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mercredi 29 septembre 2010

Régis de Sa Moreira - Mari et femme

Editeur : Au diable Vauvert - Date de parution : 25/08/2008 - 181 pages

La première chose qui t'étonne lorsque tu ouvres les yeux c'est le plafond de votre chambre. Ça fait des mois que tu dors dans le salon. Tu ne comprends pas.

Tu tournes la tête sur le côté, ta femme n'est pas dans le lit. Mais ses longs cheveux blonds s'étalent sous ta joue. Tu ne comprends pas du tout.

Tu montes une main pour te gratter la barbe. Ta barbe a disparu. Tu ne respires plus.

Tu descends ta main sous le drap. Tu cherches quelque chose entre tes jambes. Tu ne trouves rien. Tu te redresses d'un coup. Tu te tournes vers l'armoire à glace. Tu cries.

Ta femme crie à ta place.
Imaginez–vous, vous êtres un homme et un matin vous réveillez dans le corps de votre femme. Et votre femme se retrouve dans votre enveloppe corporelle. Le seul problème de taille est que vous aviez décidé de vous séparer.  Vous voilà obligé d’aller travailler à sa place, d’ingurgiter du tofu et d’abandonner votre quotidien. Sachant que votre quotidien, c’est la cigarette et plutôt un laisser aller général…
J’avais  découvert Régis de Sa Moreira avec Le libraire. Ici, point de poésie  mais un exercice de style rondement bien mené ! Tout le livre est écrit à la deuxième personne ce qui m’a quelquefois obliger à relire quelques phrases pour bien comprendre. 
J’ai pris  plaisir à suivre cet homme dans le corps de sa femme  qui finalement se rend compte qu’être une femme n’est pas si facile. Pour les hommes qui en doutent, ils n’ont qu’à le lire…C’est léger, drôle, plaisant et agréable   alors  entre deux lectures sur des sujets plus sérieux ou plus « graves », ce serait dommage de s’en priver !
A noter que ce livre est paru en poche.
Merci qui ? Merci Dialogues Croisés !

lundi 28 juin 2010

Marie-Sabine Roger - La tête en friche


Editeur : ROUERGUE - Date de parution : 15/08/2008 - 218 pages que je conseille

Germain, 45 ans vit dans une caravane au fond du jardin de sa mère. Il travaille un peu à gauche et à droite, s’occupe de son jardin et passe beaucoup de temps au café avec ses copains. Quand il ne rajoute pas son nom au monument aux morts, il compte les pigeons au parc. Germain est né d’une histoire brève du 14 juillet. Un manque d’amour maternel, un père qu’il n’a jamais connu, il garde de l’enfance l’indifférence de sa mère et les humiliations de son instituteur qui le considérait comme un bon à rien. Alors forcément, Germain n’a jamais eu envie des mots et des livres, il s’en méfie.
« Tout ça pour expliquer qu’à la fin du primaire j’étais plus souvent à la pêche que le cul posé sur un banc. Ce qui fait que plus tard à l’armée, on m’a classé dans les analphabète, nom dans lequel on entend le mot bête, qui résume très bien de ce qu’on pensait de moi, en plus poli. »

Sur un banc du jardin public, il fait la rencontre de Margueritte, 86 ans, frêle et fragile qui est en maison de retraite. Entre eux deux, une histoire d’amitié et de complicité va se nouer.
Cultivée mais pas prétentieuse, elle respecte Germain. Margueritte aime faire la lecture à voix haute et Germain va prendre goût aux mots. Lui qui avait peur de ce savoir va employer des nouveaux mots, citer Camus à ses copains au bistro ce qui donne lieu à des situations drôles. Mais surtout, il va découvrir de nouveaux horizons grâces à la lecture.

Cette histoire est un plaidoyer sans mots savants ou flonflon pour la lecture et la connaissance. Le narrateur est Germain et on suit son cheminement, ses pensées.

Plus on avance dans le livre et plus ses expressions se modifient. Par exemple, il ne dit plus « baiser » mais « faire l’amour ». J’ai trouvé beaucoup de pudeur et de sincérité dans les réflexions de Germain.

« Lorsque j’ai rencontré Margueritte, j’ai trouvé ça compliqué, d’apprendre le savoir. Ensuite, intéressant. Et puis flippant, parce que, se mettre à réfléchir, ça revient à donner des lunettes à un myope. Tout semblait en sympa, tout autour : facile, c’était flou. Et tout d’un coup on voit les fissures, la rouille, les défauts (..) »

« L’affection, ça grandit sous cape, ça prend racine malgré soi et puis ça envahi pire que du chiendent. Ensuite c’est trop tard : le cœur, on ne peut pas le passer au Roundup pour lui désherber la tendresse. »

« La chance, elle est pas communiste ».

J’avais aimé le film mais incontestablement le livre m’a beaucoup plus touchée. Merci à Gwen pour le prêt !

Dans son billet,Theoma parle du livre et du film.

De Marie-Sabine Roger, j’ai également lu des nouvelles incisives sur les personnes âgées Les encombrants que je recommande vivement !