mardi 1 février 2011

Katharina Hagena - Le goût des pépins de pomme

Éditeur : Anne Carriere - Date de parution : 07/01/2010 - 268 belles pages...

Iris, la narratrice, hérite à la mort de sa grand-mère Bertha d’une maison. Une maison de famille qui a vu grandir sa mère et ses deux sœurs puis le déclin de sa grand-mère. Bibliothécaire à Fribourg, Iris ici passe quelques jours le temps de prendre une décision. Celle de garder ou non la maison. Chaque pièce et le jardin lui délivrent des souvenirs  et l’histoire de toute sa famille.

Il existe des lectures qui vous coupent du temps présent et vous replongent dans des souvenirs.  La nostalgie de la maison de votre grand-mère, les anciennes chambres de vos tantes où vous vous amusiez à vous déguiser.   Et tout ressurgit comme par enchantement. Les odeurs de la cuisine, de l’étable vide et  du jardin. Les couleurs fanées des tapisseries réapparaissent comme si rien n’avait changé. Le goût des pépins de pomme fait partie de  ces livres. Je l’ai lu avec le cœur et l’esprit submergés par des images douces et innocentes de l'enfance. Alors, je me suis glissée dans cette histoire avec plaisir !
Sans en dire de trop  mais juste pour vous donner envie de le lire, il s'agit de histoire d'une famille. Une famille où les femmes ont un rôle majeur. Bertha qui a perdu sa sœur complice,  son mariage puis  la naissance de ses trois filles : Christa, la mère d’Iris partie vivre loin de Bootshaven, Inga, née un jour d’orage et Harriet changée à jamais depuis la mort de sa fille Rosemarie. On découvre les caractères et les vies de chacune, la mémoire de Bertha devenue effilochée, les jeux d’Iris, de Rosemarie et de Mira son amie. Iris rouvre ainsi  le passé par la  visite d’un ami de sa grand-mère et des nombreuses rencontres avec Max, le frère de Mira. Des brèches d’humour parsèment ce roman  où les évènements tragiques côtoient l’amour.
J’ai ouvert ce livre sans lire la quatrième de couverture et en n’ayant plus à l’esprit les différents billets des blogs. Je me suis délectée du début à la fin !
Merci à Aifelle de l’avoir fait voyager ! De nombreux avis variés sont répertoriés chez l’ami BOB.
Je me tenais près de la clôture du jardin et tâtais d'un doigt la cicatrice à la racine de mon nez. J'en vins à songer à d'autres blessures.Des années durant je m'y étais réfugiée.Les blessures se présentaient d'elles-mêmes, elle allaient avec l'héritage. Et il fallait au moins que je les regarde une fois avant de pouvoir leur appliquer le pansement du temps.

lundi 31 janvier 2011

Willie Vlautin - Plein nord

Éditeur : Albin Michel - Date de parution : 03/11/2010 - 240 pages

Las Vegas, Allison, 22 ans a une vie de ce qui est l’opposé du rose et des étoiles. D’ailleurs les étoiles, elle les voit plutôt quand elle s’évanouit pour avoir bu de trop une fois de plus. Son petit copain Jimmy la traite comme une moins que rien. Allison est à côté de la plaque. Elle a quitte le lycée sans diplôme, elle enchaîne des boulots de serveuse. Quand elle découvre qu’elle est enceinte,  elle décide de tout plaquer, c'est-à-dire : rien,  et  de partir pour Reno
Les premières pages sont comme une gifle en pleine figure ! Allison est dans les toilettes d’un bar avec Jimmy. Elle  est complètement saoule, vomit et s’évanouit. Et, Jimmy lui file des coups de pied.  Là, je me suis demandée dans quoi je m’embarquais et surtout si j’étais prête pour cette lecture. Pas une question de cœur bien attaché mais plutôt de moral. Est-ce que j'avais envie de suivre Allison ? Cette gamine paumée qui s’accroche à Paul Newman en rêve jusqu’à inventer qu’il lui donne des conseils.  Car au concours une fée ne s’est pas penchée sur mon berceau, Allison gagnerait le prix haut la main. Sa mère se contrefiche d’elle et Allison accumule les bleus à l’âme et au corps. A 22 ans, son vécu est terrifiant et l’alcool vient naturellement. Une échappatoire à cette vie. Et voilà qu’elle se retrouve enceinte de Jimmy. Cerise sur le gâteau. Alors elle part pour Reno, pour essayer de prendre un nouveau départ et pour que son bébé connaisse autre chose. Même si elle se considère comme une ratée, elle veut encore croire. Entre espoir et désespoir, Allison tente d'avancer. 
Alors, oui, c’est un livre sombre, dur où l’on côtoie l’autre face des Etats-Unis. Celui sans paillette et glamour. Si les premières pages m’ont fait l’impression d’une gifle, le livre entier m’a remuée ! L’écriture de Willie Vlautin pourtant n’a rien de poétique, elle claque comme les images qui nous viennent à l’esprit. Pas de pathos mais des mots sans concession qui touchent de plein fouet.
Vous êtes prévenus, une lecture dont on ne sort pas indemne et qui laisse un goût amer dans la bouche.
Merci Cathulu !

dimanche 30 janvier 2011

L’arbre et le cœur

Aujourd’hui, chez Gwen, nous avons 30 minutes pour rédiger un texte qui commence par « L’arbre est devant la maison, un géant dans la lumière d’automne » et se termine par « J’espère que mon cœur tiendra, sans craquelures. »
Et voici mon texte : 
L’arbre est devant la maison, un géant dans la lumière d’automne. Cet arbre où j’ai si souvent joué. Je m’approchais du tronc, je levais la tête vers les plus hautes branches. Avec cet espoir d’un jour d’y grimper. Haut, tout en haut. Dès que la voiture s’arrêtait dans la cour, je me précipitais vers l’arbre. J’entrainais ma sœur dans mes jeux et je  n’écoutais pas ma mère : « ne montez pas trop haut ! Faites attention de ne pas glisser». Mémé arrivait sur le pas de la porte et disait « laissez-les s’amuser un peu ». Ma mère était vexée d’être contredite par sa belle-mère.  Elle ne le montrait pas. Papa, à son habitude, était perdu dans ses pensées.  Un jour d’automne comme celui-ci, ma sœur ne voulait pas monter dans l’arbre « c’est mouillé, je vais me salir ». « Tu n’es qu’une poule mouillée, fifille à ta maman ». Elle me regardait, les larmes aux yeux. Cruel, méchant, je la défiais du regard en chantonnant « poule mouillée, poule mouillée, … ». Elle a enlevé son manteau et l’a plié soigneusement. Elle m’a suivi jusqu’ à la plus haute branche. Nos semelles n’accrochaient pas à la mousse humide, il fallait se tenir. Je ne lui ai pas dit. Quand j’ai entendu son cri et le bruit, c’était trop tard. Ma sœur gisait en bas de l’arbre. Tétanisé, je regardais mes parents et ma grand-mère s’agiter, pleurer auprès de son corps. Il n’y avait plus rien à faire, c’est ce qu’a dit un des pompiers. Je ne suis pas revenu ici depuis deux ans. Mémé ne s’en est pas remise, elle en est morte. Maman ne dit rien, papa non plus. Ils sont morts le jour ou Lise est tombée. J’ai enfermé et  calfeutré tous mes pleurs dans mon cœur.  J’ai 14 ans et je suis un meurtrier. Après l’enterrement de mémé, je partirai. J’espère que mon cœur tiendra, sans craquelures.