mercredi 30 octobre 2013

Jean-François Beauchemin - Le jour des corneilles


Éditeur : Phebus - Collection Libretto- Date de parution : Août 2013 (date de première parution : 2004)- 174 pages surprenantes et terriblement attachantes! 

Le père Courge et son fil vivent dans la forêt depuis toujours à l'écart du village. Sa femme est morte en donnant naissance à leur enfant et c'est son père qui l'élève.  Le père un homme robuste et  solide l'abandonne le premier jour pour finalement le nourrir du lait d'une femelle hérisson morte. Le fils grandit sous les ordres de son père qui  lui confie des tâches ingrates et lui inflige des punitions extrêmes.

Quand on ouvre ce livre, les mots nous sautent à la figure. Un mélange de vieux français, de mots qui s'entrechoquent par leur sonorités inattendues ou déploient une certaine élégance dans une simplicité qui touche l'esprit et le coeur. S'il est impossible de savoir exactement quand l'histoire se déroule, au fur et à mesure des pages une indication révèle que nous ne sommes pas dans des temps si reculés. Le fils voue à son père un amour et de l'admiration car il  est capable de lire les étoile dans le ciel mais une question le hante "m’aime-t-il seulement ?". De plus son père a la visite "dans le casque" de gens étranges. Cette folie va en grandissant n'épargnant pas le fils. Le fils lui reçoit la visite des "maccabées" comme sa mère. Tous deux évoluent dans un monde peuplé d'animaux où vie et mort sont omniprésentes.

Ce récit raconté par le fils s'adresse à un tribunal donc nous savons pertinemment qu'un drame a eu lieu. Un livre OVNI attachant, surprenant et dont la fin est un uppercut ! Tendre, poétique, dur et malgré tout tellement humain : surtout ne passez pas à côté de ce livre ! 

Non, amour ne doit pas être invisible, non plus qu'immatériel. Quoi, amour serait comme vapeurs, comme riens, intouchable et introuvable ? Je ne peux m'y résoudre. Je dis : amour est comme nous-mêmes, bâti de chairs et de substances flagrantes et observables. Mais peut-être aussi notre oeil lui-même est-il par trop aveugle, et incompétent à saisir matière aussi fuyante. Voilà pourquoi je me questionnais tant : père m'aimait-il, m'aimait-il seulement ?

Les billets de Cathulu, Elela

mardi 29 octobre 2013

Rencontre avec Paul Bloas autour des Saigneurs

Il y a une semaine, j’ai eu la chance de rencontrer Paul Bloas et de lui poser quelques questions. Je ne parle jamais de peinture sur ce blog mais les géants de Paul Bloas m’ont toujours fascinée. Des géants éphémères peints sur du papier qui est ensuite collé sur un mur. Autant de découvertes qui m’émeuvent ou dans lesquels je puise une force, une sérénité. Ces géants font désormais partie de ma vie.

Copyright Paul Bloas - Reproduction interdite


Vous avez été à New-York, Berlin, Beyrouth, Bordeaux, Belgrade, Barcelone, Paris et bien d'autres villes,   comment vous choisissez les lieux ? 
Ca peut être des commandes parfois des envies personnelles. Quand ce sont des commandes, on me donne carte blanche. Quand ce sont des envies personnelles, c’est que j’ai déjà une idée en tête.

C’est le cadre qui vous inspire comme au plateau des capucins à Brest ?
Oui car je voulais travailler sur la mémoire ouvrière.

Copyright Paul Bloas - Reproduction interdite


Vous êtes un homme engagé ?
A partir du moment que vous travaillez dans le milieu urbain, il y a une forme d’engagement généralement.

Comment vous est venu cette idée de peindre ces grands personnages?
Quand j’étais étudiant aux Beaux-Arts, je peignais déjà des personnages de 5 mètres de haut. Le travail de certains artistes m’intéressait aussi. Mon premier personnage était sur le pont de l’Harteloire, les voitures passaient rapidement et les gens devaient être interpellés par le personnage donc le monumental s’imposait.

Vous êtes un électron libre dans le monde de l’Art ?
Oui, je pense. J’ai la chance de vivre de mon travail car je vends mes études préparatoires. Une grande majorité de mon travail se situe dans le milieu urbain et est destiné à la destruction.

Comment vous vient l’idée de vos personnages ? D’ailleurs, ils sont majoritairement masculins y a-t-il une raison ?
La femme est la plus représentée en peinture. J’ai une certaine pudeur à déformer une femme. Nous sommes dans une société où la représentation de la femme est « surveillée ». On voit toujours des pin-up, des femmes de 30 ans et belles. Je ne me le permettrai pas car sinon on m’affublerait de caractère machiste ou misogyne…Le public qui aime mon travail est essentiellement féminin car je n’hésite pas à déformer les hommes pour montrer leur fragilité. Quand je représente un homme c’est un caractère général. En l’occurrence pour moi c’est plus facile pour moi de faire d’une droite une courbe.

