactions de ces parents. Sans vouloir les juger car je suis bien incapable d'imaginer ce que c'est et d'ailleurs car c'est un blocage absolu de ma part. Voilà mais j'ai été suffisamment gênée. Très et trop gênée.
Et surtout j'ai eu la sensation d'être témoin d'une histoire quelquefois un peu maladroite qui cherche sans la trouver une certaine distance qui m'aurait permise de ne pas me sentir voyeuriste avec la gâchette pointée sur le coeur en permanence.
Trouver l'enfant de Rene Denfeld - Éditeur : Rivages - Date de parution : Janvier 2019 - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Pierre Bondil - 365 pages
En Orégon le petite Madison a disparu depuis trois ans. Trois longues années où les espoirs se sont amenuisés. La probabilité qu'une enfant âgée de cinq ans disparue dans une forêt enneigée soit encore vivante est presque réduite à néant mais ils font appel à Naomi Cottle une détective spécialisée dans les enquêtes d'enfants disparus.
De cette auteure, j'avais beaucoup aimé En ce lieu enchanté pour sa capacité à créer une ambiance et à m'attirer dans ses filets. Un roman noir hypnotique strié d'une poésie envoûtante. Avec Trouver l'enfant, la nature souvent hostile a une place importante. Le tout est parsemé de poésie avec un vrai suspense et plusieurs intrigues. Les récits alternant présent et flashbacks font la part belle à l'introspection car Naomi a un passé douloureux.
Avec son ravisseur, Madison âgée de 8 ans a noué une relation très particulière. Certaines de ses réflexions m'ont plus que bousculée et déstabilisée (comme si c'était une enfant devenue une adolescente aux âges multiples), et d'autres m'ont bloquée. Même si elles ne sont pas légion et malgré l'écriture très belle de Rene Denfeld, je n'ai pas pu en faire abstraction.
La littérature est là pour nous bousculer et nous faire bouger de nos zones de confort, j'en conviens mais ces lectures n'étaient vraiment pas pour moi.
jeudi 4 avril 2019
Pierre Théobald - Boys
Éditeur : JC Lattès - Date de parution : Avril 2019 - 224 pages
Je crois que je n’avais pas été pas aussi enthousiasmée par un recueil de nouvelles ou un premier roman français depuis longtemps. Trop longtemps d'ailleurs mais ce livre a été au-dessus de toutes mes espérances et même plus. Avec une vraie patte, un style qui m’a embarquée.
Et si j’ajoute en plus que je n’ai eu aucun bémol, mais pas un seul, et que j’ai tourné les pages avec avidité et une certaine fébrilité, vous pouvez comprendre ma joie.
A travers ces portraits masculins, les armures et les carapaces tombent. Ils s’appellent Théo, Bastien, Fred, Antoine ou encore Karim, peu importe à vrai dire. Ils sont jeunes ou ont roulé leurs bosses, ils ont souvent caché leurs émotions, les ont ravalé par fierté ou par pudeur.
Car il est question d’amour décliné : la rencontre qu’il n’espéraient pas ou qu’ils n’attendaient plus, la première fracture, l’usure du couple par les années, la séparation ou le deuil.
Ils recherchent l'amour, l'apprivoisent ou l'ont perdu. Ils se sont attachés à un enfant qui n’est pas sur leur livret de famille ou veulent fonder une famille avec de l’amour à donner et à partager.
Ils ont été désignés coupables ou quelquefois absents, rejetés. Ils se sont sentis défaillants ou trahis. Ils ont été loyaux ou infidèles. Ils sont maladroits ou habiles, ils tombent, se relèvent ou n'ont plus la force.
Loser fleur bleue ou Monsieur tout-le-monde, ils se dévoilent sans fard et ça sonne terriblement juste. On les suit sur un court instant dans une situation ou on les retrouve au détour d’une nouvelle sans s’y attendre. Et comme un fil conducteur, il y a un personnage Samuel que l'on suit en filigrane sur plusieurs années.
Entre le roman et des microfictions, j’ai été émue, j’ai souri, j’ai eu des poissons dans les yeux et le cœur serré. Ce n’est pas parce qu'apparaît un drôle de zèbre qui commençait à faire parler de lui Miossec (et son album adoré Boire) que j’ai dévoré ce livre.
Non, c’est un ensemble que j’ai aimé sans aucune exception, une surprise, une sincérité , une écriture et des instants de vie croqués sur le vif avec finesse et sensibilité.
Autant de portraits qui parlent d'hommes d'aujourd'hui avec leurs attentes, leurs espoirs, leurs déceptions, les peines et leurs bonheurs. A noter la superbe couverture, une invitation à plonger avec eux dans la vie.
