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vendredi 7 janvier 2011

Marie-Hélène Lafon - L'annonce

Éditeur : Buchet Chastel - Date de parution : 03/09/2009 - 196 pages

 

Paul, célibataire, , quarante-six ans, est agriculteur  dans le Cantal. Annette, trente-sept ans habite dans le Nord à de la France à Bailleul avec son fils Eric. Elle veut  démarrer une nouvelle vie. Ils vont se rencontrer grâce à l’annonce que Paul a passée. Annette et  son fils déménagent pour s’installer à la ferme.
Dès les premières pages, j’ai été happée …Il y a quelque chose de magnétique qui se dégage de ce livre. Annette en quittant Bailleul veut clore le passé et tirer un trait sur  Didier, le père d’Eric. Annette fuit l’alcool accompagné de la main lourde de Didier. Une fuite et un refuge auprès de Paul. A la ferme, Paul habite avec sa sœur Nicole et ses deux oncles de plus de 80 ans. Un lieu où Nicole et les deux oncles ont des habitudes bien ancrées. Il faut leur faire accepter la venue d’Annette qui a un fils. Paul ne cèdera pas dans cet affrontement de silence et d’attitudes. Pour Annette, c’est une nouvelle vie dans un nouveau lieu. Elle et Eric découvrent la ferme  mais sans jamais s’aventurer sur le terrain bien gardé de Nicole. Paul et Annette « s’apprennent », s'acceptent  tels qu’ils sont.   

J’ai lu ce livre en apnée totale ! Moi qui aime les phrases courtes, concises, et bien,  j’ai été plus que séduite par l’écriture de Marie-Hélène Lafon. Une écriture qui se joue des codes et de la ponctuation. Une écriture qui décrit les silences, les tabous, la ferme et la dureté d'un milieu.  
Avec ce roman, l'auteur a su recréer l’ambiance d’une France rurale pas si lointaine où l’on parlait peu. Et elle nous parle de plusieurs amours : celui d'un métier et de celui qui naît entre un homme et une femme...
Une magnifique découverte !

Plein de billets chez l'ami BOB.

Nicole et les oncles étaient d'une autre eau. Eussent-ils perçu le plus mince écho des affres violentes traversées par cette femme et ce garçon  dont Paul imposait la présence en leur pré carré qu'ils se fussent battus, becs et ongles, sans merci ni répit, pour expulser les créatures étrangères, les corps impurs, et conduire à résipiscence le frère égaré, Paul, le maillon faible. Une guerre couvait, qui, pour rester sourde, n'en serait pas moins longue et difficile, guerre d'usure et de patientes tranchées.

lundi 11 octobre 2010

Anna Luisa Pignatelli - Noir Toscan

Editeur : la Différence - Date de parution : 03/09/2009 - 123 pages

Voici un beau livre… un de ces  livres qui vous emporte par la beauté du texte.  Et il s’agit encore d’un auteur Italien qui nous parle de la campagne toscane et de la différence. Une nature âpre, sèche qui donne peu à ses habitants. Beaucoup l’ont déserté peu à peu pour la ville et le travail. Noir, lui, avait choisi  de venir s’y installer.  Noir, un surnom donné par les habitants à cet homme venu du Sud. Malgré les années qui ont passé, les hommes du village l’ont toujours considéré comme quelqu’un n’étant pas des leurs. Noir est un amoureux de la nature et des animaux, il les respecte avec humilité. Quand une louve apparait dans la région, la folie de tuer s’empare des hommes du village. Seul Noir veut protéger cette bête. Le combat de Noir pour la louve va devenir  son propre combat contre tous.
A travers ce livre, c’est la méfiance, l’hostilité des hommes envers un autre qui n’est pas issu de leurs terres qui est mis en exergue. Noir est veuf et son  le fils parti à Milan n’a pas voulu reprendre ce que Noir a bâti, entretenu  de ses propres mains. Il vit pou ainsi dire en exclu et n’a jamais  été accepté par les autres.  C’est la douleur d’un père, d’un homme qui saute aux yeux. Sa haine envers  les braconniers est une lutte de chaque instant pour cet homme âgé,  respectueux de la mère nature. On devine la fin sombre et tragique. Une écriture où une forme de poésie s’invite, des descriptions justes et touchantes, un livre qui est un hommage vibrant tout en pudeur à la nature Toscane…
Une belle découverte !
Merci à Katell pour ce livre voyageur.
La bête, que Mucciarini n’avait pas eu besoin de nommer tant elle était devenue  familière à leur haine, réussissait par sa seule présence à ébranler une tranquillité conquise par des siècles de civilisation.
On devait lui montrer qui était le plus fort.

vendredi 30 juillet 2010

Jean-Philippe Toussaint - Faire l'amour


Editeur : les Éditions de Minuit - Date de parution : 17/09/2009 - 159 pages

Extrait de la quatrième de couverture :
C'est l'histoire d'une rupture amoureuse, une nuit, à Tokyo. C'est la nuit où nous avons fait l'amour ensemble pour la dernière fois. Mais combien de fois avons-nous fait l'amour ensemble pour la dernière fois ? Je ne sais pas, souvent.

