Affichage des articles dont le libellé est Rentrée littéraire 2018. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Rentrée littéraire 2018. Afficher tous les articles

mercredi 2 janvier 2019

Juliana Léveillé-Trudel - Nirliit

Editeur : La peuplade - Date de parution : 2018 -  184 pages et un flirt avec le coup de cœur !

Sur les rives de la baie d’Ungawa au nord du Québec, la narratrice revient à Salluit un village du nord du Québec comme chaque été s’occuper des enfants. Mais cette année elle ne retrouve pas son amie Eva assassinée dont le fjord a englouti le corps.

En s’adressant à son amie, elle dit tout son amour pour cette région, son attachement à cette nature et à ses habitants. La narratrice ne peut que se demander en voyant les enfants dont elle s’occupe ce qu’ils deviendront dans quelques années. Parce qu’il y a les fléaux modernes, les violence faites aux femmes  et la fin de l’innocence qui arrive souvent bien trop vite chez les enfants. Bien sur, elle n’est pas la seule blanche à venir mais son amour pour cette région est sincère.
Avec ce cri du cœur pour le Grand Nord, l'auteure évoque les décisions (économiques et  politiques) et décrit l'importation d'une culture qui a modifié le mode de vie des Inuits. Son propre désarroi et ses questionnements se font sentir et c'est poignant. Un portrait réaliste où la beauté, la dureté et une sorte de résignation se mêlent sans rendre ce livre plombant.

De l’attachement viscéral de la narratrice aux constats âpres qui pointent du doigt les contradictions,  j’ai frôlé de peu le coup de cœur ( oui!)  tant j’ai été remuée par cette écriture et par le contenu ( j’ai juste trouvé que la deuxième partie consacrée au fils d’Eva était moins puissante). Sans fard ni pathos mais avec une justesse qui touche le cœur et l'âme, il s'agit d'une lecture très forte qui laisse des traces durables. 

Votre maison ne vous appartient pas. Votre terrain non plus. Tout ça vous est gracieusement prêté par le gouvernement. N'est-ce pas qu'on est fins ? On vous pique votre territoire, mais on vous le prête après. Est-ce pour ça que vous avez tellement besoin de posséder ? Des motoneiges, des bateaux, des quads, des camions pour faire le tour d'un village de quatre rues. Pour vous échapper de vos maisons surpeuplées où vous vivez les uns sur les autres. Vous manquez d'espace dans votre immensité nordique. Comment ça se fait que toute cette richesse ressemble tellement au tiers-monde ?

Je voudrais être mieux que ça mais je suis strictement comme les autres. 

Les billets d'Aifell, Fanny, JerômeKathel et de Sabine.

vendredi 21 décembre 2018

Christophe Boltanski - Le guetteur

Editeur : Stock - Date de parution : Août 2018 - 288 pages

Après le décès de sa mère, le narrateur aidé par sa soeur entreprend de vider son appartement. Dans ce capharnaüm où sa mère vivait recluse, il découvre des carnets et plusieurs manuscrits de polar que sa mère, grande lectrice du genre, avait commencé à écrire.  Que sait-il au juste de sa mère qui était mutique sur son passé ? Obsédé par le besoin de comprendre qui elle était vraiment, il mène ses propres recherches.

En parallèle, Christophe Boltanski remonte le cours du temps jusqu'aux événements liés à la guerre l’Algérie. D étudiants distribuant des tracts à  un réseau clandestin de soutien au FLN, se peut-il que sa mère, elle-même étudiante  à l'époque, ait joué un rôle dans l'opposition à cette guerre ?
Tel un enquêteur, il explore des pistes et les contours de cette figure maternelle prennent forme peu à peu dessinant une femme énigmatique et tourmentée par ses propres peurs.

Si j'ai trouvé intéressant le récit lié à la guerre d'Algérie ( l'auteur nous plonge dans les faits de manière très réaliste), j'ai eu tendance à me perdre dans les multiples chemins empruntés par le narrateur.  Et surtout je me suis sentie mal à l'aise comme si j'observais à la dérobée la vie de cette femme, l'inventaire de son appartement m'ayant particulièrement dérangée. Dommage... 