C'est amusant combien à force de se côtoyer un couple peut se passer de paroles.
Je crois que je n’avais pas été pas aussi enthousiasmée par un recueil de nouvelles ou un premier roman français depuis longtemps. Trop longtemps d'ailleurs mais ce livre a été au-dessus de toutes mes espérances et même plus. Avec une vraie patte, un style qui m’a embarquée.
Et si j’ajoute en plus que je n’ai eu aucun bémol, mais pas un seul, et que j’ai tourné les pages avec avidité et une certaine fébrilité, vous pouvez comprendre ma joie.
A travers ces portraits masculins, les armures et les carapaces tombent. Ils s’appellent Théo, Bastien, Fred, Antoine ou encore Karim, peu importe à vrai dire. Ils sont jeunes ou ont roulé leurs bosses, ils ont souvent caché leurs émotions, les ont ravalé par fierté ou par pudeur.
Car il est question d’amour décliné : la rencontre qu’il n’espéraient pas ou qu’ils n’attendaient plus, la première fracture, l’usure du couple par les années, la séparation ou le deuil.
Ils recherchent l'amour, l'apprivoisent ou l'ont perdu. Ils se sont attachés à un enfant qui n’est pas sur leur livret de famille ou veulent fonder une famille avec de l’amour à donner et à partager.
Ils ont été désignés coupables ou quelquefois absents, rejetés. Ils se sont sentis défaillants ou trahis. Ils ont été loyaux ou infidèles. Ils sont maladroits ou habiles, ils tombent, se relèvent ou n'ont plus la force.
Loser fleur bleue ou Monsieur tout-le-monde, ils se dévoilent sans fard et ça sonne terriblement juste. On les suit sur un court instant dans une situation ou on les retrouve au détour d’une nouvelle sans s’y attendre. Et comme un fil conducteur, il y a un personnage Samuel que l'on suit en filigrane sur plusieurs années.
Entre le roman et des microfictions, j’ai été émue, j’ai souri, j’ai eu des poissons dans les yeux et le cœur serré. Ce n’est pas parce qu'apparaît un drôle de zèbre qui commençait à faire parler de lui Miossec (et son album adoré Boire) que j’ai dévoré ce livre.
Non, c’est un ensemble que j’ai aimé sans aucune exception, une surprise, une sincérité , une écriture et des instants de vie croqués sur le vif avec finesse et sensibilité.
Autant de portraits qui parlent d'hommes d'aujourd'hui avec leurs attentes, leurs espoirs, leurs déceptions, les peines et leurs bonheurs. A noter la superbe couverture, une invitation à plonger avec eux dans la vie.
C'est amusant combien à force de se côtoyer un couple peut se passer de paroles.
vendredi 29 mars 2019
Paola Pigani - Des orties et des hommes
Éditeur : Liana Levi - Date de parution : Mars 2019 - 320 pages
Début des années 70, en Charente, Pia est une fillette de onze ans, une fille de la campagne comme on dit. Dans un petit hameau, elle vit au rythme des travaux agricoles avec son frère et ses quatre sœurs. Toujours prête à donner un coup de main à ses parents qui travaillent la terre en fermage et élèvent quelques vaches laitières. Leurs racines sont en Italie d’où ils sont originaires.
A travers la voix de Pia, on s’évade dans un champ, on court à en perdre haleine, on observe la nature, petits plaisirs et jeux d’une enfance qui sent le plein air et la débrouillardise. Aider les parents, ramasser le bois ou baratter le beurre au son des rires de la fratrie. Une famille où on se serre la ceinture : les vêtements servent d’un enfant à un autre, pas de dépenses inutiles ou frivoles. Mais c’est aussi l’amour que lui donne ses parents, les vacances chez sa grand-mère, son amie Laure, les conversations sérieuses des adultes autour de la table où les soupirs et les silences trahissent les difficultés et la peur de l'avenir. Les paysans veulent se regrouper et se faire entendre, et parlent de créer un syndicat agricole. Pour Pia, il y a l’entrée au collège et l’internat qui se profile accompagnée d’appréhensions. Une sphère inconnue avec ses codes et ses règles.
La fin de l’enfance marque le début de l’adolescence et la sécheresse de l’année 1976 précipite la faillite de certains paysans. Son père est obligé de devenir ferrailleur. Si au collège, elle découvre la solitude et les remarques acides, la poésie se fait réconfortante et précieuse. Tandis que les amitiés de l’enfance se délitent certaines fermes se retrouvent inhabitées. Mutation d’un monde agricole où les plus petits sont à l’agonie.
