Éditeur : Stock - Date de parution : Janvier 2015 - 157 pages qui vont directement au cœur...
En Israël, près du lac de lac de Tibériade et de Beit Zera, Stépan un homme âgé a pour seule compagnie sa chienne gagnée par la vieillesse. Tous les jours, il fabrique des boites en carton que son ami Samuelson lui achète. Et tous les jours, il écrit à son fils Yankel qui a fui le pays et qui vit désormais loin.
Un soir, près des arbres, il aperçoit un jeune garçon. Stépan l'ignore mais Amghar revient. Peu bavard comme Stépan, le jeune Arabe vient de Beit Zera à plus d'une heure de marche. Il aime s'occuper de la chienne et Stépan l'autorise à la promener. Et le vieil homme attend chaque soir sa venue.
Une fois par mois, Samuelson vient chercher ses boîtes et rapporte à Stépan ce qu'il a besoin. L'occasion pour des deux amis de passer la soirée à boire et de se rappeler leur jeunesse à Jaffa quand ils contrôlaient les Palestiniens aux postes-frontières.
Avec une écriture épurée où chaque mot sonne juste, l'auteur installe une ambiance. Et comme si le temps était suspendu à la météo et aux vols des oiseaux, on découvre l'histoire des personnages de ce huis clos. Si la solitude, le silence, le manque de communication les lient, le conflit israélo-palestinien a façonné leurs vies. Un conflit jamais évoqué directement mais qui apparaît par petites touches.
Stépan veut abréger les souffrances de sa chienne. Il lui faut se donner du courage et trouver le moment qui conviendra. Mais ce choix difficile n'est pas le premier qu'il doit effectuer dans sa vie tout en sachant qu'il en souffrira.
En à peine 160 pages, Hubert Mingarelli nous parle de solitude, de l'amour d'un père pour son fils, de vies marquées à jamais par un conflit. Sans juger mais avec une vraie tendresse pour ses personnages et de la pudeur, l'auteur nous livre un roman qui va droit au cœur !
Stépan l'écoutait et sa tête lui tournait, parce que ces mots qui lui entraient dans le coeur étaient les siens. C'étaient ses propres mots prononcés à voix haute qu'il entendait de la bouche même de son fils, tandis que l'ampoule au-dessus d'eux se balançait. (....) Yankel parlait bas, et ses mains toujours dans celles de son père étaient comme eux animaux peureux. Il murmurait, mais sa voix vibrait. Voilà ce qu'il murmurait et que Stépan savait déjà : il s'endormait chaque soir avec tous ceux qu'il avait arrêtés et fouillés, dans la rue, aux barrages. Il emportait dans son sommeil leurs regards indiciblement vides, dissimulant leur haine. Et au réveil il avait peur de tous ces hommes et les haïssait comme eux le haïssaient.
Le billet de Margotte
Lu de cet auteur : Un repas en hiver
samedi 31 janvier 2015
vendredi 30 janvier 2015
Jean-Luc Seigle - Je vous écris dans le noir
Éditeur : Flammarion - Date de parution : Janvier 2015 - 234 pages poignantes lues en apnée !
1953, Pauline Dubuisson vingt-quatre ans est la première femme à être condamnée à la peine de mort pour avoir tué son ex-fiancé, étudiant en médecine comme elle, trois ans plus tôt. Une affaire judiciaire qui a inspiré à Clouzot le film "La vérité "avec comme interprète Brigitte Bardot. Libérée après neuf années de prison et portant désormais un autre nom, elle va voir le film avec l'espoir "que la vérité justement serait enfin entendue, non pas la vérité qui disculpe, mais celle qui ne condamne pas toujours". Anéantie après la séance, elle quitte la France pour le Maroc et "c'est ici que commence le livre" de Jean-Luc Seigle.
L'auteur se glisse dans la peau de Pauline Dubuisson et lui donne la parole. Il revient sur l'enfance de cette benjamine d'une fratrie de quatre enfants et seule fille qui vénère son père. Un père qui se suicidera le lendemain de son arrestation. Arrive la fin de l'enfance et la Seconde Guerre mondiale : deux de ses frères sont tués, sa mère séquestrée par la douleur. Renvoyée de l'école, elle travaille à seize ans en tant qu'infirmière et apprend des aspects de la médecine dans un hôpital sous tutelle allemande. Il s'agit d'un projet initié par son père non pour sa fille mais pour son épouse.