Je m'abandonnais des heures durant à la lecture de ses papiers comme s'ils étaient transcrits en langage codé. En cherchant désespérément un motif dans  son tapis de signes, je me rendais compte du caractère chimérique de mon entreprise, de la folie de me substituer à un auteur quel qu' il soit, et d'imaginer un récit qu'il n'écrirait jamais.

Le billet de Cathulu (qui a aimé ce  roman).
Lu de cet auteur La cache

lundi 17 décembre 2018

Susie Steiner - Présumée disparue

Editeur : Les Arènes - Date de parution : Octobre 2018 - Traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Yoko Lacour - 532 pages

A presque quarante ans, Manon Bradshaw officier de police dans le nord de Londres est accro à son boulot. Mais pas que. Elle cherche aussi l’âme sœur sur Internet et enchaîne des rencontres décevantes. Quand la disparition d’Edith Hind, une étudiante de Cambridge est signalée, elle est mise sur l’affaire.

L’enquête s’annonce compliquée avec comme seuls indices du verre brisé et des traces de sang dans son appartement. Son petit ami ne sait rien ni comme ses parents. Manon et son collègue Davy découvrent que la jeune fille bien qu'issue d'un millier aisée (le père est médecin de la famille royale et fréquente des politiques) a une vie moins lisse qu’il n’y paraît.

Dans ce polar polyphonique rondement mené avec des pointes d’humour, l’auteure s’attache à décrire les personnalités. Elle gratte le vernis des apparences et pointe également les faiblesses d'un système policier en manque de moyens.  Mention spéciale pour le personnage de Manon un peu gaffeuse, qui sait faire preuve d'auto-dérision  et tendrement attachante avec ses failles.
Pas de  rebondissements à foison mais j’ai été ferrée par ce qui gravite autour de l'enquête et tout s'enchaîne sans temps mort. Mission accomplie pour ce thriller. 

Si elle était sincère, son profil afficherait plutôt : Misanthrope, avec un oeil rivé au fond du gouffre du célibat. Tendance exaspérante à chercher la faute chez autrui. Exhale des RDD (Relents De Désespoir). Vit dans une galaxie infinie de solitude. Etudes : niveau intimidant. Prête à la cacher toutefois. Sujette aux crises de larmes. Souvent, se retrouve à googler : « Faire un enfant à 40 ans ». Recherche : philanthrope amateur de lecture, avec formation en psychothérapie, qui sache monter des étagères. 

Les billets de ChristelleEva, FannyMaeve et de Saxaoul

vendredi 14 décembre 2018

Paul Greveillac - Maîtres et esclaves

Editeur : Gallimard - Date de parution : Août 2018 - 464 pages

Dans la campagne du Sichuan en Chine, Kewei voit le jour 1950. Enfant unique d’un couple de paysans, il est attiré très jeune par le dessin comme son père. Mais pour sa mère dans cette Chine rurale, il n’est pas question que son fils s’adonne à sa passion. Et pourtant, Kewei va intégrer les Beaux-Arts à Pékin car son talent a été remarqué par un garde rouge.

A travers ce roman, on suit le destin de Kewei, de sa famille mais surtout on est immergé dans la Chine sous Mao Zedong. D’abord peintre pour le régime, il devient lui-même un de ceux qui valide ou censure les œuvres d'arts au service de la propagande du parti. Au gré des luttes intestines du pouvoir, sa côte de popularité fluctue et pour s'assurer un avenir, il rejoint le parti. Kewei veut inculquer à son fils les valeurs et les principes dictés qu'il a lui-même embrassés par force. Un fils qui s'élèvera contre le Parti communiste chinois et contre son père.

Les idéologies, le régime totalitaire, la peur, les dénonciations, l’asservissement, tout est détaillé et raconté avec force et puissance tout comme les conséquences de la Révolution culturelle.

Il s'agit d'un roman dense et touffu mais passionnant ! Alors oui il y a quelques petites longueurs (liées aux événement politiques) et une histoire d’amour naissante dont je me serais bien passée mais j'ai vraiment aimé ce livre foisonnant. Paul Greveillac rend à merveille la vie de cet homme  soumis à l’Histoire de son pays et il nous interpelle sur l’utilisation détournée de l’Art à des fins politiques.
L'auteur sait jouer de touches poétiques comme de formulations plus cinglantes pour nous captiver et c’est réussi. 

