samedi 4 juin 2011

André Gardies - Derrières les ponts

Editeur : COMEDIA - Date de parution : Avril 2011 - Nombre de pages : 147

Ce livre a été lu dans le cadre  d’un partenariat avec les agents littéraires.

L'auteur revisite son  enfance dans les années 50. Une enfance en Provence, élevé par l'oncle maternel. A travers de courts chapitres,  il pose son regard sur le monde qui l'entoure.

Ce récit écrit à la troisième personne m’a rappelé les livres de Philippe Delerm. On y retrouve ces détails infimes, ces instants du quotidien captés et immortalisés par les mots. A partir d’un objet ou d’un lieu, l’auteur nous raconte ses souvenirs. Mais ici, le  narrateur porte le poids d’une culpabilité. Le narrateur n’a plus ses parents : sa mère est morte lors de naissance et cinq années plus tard, son père la rejoint.  L’enfant est élevé par un oncle et une tante, il a rejoint une famille et doit y trouver sa place. Dans le contexte des années 50, il s’agit de son enfance qu’il nous faite revivre. Les effluves de la mémoire sont  teintées de nostalgie au charme désuet mais ô combien attachant. Et, il nous fait de ses propres émois. Avec beaucoup de pudeur. L’éveil de l’adolescence  qui s’amorce, les premiers contacts avec le sexe opposé et sa place dans une famille qui devient la sienne. L’écriture est travaillée, riche, très riche. J’ai visualisé chaque scène. Et j’ai un avis mitigé sur ce point. Car l’écriture paraît à force peu naturelle comme si l’auteur avait  tourné et retourné des formulations.

Il s’agit d’une lecture agréable mais qui, je pense, aurait suscité plus d’intérêt de ma part si justement elle était apparue plus intemporelle. Beaucoup d’éléments nous replacent dans les années 50 et aussi, je suis restée insensible à certains souvenirs.
Une lecture en demi-teinte dans l'ensemble.

LES W-C
En dépit de leur appellation et d'un bel euphémisme, les lieux d'aisance, en ce temps-là, étaient toujours inconfortables : réduits obscurs et humides au fond d'une cour, guérite plantée à l'autre bout du jardin, abris précaires aux matériaux hétéroclites, installations sommaires de plein-vent (un trou, deux planches), à quoi il convient d'ajouter les innombrables, les inopinés et souvent ingénieux points de chute que le besoin, l'imagination, la poussée de l'urgence surtout, inventaient subitement au milieu des taillis, dans l'encoignure d'un mur de clôture, au pied d'un talus, derrière un tronc d'arbre ou parmi les hautes herbes, toujours chatouilleuses.
Par un miracle constant, les portes, lorsqu'il y en avait, ne fermaient jamais. Cela donnait naissance à une véritable poétique du bricolage : cordelette que l'on tirait à soi en l'agrippant afin de préserver un équilibre périlleux, clou recourbé faisant office de targette et que concurrençaient les bouts de ficelle usés par le frottement, les chevilles de bois taillé, remplacées bien souvent par de simples bâtonnets ramassés avant d'entrer, la chaînette rouillée dont les anneaux cédaient un à un, ou encore le crochet vissé dans lequel bleuissait l'index. Lorsque le temps, l'usage ou la négligence avait eu raison de toute cette ingéniosité, il ne restait plus, bras tendu, accroupi, en équilibre sur la pointe des orteils, qu'à tirer la porte vers soi, la tenir d'une main crispée tout en guettant les moindres bruits et crier avant qu'il ne soit trop tard : " y a quelqu’un !".

vendredi 3 juin 2011

Thomas Raphaël - La vie commence à 20H10

Éditeur : Flammarion- Date de parution : Juin 2011 - 515 pages hautement addictives !