Est-ce que la littérature vous inspire ?
Oui, les écrits de Jean Genet qui est pour moi est un des plus grands auteurs du 20 ième siècle, c'est un magicien des mots. Je lis plusieurs bouquins à la fois mais je ne suis un très grand lecteur. En ce moment je lis le chant du bourreau de Norman Mailer.

Quel sera votre projet après l’exposition des saigneurs ?
En 2014, ce sera les 30 ans de mes personnages. Mon premier été collé en juin 2084 sur le pont de l’Harteloire. Je pense qu’il y aura quelque chose d’organisé.

 A Brest ?
Non, car personne de Brest m’a fait de proposition

 Non ???? 
(Message de ma part à François Cuillandre, maire de Brest : Paul Bloas est brestois et pour l'anniversaire de ses personnages, la ville ne fait rien? Tout fout le camp !)
Je suis train de travailler sur la suite que j’avais effectué dans la prison de Pontaniou à Brest en 1990.


Copyright Paul Bloas - Reproduction interdite

Copyright Paul Bloas - Reproduction interdite


Pendant deux mois vous êtes resté dans la prison coupé de tout ?
Ca a été éprouvant car j’ai fait pas mal de cauchemars par la suite mais je n’avais pas le choix car il faut s’imprégner du lieu. A Madagascar, tous les jours j’étais en repérage, j’observais les gens dans la rue.


Copyright Paul Bloas - Reproduction interdite
Copyright Paul Boas - Reproduction interdite
Quand j’ai travaillé à Valenciennes avec Jean-Bernard Pouy sur la précarité, j’ai passé énormément de temps à discuter avec des gens dans cette situation.
Je veux m’approcher du plus près de la réalité pour rendre sensible mes sujets.

Toutes ces photos sont issues du livre les Saigneurs paru aux Editions Dialogues en  Octobre 2013. Ce livre est une rétrospective de son travail depuis 1984 et il permet d'admirer ce qu'il a produit, ce qui l'anime, comment il procède.  174 pages splendides  ! 

Si toute émue que j'étais lors de  cette rencontre, j'ai oublié de prendre une photo de Paul Bloas, je n'ai pas oublié de faire dédicacer mon livre : 




Le site de Paul Bloas.
L'exposition Les Saigneurs se déroule du 3 octobre au 7 décembre 2013 à Saint Gratien (95).

Un grand, grand merci à Paul Bloas que j'admire et qui m'a consacrée de son temps et à Laure-Anne de Dialogues d'avoir permis cette rencontre.

lundi 28 octobre 2013

Serge Bramly - Arrête, Arrête


Éditeur : Nil - Date de parution : Août 2013 - 118 pages remplies d'humanité !

Après seize passées passées en prison pour meurtre, Vincent sexagénaire en liberté conditionnelle à Nantes coupe son bracelet électronique. C'est l'incompréhension de la part de la police, lui qui était devenu un détenu modèle et s'occupait de la bibliothèque. Il est parti à Paris voir sa fille pour lui dire adieu. Son frère médecin mis au courant par la police ne comprend pas lui non plus. Car non rien dans ses lettres ne laissait présager cet acte.

Vincent se promène sur les Champs Elysées puis va dans un club échangiste, un endroit où il a trempé dans les affaires. Il se mêle à la clientèle et se retrouve assis à coté d'une femme. Anne-Gisèle mal à l'aise cherche la conversation. Mais pour Vincent l'urgence est autre.
 Tout au long de la lecture, on n'a qu'une question en tête : pourquoi ? Tout comme le frère de Vincent qui en majeure partie raconte le récit. Sa femme qui n'a jamais aimé ce frère source de problèmes et de honte ne le soutient pas. Des chapitres courts, des scènes brossées avec une acuité qui fait ressortit toujours le temps compté. Le temps qu'il reste à Vincent avant d'être arrêté. Justement Anne-Gisèle, cette femme paumée veut lui en offrir. Une nuit, une pause dans sa cavale pour vivre le temps présent. Sans le chercher, Vincent retrouve l'amour et le prend. Mais la réalité d'une vie avec un compte à rebours le rattrape et au matin il repart.

Quand on découvre le pourquoi, on comprend le geste de de Vincent.
Que d'émotions dans ce roman où tous les personnages sont attachants! Vincent qui aime écrire de la poésie, son frère habité par l'amour et la peur, Anne-Gisèle qui n'a aucun préjugé.

Serge Bramly possède l'art de dépeindre des atmosphères, de nous y plonger très vite. Un roman d'une grande humanité qui laisse entrevoir la possibilité de renaître comme le goût retrouvé de la liberté !

Pour des raisons de cohérence et de linéarité, s'apercevrait-il, la pensée écrite n'égalera jamais la richesse débridée de la pensée naturelle.

Les billets de Cachou , Mille&unepages,  StéphanieYv.

Une lecture dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire organisés par PriceMinister.