 Li Fang, plus timide que jamais, était heureuse. Si l'on définit le bonheur comme un état de satisfaction matérielle et de gratification sociale. Si, le bonheur, c'est d'être un petit chien qu'on caresse, qu'on gâte, et qui sait rester à sa place.

Sur Tian'anmen, de jour comme de nuit, le carnaval battait son plein. Partout, on avait dressé des tentes. La grande place était devenue la cour des miracles de la révolution. La centrifugeuse de la contestation du monde. Le cœur de la passion politique.

mercredi 12 décembre 2018

Florence Noiville - Confessions d'une cleptomane


Editeur : Stock - Date de parution : Août 2018 - 193 pages

Dans la vie, Valentine de Lestrange a tout sur le plan matériel sans compter un mari aimant et influent. Et pourtant, elle ne peut pas s’empêcher de voler. Des petites babioles ou des objets de luxe pour le shoot d'adrénaline et le plaisir procuré. Rien n’échappe ou presque à sa main chevronnée.

Valentine est cleptomane comme sa mère et sa grand-mère, elle cède à ses compulsions sans aucun remord. Travaillant dans le domaine des arts à mi-temps et menant une vie bourgeoise, sa seule appréhension est que son mari découvre un jour la vérité.
Malgré le ton alerte, j'ai trouvé ce roman assez inintéressant car je suis restée indifférente à Valentine (ou plutôt elle m’a souvent agacée par ses réactions égocentriques).  Et l'histoire dans tout ça me direz-vous? Bon, on tourne un peu en rond (tout est très prévisible et manque, à mon goût, de densité) et les explications d’ordre scientifique/médical sur cette addiction arrivent un peu comme un cheveu sur la soupe...
Au final, une lecture qui n’était pas pour moi. 

Ce qu'elle ressentait, c'était un plaisir épatant. L'excitation du danger, la jouissance du passage à l'acte. Le flash d'adrénaline, comme un éclair d'orage dans un ciel plombé.

Le billet plus enthousiaste de Cuné

Lu de cette auteure :  L'attachement

samedi 8 décembre 2018

Roddy Dolyle - Smile


Éditeur : Joëlle Losfeld - Traduit de l'anglais (Irlande) par Christophe Mercier - Date de parution : Août 2018 - 256 pages

Alors qu’il se retrouve quitté par sa femme Rachel, Victor Forde un cinquantenaire prend l‘habitude de fréquenter un pub de son quartier. Boire une bière, écouter les discussions et échanger deux ou trois mots avec le barman et se fondre dans la masse en espérant briser - ou du moins – atténuer sa solitude. Un soir, un homme un certain Ed l’apostrophe car selon lui, ils ont été au collège ensemble chez les frères chrétiens.

Victor ne le reconnaît pas, il a beau essayé de s’en rappeler, ni son nom ni son visage ne lui reviennent en mémoire. Mais Ed insiste, sûr de lui, mettant Victor mal à l’aise. Et désormais au pub, il le croise ce qui remémore d’autre souvenirs à Victor même ceux qu’il avait tenté d’oublier.  De ses débuts de journaliste musical à sa rencontre avec Rachel au livre qu’il n’a jamais écrit, le ton est assez mélancolique et nostalgique. Le malaise ressenti par Hector vis-à-vis d’ Ed s’amplifie et le lecteur le ressent viscéralement. Très vite, le dessin de ce que Victor enfant a subi durant sa scolarité dans les années 70 prend forme (et là, on est hébété. Ca fait mal et ça clashe).

Sans fioriture et avec une tension palpable, Roddy Doyle nous promène entre l’introspection et les souvenirs de Victor. On est bousculé, on perd nos repères et la fin est complètement inattendue (vous êtes prévenus).  

Je déteste ça. Les trous de mémoire. C'est comme si on laissait tomber des bouts de soi-même au fur et à mesure qu'on avance, non ?

Le billet de Kathel
Lu de cet auteur : Paula Spencer 

vendredi 30 novembre 2018

Sophie Daull - Au grand lavoir


Editeur : Philippe Rey - Date de parution : Août 2018 - 154 pages et une lecture en demi-teinte

Après avoir purgé une longue peine de prison pour le meurtre d’une femme, un employé des espaces verts dans une petite ville vit sans se faire remarquer sous une nouvelle identité. Quand il voit à la télé une romancière venue présenter son premier livre, tout ressurgit. Car elle est la fille de celle qu’il a assassinée.