L'auteure rend un hommage vibrant et nostalgique à un monde paysan et à celui de l’enfance. Il y aurait beaucoup à rajouter car elle aborde également les thèmes de l’exil et de la condition sociale. D'une écriture poétique sans fioriture et avec un sens du détail qui fait mouche, Paola Pigani a su traduire à merveille et avec justesse les sentiments, les perceptions et le regard de l'enfant puis de l'adolescente.
Ce livre a résonné en moi tant j’y ai retrouvé des souvenirs et des sensations qui ont fait briller mes yeux d’enfants.
Un roman dont je suis sortie le cœur vrillé d’émotions et avec un sentiment d’une tendresse lumineuse infinie.
Le chant d'une tronçonneuse se traîne d'arbre en arbre loin derrière ou loin devant. Des corbeaux rasent les champs. Faut-il aimer la terre pour espérer vivre ici toute une vie ? Je porte cette question sans bandoulière et ce poème que je relis souvent dans mon petit box à l'internat.
Les billets de Joëlle, Zazy
Lu de cette auteure : N'entre pas dans mon âme avec tes chaussures
Début des années 70, en Charente, Pia est une fillette de onze ans, une fille de la campagne comme on dit. Dans un petit hameau, elle vit au rythme des travaux agricoles avec son frère et ses quatre sœurs. Toujours prête à donner un coup de main à ses parents qui travaillent la terre en fermage et élèvent quelques vaches laitières. Leurs racines sont en Italie d’où ils sont originaires.
A travers la voix de Pia, on s’évade dans un champ, on court à en perdre haleine, on observe la nature, petits plaisirs et jeux d’une enfance qui sent le plein air et la débrouillardise. Aider les parents, ramasser le bois ou baratter le beurre au son des rires de la fratrie. Une famille où on se serre la ceinture : les vêtements servent d’un enfant à un autre, pas de dépenses inutiles ou frivoles. Mais c’est aussi l’amour que lui donne ses parents, les vacances chez sa grand-mère, son amie Laure, les conversations sérieuses des adultes autour de la table où les soupirs et les silences trahissent les difficultés et la peur de l'avenir. Les paysans veulent se regrouper et se faire entendre, et parlent de créer un syndicat agricole. Pour Pia, il y a l’entrée au collège et l’internat qui se profile accompagnée d’appréhensions. Une sphère inconnue avec ses codes et ses règles.
La fin de l’enfance marque le début de l’adolescence et la sécheresse de l’année 1976 précipite la faillite de certains paysans. Son père est obligé de devenir ferrailleur. Si au collège, elle découvre la solitude et les remarques acides, la poésie se fait réconfortante et précieuse. Tandis que les amitiés de l’enfance se délitent certaines fermes se retrouvent inhabitées. Mutation d’un monde agricole où les plus petits sont à l’agonie.
L'auteure rend un hommage vibrant et nostalgique à un monde paysan et à celui de l’enfance. Il y aurait beaucoup à rajouter car elle aborde également les thèmes de l’exil et de la condition sociale. D'une écriture poétique sans fioriture et avec un sens du détail qui fait mouche, Paola Pigani a su traduire à merveille et avec justesse les sentiments, les perceptions et le regard de l'enfant puis de l'adolescente.
Ce livre a résonné en moi tant j’y ai retrouvé des souvenirs et des sensations qui ont fait briller mes yeux d’enfants.
Un roman dont je suis sortie le cœur vrillé d’émotions et avec un sentiment d’une tendresse lumineuse infinie.
Le chant d'une tronçonneuse se traîne d'arbre en arbre loin derrière ou loin devant. Des corbeaux rasent les champs. Faut-il aimer la terre pour espérer vivre ici toute une vie ? Je porte cette question sans bandoulière et ce poème que je relis souvent dans mon petit box à l'internat.
Armée étrange aux cris sévères,
Les vents froids attaquent vos nids !
Vous, le long des fleuves jaunis,
Sur les routes aux vieux calvaires,
Sur les fossés et sur les trous,
Dispersez-vous, ralliez- vous !
Je voudrais qu'il y ait sur nos chemins et jusqu'au ras des villes des orties et des hommes qui s'agrippent à nos rêves éboulés, au souvenir de nos terres travaillées, de nos terres en jachère, de nos terres rêvées, même sauvées d'une décharge ou d'une sécheresse.Les billets de Joëlle, Zazy
Lu de cette auteure : N'entre pas dans mon âme avec tes chaussures
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