lundi 29 juillet 2013
Jean-Christophe Rufin - Immortelle randonnée, Compostelle malgré moi
Éditeur : Editions Guérin - Date de parution : Mai 2013 - 259 pages qui régalent l'esprit avec un sourire aux lèvres !
Pourquoi se lancer à la conquête du chemin de Compostelle? Jean-Christophe Rufin nous livre sa version où aucun acte de foi, aucune recherche mystique ou de se retrouver n'apparaissent. Parti d'Hendaye, au fil des kilomètres l'académicien s'est transformé en un clochard pouilleux et crasseux en empruntant le Chemin du Nord. Dans ce récit version jacquaire, l'auteur raconte ses plus de huit cent kilomètres de marche avec humour ( les erreurs du novice, sa vision des pèlerins), son Chemin. Et c'est là que ce livre est intéressant car parti sans la raison que les gens justifient pour cette marche, il nous dit : Comment expliquer, à ceux qui ne l'ont pas vécu, que le Chemin a pour effet sinon pour vertu de faire oublier les raisons qui ont amené à s'y engager? A la confusion et à la multitude des pensées qui ont poussé à prendre la route, il substitue la simple évidence de la marche. On est parti, voilà tout.
L'auteur explique les bienfaits de la solitude, de cette marche épuisante qui le cheville au corps et de la transformation intérieure qui s'opère. En découvrant un paysage, il ne me venit pas à l'esprit qu'il pût ressembler à la Corse ni à nul autre lieu que j'aurais connu. Je voyais tout avec avec une fraîcheur éblouissante et j'accueillais la complexité du monde dans un cerveau redevenu aussi simple que celui d'un reptile ou d'un étourneau. J'étais un être nouveau, allégé de sa mémoire, de ses désirs et de ses ambitions. Un Home erectus mais d'une variété particulière : celle qui marche. Minuscule dans l'immensité du Chemin, je n'étais ni moi-même ni un autre, mais seulement une machine à avancer, la plus simple qui se pût concevoir et dont la fin ultime autant que l'existence éphémère consistaient à mettre un pied devant l'autre. Plus tard, on lit :
Cependant, dans ce qui fut pour moi l'apogée mystique du Chemin, j'ai eu le sentiment de voir la réalité se perdre et me permettre d'apercevoir ce qu'il y au-delà d'elle et qui se diffuse en chacun de ses créatures (..). Jamais le monde ne m'avait paru aussi beau. Et c'est ce que je recherche dans la marche : un état de plénitude où l'humilité devant la vie est un cadeau.
Les portraits brossés avec humour, ce même humour qu'il applique à lui-même sont des régals. Un récit qui donne envie d'enfiler son sac à dos et de se lancer sur le Chemin !
Les billets d'A propos de livres, Aifelle, Cuné, Keisha, Mimipinson, Saxaoul
dimanche 28 juillet 2013
Olivia Profizi - Les exigences
Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Mars 2013 - 171 pages et un premier roman fort!
Si je vous dis qu'une jeune femme a tenté de mettre fin à ses jours, vous allez soupirer ( en marmonnant encore un livre pas gai). Si ensuite, je rajoute que Rachel était amoureuse d'un homme d'un soixante d'années Maxence qui l'a initié au sadomasochiste, l'a traitée comme une esclave sexuelle, il y a fort à parier que nous n'allez pas lire les lignes suivantes. Et vous auriez tort ! Alors interdiction formelle de ne pas lire jusqu'au bout ma chronique (je vous surveille... ).
Car malgré ces thèmes difficiles et risqués, Olivia Profizi évite de nombreux écueils et possède une écriture surprenante qui m'a ferrée. Vive, entraînante et qui bouscule les conventions littéraires. Rachel qui se faisait appelée Lucie par Maxence est internée en hôpital psychiatrique après sa tentative de suicide. Sa passion pour Maxence un homme pervers et manipulateur l'a amenée à devenir sa chose. L'hospitalisation est la dernière bouée de sauvetage pour l'aider à sortir du cercle vicieux et à se reconstruire. Le psychiatre lui propose d'écrire un journal. Méfiante et sur ses gardes, Rachel s'y refuse avec une ironie mordante mais elle consigne ces journées à l'hôpital : les visites, les autres patients et son histoire. En alternance, Maxence prend la parole, semant le trouble dans notre esprit. Rachel était-elle victime ou consentante? Maxence artiste peintre raté ayant eu de grandes ambitions confiné à reproduire des copies de chefs-d’œuvre. Maxence et Rachel deux personnalités qui se sont cherchés, deux êtres qui semblaient être dépendants d'un de l'autre. La muse inspiratrice devenue un objet malléable encaissant la violence. Durant quatre mois Rachel écrit, se prête au jeu de l'écriture thérapeutique pour mettre des mots sur cette relation et retrouver la liberté.
Quand commence la violence ? Comment la cerner, quel est le moment où on pose le pied dans un engrenage où l'on ne peut plus faire marche arrière ? Un premier roman très fort qui pourra déstabiliser certains lecteurs. Olivia Profizi parle de la violence sournoise faite aux femmes.
Certains crieront que l’on peut fuir ou s'enfuir. Mais il est difficile de sortir de cette spirale quand on ne sait plus qui l’on, que la confiance en soi ne veut plus rien dire et que l’on existe seulement à travers le regard d’un bourreau. Il faut savoir éviter les jugement hâtifs pour ne pas enfoncer encore plus celles qui souffrent...