Les voix des deux narrateurs s’élèvent et s’alternent au fur et à mesure des chapitres sur plusieurs jours. L’homme est d’abord surpris par ce visage vu à la télé qu’il reconnait. Et quand il apprend qu’elle va venir dédicacer son roman dans sa ville, le monde qu’il s’est construit se fissure. Elle est romancière, a perdu sa mère et sa fille. Alternant les deux voix au fil des chapitres, les souvenirs et les interrogations des deux narrateurs se mêlent au présent. Une tension s'installe mais sans pour autant faire de l'ombre au récit.
Sans donner de leçon de morale, l’auteure amène une réflexion intéressante sur les notions de pardon et de rédemption. Mais, hélas, j'ai trouvé que l’écriture manquait souvent de naturel.
Un avis mitigé pour conclure.

Quelque chose alors m'éblouit, qui commandait une entrée en haute vie, comme on dit haute mère, avec le large qui s'offre, infini et contenant tout ; avec l'écriture, comme boussole et comme bouée, pour me maintenir sur la houle immense.

L’avis plus enthousiaste de Cathulu

lundi 26 novembre 2018

Fabrice Caro - Le discours


Editeur : Gallimard - Date de parutions : Octobre 2018 - 208 pages drôles et si justes !

Adrien a l’habitude des repas de famille chez ses parents avec sa sœur et son futur beau-frère. Il connaît par avance le menu tout comme les sujets de conversation. A quarante ans, il est célibataire depuis trente-huit jours exactement car Sonia a voulu faire une pause dans leur relation. N’y tenant plus, il lui a envoyé un SMS pour prendre de ses nouvelles. Le message a été lu mais pas de réponse.Voilà de quoi laisser libre court à son imagination. Et quand son futur beau-frère lui demande de faire un discours pour son mariage, Adrien panique.

Entre une mère qui pense qu’un jus d’orange vous remet sur pieds, sa sœur qui lui offre depuis des années une encyclopédie à chaque noël, Adrien angoissé attend une réponse de Sonia et il élabore différentes tentatives de discours. Et ça cogite ! Bon s'échapper un moment pour aller fumer une cigarette ? Impossible car ses parents ne savent toujours pas qu’il fume (oui à son âge). Adrien n’expose pas ses pensées comme il n’ose pas vexer ou  décevoir. Alors il tente de faire bonne figure en écoutant chacun (la question des avantages du chauffage au sol est ô combien importante).

Sans temps mort (tout s'enchaîne très bien), j’ai gloussé  car c'est vraiment drôle mais surtout Adrien avec ses pensées un peu obsessionnelles et désabusées est touchant, attachant mais sans être pathétique ou agaçant. Il y a forcément une petit part de nous dans Adrien : on se retrouve à travers à lui tout comme dans des situations déjà vécues. Et entre deux rires, on éprouve un (petit ou gros) pincement au cœur.

Fabrice Caro a visé juste avec ce roman caustique mais sans une once de méchanceté, rempli d'humour, tendre mais aussi décalé.  Je me suis régalée !

Les billets des tentateurs  de The Autist Reading et de Noukette.

Mais je réponds que oui, ça se passe bien mon travail. Et perpétue la malédiction du repas sans fin. Et ma mère est rassurée que mon travail se passe bien, elle n'a pas besoin d'en savoir plus, ça et un autre prénom féminin de temps à autre et l'espérance de vie d'une mère se voit prolongée en moyenne de six mois par repas.

lundi 19 novembre 2018

Elizabeth Strout - Tout est possible


Editeur : Fayard - Date de parution : Octobre 2018 - Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Brévignon - 304 pages comme je les aime.

Lucy Barton est un écrivain reconnu, enchaînant présentations et conférences. Vivant à New-York, elle n’a jamais remis les pieds à Amgash une petite ville de l’Illinois où elle a grandi. Pour ceux et celles qui l’ont connue, la parution d’un livre relatant son enfance est le déclencheur de bien des choses.