Au début de ma lecture, je me suis demandée à quoi jouait ce couple et surtout le narrateur. Il m’est apparu désorienté, en prise à des pulsions mêlant amour, regrets, amertume. J’ai suivi le fil de ses pensées et de ses actes passés au microscope. Noyée dans les descriptions, j’ai eu l’impression d’assister à un naufrage de ces quelques jours passés à Tokyo. Faire l’amour, aimer, vouloir se détacher de l’être aimé, trouver des réponses dans la fuite à travers la ville…

Seule Marie m’a touchée, elle qui semble vouloir s’accrocher à cet à cet amour.

Le livre comporte un « décryptage », sa place dans la carrière de l’auteur, le tout rédigé par Laurent Demoulin. Malgré toutes ces explications qui mettent ce livre sur un piédestal, mon avis est mitigé…

L’écriture de Jean-Philippe Toussaint m’a déstabilisée. Lire à nouveau cet auteur ? je ne sais pas..

Merci à George pour l'organisation, à Alice et à Zaza pour le prêt !

Livre lu dans le cadre du Prix Indiana où vous trouverez d’autres avis.

mercredi 14 octobre 2009

Philippe DELERM "Quelque chose en lui de Bartleby"


Ce matin, à peine sortie de ma chambre (et donc de mon lit), Marie s’approche vers moi, un sourire malicieux aux lèvres et me dit :
-Maman, j’ai une faveur à te demander.


Tiens, une faveur et non un service. Que voilà un joli mot qui donne envie de répondre par l’affirmative. Non, non… Je connais mes filles : cet air innocent pour quémander, l’expression doucereuse pour m’attendrir. Elles savent user de flagorneries et de subterfuges pour des demandes de dernière minute. Tant que je n’ai pas bu mon café, je ne veux rien entendre alors je ne vais pas me laisser prendre au piège.


-Une faveur ?... Bon, Tu attends que je prenne mon café.
-Mais, je n’ai pas le temps, je pars à l’école… Tu veux ma repasser ma tunique s’il te plaît? Allez, maman…


Nul besoin d’ouvrir la bouche, mes yeux ont parlé pour moi. Pour me rasséréner, je fais un demi-tour : direction ma chambre. Et, je prends « Quelque chose en lui de Bartleby » pour le plaisir de lire une ou deux pages, pour retrouver la beauté des mots. Bartleby ? Une nouvelle méthode de relaxation, de zen attitude ? Non, non.


Bien mieux que toutes les techniques de détente, ce livre est un hymne à la beauté de l’instant présent, à l’alchimie de tous ces moments du quotidien. Avec Arnold, je me suis promenée dans Paris en plein été croquant des scènes de sa vie de tous les jours. D’ineffables suavités qui m’ont apporté cette félicité, ce bien-être sans égal.


Arnold nous plonge avec grâce et délicatesse dans ce plaisir de cueillir, de contempler les petits moments aussi futiles soient-il et d’imaginer.


Arnold qui un jour va créer son blog pour partager tous ses instants. Par n’importe quel blog. Le blog, par définition, que je rêvais de faire. Mais, je ne suis pas Philippe Delerm, hélas,…


Parce qu’écrire avec ce style, cette façon d’apporter de la poésie, de décrire des scènes du quotidien, et bien, le petit scarabée que je suis, aimerait savoir faire comme le grand maître.

lundi 5 octobre 2009

Emmanuel CARRERE "D'autres vies que la mienne"




Il s’est écoulé plusieurs mois depuis que j’ai lu « D’autres vies que la mienne » d’Emmanuel Carrère. En tournant la dernière page, j’étais restée sur une unique impression : amère et désagréable.

Non sur le fond mais à cause de quelques anecdotes où l’auteur, à mon goût, se mettait en avance dans des contextes inappropriés. Ce fut ma première réaction à chaud.
Or, j’avais trouvé très intéressante sa façon de raconter ces deux drames : il racontait, il narrait comme l’œil une caméra qui filmait ces drames. Car il s’agit de bien de drames : la mort d’un enfant lors du Tsunami et dans un second temps, celle de sa belle-sœur arrachée à son mari et à ses filles par un cancer.

Mais, obnubilée par cette première sensation, n’étais pas passée à côté de tout le reste ? Je crois que si.

Et maintenant, en y repensant, je module mon avis.

Car au début, il décrit avec beaucoup de détachement, d'une façon presque impersonnelle puis au fil des pages, il nous livre ses ressentis, et là, ce n‘est plus l’écrivain mais c’est l’homme qui parle.

Faut-il livrer ses ressentis dès la fin d’un livre ou alors attendre un peu ? Est-ce que certaines lectures demandent un temps de latence, d’un atermoiement où l’on ingère ou alors la perception diffère selon notre propre humeur et notre sensibilité du moment ?