Sophie avance tant bien que mal, d’ailleurs plutôt mal, dans la rédaction de  sa thèse de français. Elle a écrit en parallèle un roman et essuie encore un refus d'une maison d'édition. Son compagnon Marc enseignant à la faculté de Bordeaux 3 tombe un soir par hasard sur une série diffusée à 20h10 : La vie la vraie. Feuilleton que sa nièce adore. Estomaqué par des incohérences en matière d’histoire, il demande à Sophie d’écrire une lettre à la production.  Sauf que Sophie reçoit un réponse de la part de Joyce Verneuil la productrice de la série qui l’invite à la rencontrer. A partir de ce rendez-vous, Sophie est embauchée en tant que coordinatrice pour La vie la vraie. Quelques mois d’un travail bien rémunéré et  Joyce Verneuil transmettra son roman à une maison d’édition. Impossible d’avouer à Marc ce qu’elle fait, elle décide de mentir. Sa thèse et son neveu lui servent de couverture.…
Avertissement : une fois commencé, impossible de lâcher ce livre !
Qui à 23h00 gloussait  alors que son mari essayait de dormir? Qui a sauté un repas pour continuer sa lecture ? Ce livre a développé chez moi  des symptômes hautement addictifs !
Je me suis régalée  avec  cette lecture ! C’est drôle, frais, vif  et surtout le personnage de Sophie est très attachant. Elle est spontanée, se montre inventive. Très vite,  elle avale ses préjugés sur les auteurs qui écrivent des scenarios pour La vie la vraie. Cette série diffusée quotidiennement  à 20H10 est filmée  à Nice ( toute ressemblance avec  une série télé existante est probablement fortuite !) et j’ai découvert cet univers. Pas besoin d’être une adepte du petit écran car  on decouvre en même temps que Sophie  l’envers du décor et son jargon.  Il y bien plus que le monde de la télé : Sophie pense à son avenir, à sa thèse, à son futur métier d’enseignante. Car si elle accepte dans un premier temps ce travail, sa mère a pesé et son compagon ont pesé dans la balance sans le savoir. La directrice de thèse de Sophie est sa mère et celle-ci lui a joué un sale tour pensant d’abord à sa presdigieuse carrière. Marc  se montre quelquefois hautain envers ce qui est nommé "populaire" et il voudrait que Sophie avance plus vite dans sa fameuse thèse. Pour leur prouver ce qu'elle vaut, Sophie accepte l'offre de Joyce. Comment concilier une double vie entre Bordeaux et Paris ? Marc pense qu'elle étudie à la bibliothèque pour ses recherches mais la production d'une série demande beaucoup de temps.  Je n'en dis pas plus!
Un premier roman maîtrisé, une écriture limpide sans fioriture et aucun temps mort  sur les 500 pages !  Les rebondissements tout à faits plausibles s'enchaînent  à toute vitesse. Je vais titiller juste sur la fin de l'histoire.. mais c'est  tout !
Une lecture plaisir, alors pourquoi s’en priver ?

mercredi 1 juin 2011

Meaghan Delahunt - Le livre rouge

Éditeur : Métailié - Date de parution : Avril 2011 - 281 pages qui laissent sans voix...

Il s’agit d’une lecture qui ne m’a pas laissée indemne et dont je suis ressortie différente … Il faut prendre son temps pour coller au plus près de tout ce qui est dit et de ce qui perle à travers les lignes. Ne pas se presser,  relire certains passages parce qu’ils sont riches de sens ou nous amènent à la réflexion.

Un récit polyphonique où trois personnages se croisent en Inde. Françoise, d’origine Australienne, capte les pensées et les émotions par l’objectif de son appareil photo et les fait ressurgir sur des photos en noir et blanc. Elle est venue dans ce pays pour des recherches sur la catastrophe de Bhopal. Vingt années se sont écoulées depuis que le gaz échappé de l’usine Union Carbide a enveloppé de la mort des milliers d’habitants. Naga, d’origine tibétaine a perdu sa famille dans l’accident, ancien domestique au service d’un riche couple Indien. Et enfin, Arkay venu d’Ecosse, se réfugie dans le bouddhisme et tente de fuir l’alcool. Trois personnages avec un passé, des questions et la recherche du sens de la vie.

Une immersion dans l’Inde avec des allers-retours entre passé et présent de chacun des trois personnages. Au fil des pages, on découvre chacune des histoires avec toujours en toile de fond la catastrophe de Bhopal. Mon regard d’occidentale s’est calqué sur celui de Françoise et j’ai été bousculée, interpellée. Arkay vit avec le spectre d’être un alcoolique comme l’était son père. Pourtant, l’alcool est son compagnon le plus fidèle. Il pense revivre grâce au bouddhisme et décide de se faire moine. Un refuge où il tente d’étouffer son désespoir et sa peur. Et enfin, Naga lui qui a vécu au plus près la tragédie et ses conséquences. L’écriture est limpide, sensorielle et belle. Sans être moralisateur, ce livre nous amène à réfléchir par des personnages terriblement humains sur une vision de deux mondes et de nous même.

Une lecture forte, enrichissante qui m’a beaucoup apportée ! Laissez-vous embarquer…


En 1984, mon grand-père et moi avions donner pour une œuvre caritative. J'avais été émue de cette façon particulière dont seuls les Occidentaux peuvent être émus,submergée par un vague sentiment de culpabilité par procuration.

 
Les billets d'Aifelle ( merci!!!), Cathulu, Dominique, Keiska et Soukee