Désormais célèbre, Lucy Barton attise la curiosité et des questions. Et comme dans un jeu de dominos, les habitants d'Amgash repensent à des faits du passé et à leur comportement envers Lucy. On découvre l'environnement familial de son enfance,  une famille pauvre souvent regardée de travers et sur laquelle planait des soupçons de maltraitance.
Dans ce roman polyphonique, non seulement un portait de la famille Barton se dessine en filigrane mais surtout chacun des personnages se révèle à travers le regard et la voix des autres. Elizabeth Strout plonge le lecteur dans l'intimité de chacun et dans leurs pensées.  Elle nous entraîne dans des tranches de vie ordinaire jalonnées par la vieillesse, la réussite, le deuil, des espoirs enterrés sans regret ou avec rancœur, des changements de cap, l’échec d’un couple mais aussi l’amour. ll se dégage une ambiance particulière et je n'avais vraiment pas envie de terminer ce roman.

Pas de mièvrerie mais de la finesse (j'ai beaucoup pensé aux romans de Stewart O'Nan durant cette lecture par l'humanité qui se ressent et par les descriptions). Tout simplement très bien !

Je n’avais pas lu Lucy Barton et j’ai entamé cette lecture en ne sachant strictement rien. Pas de panique, Tout est possible peut se lire indépendamment sans aucun problème.

Ce qui intriguait le plus Abel dans la vie, c'était à quel point on oubliait les choses tout en continuant de vivre avec -comme des mauvais membres fantômes, songeait-il.

Le billet de Caroline

Lu de cette auteure : Olive Kitteridge

vendredi 16 novembre 2018

Abnousse Shalmani - Les exilés meurent aussi d'amour


Editeur : Grasset - Date de parution : Août 2018 - 400 pages et un plaisir de lecture!

Alors qu’elle est âgée de 9 ans, le monde de Shirin change brutalement, sa famille a quitté Téhéran après la révolution islamique. A Paris, ses parents et elle sont hébergés par la famille de la mère de Shirin dans un logement minuscule bien loin des fastes de leur vie passée.

De son poste d’observation sous le canapé, Shirin observe et écoute les adultes : ses tantes dominatrices, sa mère qui se plie aux volontés de ses sœurs, son père effacé et un grand-père déclinant.  Cette famille iranienne un peu foutraque tangue entre la nostalgie de l’Iran, ses convictions politiques communistes et des querelles familiales passées sous couvert du silence ( les relations familiales sont bien plus complexes et bien plus plus néfastes qu'il n'y paraît).
Eprise de liberté,  Shirin se construit et s’affranchit des lourds carcans familiaux en puisant dans les deux cultures.

En mêlant le part imaginaire du regard de l'enfant, la voix de l'adolescente qui cherche à s'affirmer et celle  de l'adulte qui regarde le passé avec un oeil éclairé,  ce roman sur l'exil a une voix vive et relevée tout comme l'écriture d’Abnousse Shalmani ! Et si l'on est amené à sourire des situations drôles ou cocasses, on est également interloqué et touché.
J'ai beaucoup, beaucoup aimé ce roman foisonnant !

A court terme, nous avons chacun fui à notre manière. Nous étions incapables de claquer la porte à cette famille de merde, touchée par la maladie du chuchotement  : elle était tout ce qui nous restait dans l'exil.

Il est impossible de pleurer la nostalgie, c'est l'hymnne national de l'exil. L'exil est une identité, un langage, un passé sans avenir.

Les billets de Delphine, Eimelle, EveLeiloona, JoëlleSylire, TLivre.
Un livre lu via Netgalley.

lundi 12 novembre 2018

Hernan Diaz - Au loin


Editeur : Delcourt Littérature - Date de parution : Septembre 2018 - Traduit de l'anglais (États-Unis) par Christine Barbaste - 277 pages et un plaisir de lecture !

Au milieu du XIX siècle, deux frères suédois Hâkan et Linus quittent leur pays pour rejoindre l’Amérique. Mais lors de l’embarquement, ils sont séparés. Linus a bien pris le bateau pour New-York tandis qu’Hâkan, sans le savoir, vogue en direction de San Francisco. Hâkan n’a qu’une idée en tête, rejoindre New-York pour retrouver son frère.

