dimanche 1 avril 2012

Peter May - L'homme de Lewis


Éditeur : Rouergue - Date de parution : Octobre 2011 - 315 pages et une plongée en apnée dans les îles Hébrides ! 

Suite à son divorce, Fin Macleod abandonne son travail de policier et rejoint sa terre natale l’Ile de Lewis. Sur l’ile, un cadavre est retrouvé,  protégé depuis cinquante ans par les tourbières. Les analyses d’ADN démontrent qu’il est un membre de la famille de Tromod Macdonald. Mais, Tromod n’a jamais eu officiellement de frère ou de cousin et il devient le suspect principal. Atteint d’Alzheimer, il s’enfonce dans son passé mais ne dit rien sur ses souvenirs d’enfance et d’adolescence, époque à laquelle a eu lieu l’assassinat de l’homme des tourbières.

Amoureux des landes et des paysages Ecossais, ce livre est pour vous ! Fin est revenu sur l’Ile de Lewis sans projet particulier : retaper la maison de ses parents et s’y installer. Son couple n’a pas survécu à la mort de leur unique enfant. L’Ile de Lewis représente pour lui la quête d’un nouveau départ même s’il ne tarde pas à croiser Marsaili, la fille de Tromod qui était son grand amour de jeunesse.  Lors de  la découverte du cadavre conservé dans les tourbières, il ne peut pas rester les bras croisés. Tromod est impliqué d’une façon ou d’un autre dans ce crime. Fin veut faire la lumière sur ce meurtre et trouver qui est vraiment Tromod.En parallèle de l’enquête, on plonge dans les souvenirs de Tromod. Des souvenirs durs, douloureux qui nous dévoilent l’histoire des "Homers". Ces orphelins de confession catholiques étaient placés dans des familles sur les îles Hébrides et utilisés comme main d’œuvre bon marché. Je n 'en dis pas plus!

Le personnage de Tromod, son histoire, sa confusion  du passé et du présent sont très bien rendus ! L’écriture rend hommage à la cette nature puissante et sauvage avec des descriptions magnifiques. J’ai eu la gorge serrée en découvrant le sort des Homers. Par contre, j’ai trouvé l’enquête en elle-même moins intéressante. Trop de coïncidences à mon goût permettent à Fin de la résoudre.

Chez lui ? Etait-ce vraiment son "chez-lui" maintenant, s’interrogea-t-il. Ce coin de terre ravagé par le vent où diverses factions ennemies, nées de cette religion protestante impitoyable, dominaient la vie de tous. Où hommes et femmes passaient leurs vies à lutter pour réussir à vivre de cette terre, ou la mer, exploités pendant les périodes de crise par les entreprises qui s'installaient puis repartaient quand les subventions étaient épuisées, laissant derrière elle les témoignages délabrés et  rouillés de leur échec.

Et un livre de plus pour la 10ème édition du prix des Lecteurs du Télégramme.


vendredi 30 mars 2012

Kéthévane Davrichewy - Les séparées

Éditeur : Sabine Wespieser - Date de parution :

Alice et Cécile se connaissent depuis le plus jeune âge et sont soudées par une amitié fusionnelle entamée au collège sous la France de Mitterrand. Un peu plus de trente plus tard, cette  amitié possessive, unique s'écrit au passé, enterrée par toutes les deux.

Ce roman alterne des flash-back depuis les années quatre-vingt  et le présent des deux femmes trente ans plus tard. Issues de milieux différents, Alice et Cécile nourrissent leur adolescence de lectures et de musiques. Leur amitié si forte et si précieuse est entière. Devenues quinquagénaires, leur amitié n’aura pas résisté aux lézardes qui se sont formées. Même si comme dans un couple, elles auront tenté de braver les creux en espérant retrouver cette complicité perdue. Il n'y pas une seule  raison qui a provoqué la fin de cette amitié mais l’amoncellement de petites couches empilées de non-dits, de concessions faites et  regrettées, de remords enfouis et de jalousie. Ce qui les liait n'a pas été remplacé par de l'indifférence. Pire, cette  amitié forte tissée sur des années a laissé place à de la rancœur. Le présent est bien loin des jours heureux. Alice est désœuvrée. Elle vient de clore son histoire d'amour qui durait depuis plus de vingt ans tandis que Cécile est plongée dans un coma profond suite à un accident.

Le ciment et les failles de cette amitié se nichent dans une écriture toute en finesse.
Après la mer noire, toujours avec sensibilité,  Kéthévane Davrichewy nous parle du cheminement intérieur de deux jeunes filles devenues des femmes : les espoirs, les pensées  non avouées à l'autre, les rêves, la part du jardin secret que chacun préserve,  les désillusions multiples. Des sentiments complexes ressort une émotion qui est palpable!  Encore une belle lecture qui m'a touchée et qui a réveillé bien des souvenirs sur de nombreux plans…

Cécile était une disparue. Le fait qu'Alice puisse la croiser en chair et en os n'y changeait rien. Le plus difficile était la solitude. Elle avaient été deux. Le moindre détail du quotidien avait été partagé, le dîner des enfants, leurs projets professionnels, les rendez-vous chez le coiffeur, les gens qu'elle voyaient, les films qu'elles voyaient, les livres qu'elles lisaient, leurs relations avec leurs maris. Les pensées d'Alice se heurtaient désormais à l'écho.

De nombreux avis (différents) sur Babelio

jeudi 29 mars 2012

Yasunari Kawabata - Les pissenlits


Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Février 2012 - 246 pages

Ineko atteinte de cécité partielle est confiée à un hôpital psychiatrique. Cette étrange maladie l’empêche de voir des objets ou des parties du corps par moments. Sa mère et son amant Hisano l’y ont laissée et sur le chemin du retour, leur conversation les amène à aborder différents sujets.

Ce livre est un inachevé donc il ne faut pas s‘attendre à y trouver une fin en bon uniforme. Hisano ne peut regretter que la mère d’Ineko est choisi l’hôpital psychiatrique pour la soigner. Rempli de remords, il ne peut s’empêcher de penser qu’il aurait pu l’aider à guérir. Temporairement, certaines parties du corps de son amant deviennent invisibles aux yeux d’Ineko. L’établissement situé loin de la ville est réputé pours ses soins et sa tranquillité. Mais Hisano ne veut pas la laisser immédiatement et il propose à la mère d’Ineko de rester une nuit au village le plus proche. Tous deux parlent de la mort accidentelle du père d’Ineko survenue alors qu’elle était enfant et en sa pérsnece. Cette vision serait-elle à l’origine de sa cécité partielle? Et si le destin avait été autre, quel serait le présent aujourd’hui ? Sur le chemin qui les mène au village, tous deux sont victimes d’hallucinations comme l’avait été le père d’Ineko à la fin de la guerre. Il trouva la vie sauve grâce à la  vision d’une jeune fille. De questions en digressions, Hisano et la mère d’Ineko s’interrogent.

Dans une écriture elliptique qui fait appel aux sens, ce livre est une réflexion sur la mort, la folie et le conséquences des actes accomplis ou non. Si le rythme instaure une forme de tranquillité propice à la réflexion,  j'ai été néanmoins déconcertée par certains passages axés sur la philosophie métaphysique du qui suis-je dans ce monde et pourquoi...