A mon réveil ce matin, j'ai compris que j'avais réellement jeté mon corps en pâture aux chiens.J'ai compris que le littérature et les mots de Maxence, la peinture, les studios-photos, les appartements luxueux, des dessous de grandes marques n'étaient que des cache-misères. J'avais peut-être cherché un père en Maxence, mais j'avais aussi cherché un bourreau, quelqu'un qui me conduise à l'abattoir, et cela n'avait rien d'une mise en scène.
Les billets de Céleste,Céline, Jostein
Si je vous dis qu'une jeune femme a tenté de mettre fin à ses jours, vous allez soupirer ( en marmonnant encore un livre pas gai). Si ensuite, je rajoute que Rachel était amoureuse d'un homme d'un soixante d'années Maxence qui l'a initié au sadomasochiste, l'a traitée comme une esclave sexuelle, il y a fort à parier que nous n'allez pas lire les lignes suivantes. Et vous auriez tort ! Alors interdiction formelle de ne pas lire jusqu'au bout ma chronique (je vous surveille... ).
Car malgré ces thèmes difficiles et risqués, Olivia Profizi évite de nombreux écueils et possède une écriture surprenante qui m'a ferrée. Vive, entraînante et qui bouscule les conventions littéraires. Rachel qui se faisait appelée Lucie par Maxence est internée en hôpital psychiatrique après sa tentative de suicide. Sa passion pour Maxence un homme pervers et manipulateur l'a amenée à devenir sa chose. L'hospitalisation est la dernière bouée de sauvetage pour l'aider à sortir du cercle vicieux et à se reconstruire. Le psychiatre lui propose d'écrire un journal. Méfiante et sur ses gardes, Rachel s'y refuse avec une ironie mordante mais elle consigne ces journées à l'hôpital : les visites, les autres patients et son histoire. En alternance, Maxence prend la parole, semant le trouble dans notre esprit. Rachel était-elle victime ou consentante? Maxence artiste peintre raté ayant eu de grandes ambitions confiné à reproduire des copies de chefs-d’œuvre. Maxence et Rachel deux personnalités qui se sont cherchés, deux êtres qui semblaient être dépendants d'un de l'autre. La muse inspiratrice devenue un objet malléable encaissant la violence. Durant quatre mois Rachel écrit, se prête au jeu de l'écriture thérapeutique pour mettre des mots sur cette relation et retrouver la liberté.
Quand commence la violence ? Comment la cerner, quel est le moment où on pose le pied dans un engrenage où l'on ne peut plus faire marche arrière ? Un premier roman très fort qui pourra déstabiliser certains lecteurs. Olivia Profizi parle de la violence sournoise faite aux femmes.
Certains crieront que l’on peut fuir ou s'enfuir. Mais il est difficile de sortir de cette spirale quand on ne sait plus qui l’on, que la confiance en soi ne veut plus rien dire et que l’on existe seulement à travers le regard d’un bourreau. Il faut savoir éviter les jugement hâtifs pour ne pas enfoncer encore plus celles qui souffrent...
A mon réveil ce matin, j'ai compris que j'avais réellement jeté mon corps en pâture aux chiens.J'ai compris que le littérature et les mots de Maxence, la peinture, les studios-photos, les appartements luxueux, des dessous de grandes marques n'étaient que des cache-misères. J'avais peut-être cherché un père en Maxence, mais j'avais aussi cherché un bourreau, quelqu'un qui me conduise à l'abattoir, et cela n'avait rien d'une mise en scène.
Les billets de Céleste,Céline, Jostein
vendredi 26 juillet 2013
Sébastien Berlendis - Une dernière fois la nuit
Éditeur : Stock - Date de parution : Février 2013 - 91 pages et un texte cruellement beau ...
Il ne faudrait pas croire et surtout commettre l'erreur de lire rapidement ce livre vu le nombre de pages. Ce serait passer à côté de tout ce qui perle entre ces lignes et de la quintessence des phrases.
Histoire d'un homme et "d'un corps qui tousse. Qui s'essouffle et s'asphyxie", le narrateur est un jeune homme atteint d'asthme sévère. Son enfance et son adolescence sont des voyages entre la maison familiale à Bracca, les termes de San Pelligrino, les hôpitaux et le sanatorium. Il y la peur insidieuse de mourir quand les crises sont fortes " je suis en proie à la panique, celle d'une souffrance qui n'est plus maîtrisée de l'intérieur". " Je me demande combien de temps ça prend un coeur qui cesse de battre". Rares sont les moments où la maladie lui laisse du répit. Soldat toujours sur le qui-vive, médecins armés mais impuissants. A dix-sept ans, il rencontre Simona, une belle au souffle court et la rage de vivre l'amour intensément car rien ne dure.
Premier roman à l'écriture minimaliste qui n'est pas rappeler Jeanne Benameur et la précision des mots choisis.
Un texte fort, cruellement beau dont le rythme épouse celui du récit et m'a laissée sonnée, ébahie.
Je pourrais vous citer des paragraphes ou d'autres phrases comme " mon corps me condamne à des pensées à court terme" tant elle sont nombreuses ! La dernière page est déchirante...
Une lecture dont on en ne peut pas sortir indemne !
Les billets de Jérôme ( le tentateur), Le carré jaune, Noukette.
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