Ainsi commence une longue épopée pour Hâkan. Alors qu’il ne parle pas anglais, une famille irlandaise de chercheurs d’or le prend sous son aile. Il les accompagne dans leur quête avant de se faire enlever. Et ses aventures sont riches en surprises mais aussi en  embûches tout comme ses rencontres ( j'ai particulièrement apprécié celle avec un scientifique naturaliste qui lui apprend des bases d'anatomie). Au fil des années, par sa taille démesurée et par sa force Hâkan acquiert une renommée légendaire à ses dépens. Peu à peu pourchassé, se cachant des hommes et les fuyant,  il sillonne seul l’Amérique des déserts aux plaines en passant par les canyons dans une nature souvent hostile "exister était un travail à temps plein".

Porté par une belle écriture et malgré quelques toute petites longueurs, j'ai pris beaucoup de plaisir à la lecture de ce roman aux accents tristes. Même s'il a un petit goût de western (des bandits, des indiens), ce livre s'intéresse au cheminement intérieur d'Hâkan, sa relative naïveté s'estompe pour disparaitre et son regard envers ses semblables évolue.
Avec des descriptions superbes de la nature ( les amoureux des grands espaces vont se régaler), Hernan Diaz nous offre non seulement un personnage touchant et attachant mais aussi une fin inattendue. 

En outre, Hâkan avait appris que la pitié était un sentiment insatiable - une fausse vertu, affamée de toujours plus de souffrances pour montrer combien elle pouvait être infinie et sublime.

Les billets (et des avis différents) d'Eve, Jérôme, Kathel, Krol, Mimipinson, SandrineSylire.

vendredi 9 novembre 2018

Ivy Pochoda - Route 62


Editeur : Liana Levy - Traduit de l’anglais (États-Unis) par Adélaïde Pralon - Date de parution : Septembre 2018 - 362 pages 

Tout commence avec la scène hallucinante d'un homme courant nu à contresens sur l’autoroute à Los Angeles. Alors qu’il est coincé dans les embouteillages, Tony, un avocat menant une vie tranquille et assez aisée,  se lance à sa poursuite sans savoir pourquoi.

Les chemins de Tony, de Britt fuyant un évènement de son passé, de Ren sorti de prison et qui recherche sa mère mais aussi celui de Blake un petit voleur et  de James le fils du gourou d'une secte hippie (sous couvert d'un ranch avec des stagiaires) vont se croiser. Après ce départ un peu déjanté, ce roman évolue entre le quartier de la Cité des Anges  (où SDF et junkies se côtoient) et le désert californien sur deux périodes différentes. L’auteure nous plonge dans les désillusions, les échecs mais aussi dans les espoirs aussi minimes fussent-ils de ses personnages.

Alors oui c'est noir et les personnages ne sont pas des héros, loin de là.  Et d'ailleurs Yvy Pochoda ne cherche pas à nous les rendre forcement sympathiques.
Mais mon enthousiasme et mon intérêt se sont amoindris au fil des pages car ce roman a eu pour moi un goût de déjà lu sans que je ne m'attache ou que je sois sensible à ces personnages cabossés ( et la fin ne m'a pas vraiment convaincue). Dommage.

mercredi 7 novembre 2018

Davide Enia - La Loi de la mer


Editeur : Albin Michel - Traduit de l'italien par Françoise Brun - Date de parution : Septembre 2018 - 240 pages qui m'ont bouleversée.

Durant trois ans, Davide Enia s'est rendu à Lampedusa seul ou accompagné de son père. Il a rencontré, écouté  des insulaires comme Paola et Melo qui l’ont hébergé, un plongeur sauveteur, un pêcheur, des bénévoles, et d'autres hommes et femmes qui aident les migrants arrivant par la mer. Avec une pudeur touchante,  ils ont confié  à l'auteure les débarquements, les drames, la peur refoulée, les petites ou les grandes victoires. « Ici on sauve des vies. En mer, toutes les vies sont sacrées. Si quelqu’un a besoin d’aide, on lui porte secours. Il n’y a ni couleur de peau, ni ethnie, ni religion. C’est la loi de la mer. » Tous ont été marqués par la tragédie du 3 octobre 2013 et son cortège de morts, et tous doivent vivre avec.

Pas de sensationnel ou de vantardise, on y parle avant toute chose d’humanité et de bienveillance. Davide Enia ne livre pas une série de de témoignages, non, ils sont intégrés dans le contexte.  On voit les visages ou l’aridité de Lampedusa, les larmes qui s’échappent, on entend la mer et les émotions poignantes qui font chavirer  « quand tu as trois personnes en train de couler près de toi, et cinq mètres plus loin une mère et un bébé qui se noient, tu fais quoi ? Tu vas vers qui ? Tu sauves qui en premier ? Les trois qui sont devant toi, ou la mère et son nouveau-né là-bas ? ».

Ce livre se ressent tant il bouleverse et questionne. L’auteur a su joindre une histoire plus personnelle à ce récit de façon naturelle. Avec une écriture superbe (un grand bravo à la traductrice), Davide Enia se fait passeur de ces récits, de sa relation avec son père et son oncle. C’est beau, émouvant et terriblement fort. 

On parle des êtres humains sous forme de chiffres et de statistiques, alors qu'une personne, c'est beaucoup plus. Une personne ça a des espoirs et des inquiétudes, des désirs et des tourments.

lundi 5 novembre 2018

Richard Russo - Trajectoire


Editeur : Quai Voltaire- Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Esch - Date de parution : Septembre 2018 - 304 pages beaucoup aimées

L’année dernière, je m’étais délectée à la lecture d’A malin, malin et demi de Richard Russo. Les personnages fouillés pour lesquels il fait preuve d’une réelle empathie, l’humour et le talent de narrateur m’avaient conquise.
Dans ce recueil de quatre longues nouvelles, on retrouve ces mêmes ingrédients et ça fonctionne à merveille !

Richard Russo nous plonge dans la vie à un moment précis d’une universitaire, d’un agent immobilier dans le Maine, de deux frères réunis lors d’un voyage et enfin dans celle d’un scénariste. Tous se retrouvent face à des problèmes plus ou moins importants (selon leur propre échelle) et à devoir prendre des décisions. En alternant judicieusement présent et passé, l’auteur permet à ses personnages de reconsidérer ou non sous un autre angle des choix opérés, des situations vécues. L’ensemble donne des nouvelles bien étoffées avec une jolie galerie de personnages secondaires.

Même si la maladie est évoquée à dans chacune de nouvelles, Richard Russo Russo évite le plombant car l’humour est bien présent. Des tranches de vies humaines dépeintes avec sensibilité et justesse (que demander de plus ?) !

A l'ère des réseaux sociaux et des "amis Facebook", Julian considère peut-être les parents comme des vestiges atrophiés, au même titre que les amygdales ou l'appendice, dont on a oublié la fonction depuis longtemps et que l'on peut couper sans conséquences.

Les billets de Cuné, Kathel.

vendredi 2 novembre 2018

Ito Ogawa - La papeterie Tsubaki


Editeur : Philippe Picquier - Traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako - Date de parution : Août 2018 - 374 belles pages

A Kamakura dans la région de Tokyo, Hatoko a repris l’activité de la papeterie tenue par sa grand-mère couplée à celle d'écrivain public. Et quand les clients franchissent le pas de la porte, c’est bien plus pour présenter des demandes de lettres (quelquefois bien surprenantes).

S’échelonnant sur quatre saisons, on découvre l’art de la calligraphie et les rituels qui lui sont rattachés ( le choix du papier ou celui du timbre, la préparation de l’encre). Les clients confient à Hatoko des émotions, relatent des souvenirs ou des détails. Et tel un buvard, Hotoko les absorbe pour transcrire au plus juste ce que les clients voudraient formuler en y associant les enseignements de la calligraphie et beaucoup de respect.

De ce roman sur la transmission au sens large (mais aussi de ce que l’on peut refuser puis accepter pour se construire) empli de tendresse et de douceur se dégage une atmosphère feutrée et délicate. Ici, l’écrivain public ne se cantonne pas à formuler par écrit des courriers, son rôle est plus étendu : écouter et aider les autres.

Une lecture comme suspendue hors du temps où l’écriture aux accents poétiques dégage une forme de sérénité. J'ai été touchée par l'ensemble qui forme un  art de vivre conjuguant l'entraide et les moments de bonheur simple.

Mais tu sais, il y a des gens incapables d'écrire une lettre malgré tous leurs efforts. Etre écrivain public, c'est agir dans l'ombre, comme les doublures des grands d'autrefois. Mais notre travail participe au bonheur des gens et ils nous en sont reconnaissants, a-t-elle affirmé. 

Les billets d'AifelleHélène et Séverine.