Alors qu'enfin elle va entamer les études dont elle rêve depuis toujours, son destin bascule une première fois en quelques jours. Elle sera battue, tondue, violée collectivement à la Libération pour avoir eu une aventure avec le médecin allemand.
A la Faculté de Médecine elle rencontre Félix Bailly fils de bonne famille. Ils s'aiment et elle lui dit la vérité. Elle le dégoûte, il l'insulte et ne veut plus d'elle : c'en est trop pour Pauline.
Jean-Luc Seigle sonde la relation qu'entretenait Pauline avec son père. Une figure paternelle semblable à un pivot pour Pauline qui lui obéissait et l'adorait. Mais ce père possédait une personnalité bien plus complexe qu'il n'y paraît au premier abord. Et très justement, tout au long de ce livre, la modification des sentiments ou les réflexions de Pauline envers ses parents sont explorées.
Le procès où elle s'emmure dans un silence, son crime passionnel, ses années de prison sont racontés par la voix de Pauline.
Et il s'agit du portrait d'une jeune fille brillante, passionnée, intelligente dont la vie fut souillée à de nombreuses reprises qui nous est dépeint. Le Maroc était un pays où enfin elle pouvait espérer être tranquille mais l'amour en décidera autrement sous les traits de Jean. Au lieu de lui mentir, elle préfèrera une fois de plus la vérité et au final la mort. "Voilà. J'y suis. Je peux maintenant finir le travail du tribunal des libérateurs et me libérer. J'ai trente-quatre ans, je reconnais tous mes crimes et toutes mes erreurs, et en mon âme et conscience je me condamne à cette mort à laquelle j'avais cru échapper, surtout ces dernières années où j'ai commencé à croire à cette renaissance possible de tout. Je meurs comme dans le film."
Un livre poignant que j'ai lu en apnée. J'ai été happée, j'ai ressenti de l'empathie, j'ai été indignée, j'ai été bousculée, j'ai voulu crier ma colère mais sans à aucun moment juger Pauline Dubuisson ...
Une lecture dont on ne sort pas indemne !
Lu de cet auteur le très beau En vieillissant les hommes pleurent
1953, Pauline Dubuisson vingt-quatre ans est la première femme à être condamnée à la peine de mort pour avoir tué son ex-fiancé, étudiant en médecine comme elle, trois ans plus tôt. Une affaire judiciaire qui a inspiré à Clouzot le film "La vérité "avec comme interprète Brigitte Bardot. Libérée après neuf années de prison et portant désormais un autre nom, elle va voir le film avec l'espoir "que la vérité justement serait enfin entendue, non pas la vérité qui disculpe, mais celle qui ne condamne pas toujours". Anéantie après la séance, elle quitte la France pour le Maroc et "c'est ici que commence le livre" de Jean-Luc Seigle.
L'auteur se glisse dans la peau de Pauline Dubuisson et lui donne la parole. Il revient sur l'enfance de cette benjamine d'une fratrie de quatre enfants et seule fille qui vénère son père. Un père qui se suicidera le lendemain de son arrestation. Arrive la fin de l'enfance et la Seconde Guerre mondiale : deux de ses frères sont tués, sa mère séquestrée par la douleur. Renvoyée de l'école, elle travaille à seize ans en tant qu'infirmière et apprend des aspects de la médecine dans un hôpital sous tutelle allemande. Il s'agit d'un projet initié par son père non pour sa fille mais pour son épouse.
Alors qu'enfin elle va entamer les études dont elle rêve depuis toujours, son destin bascule une première fois en quelques jours. Elle sera battue, tondue, violée collectivement à la Libération pour avoir eu une aventure avec le médecin allemand.
A la Faculté de Médecine elle rencontre Félix Bailly fils de bonne famille. Ils s'aiment et elle lui dit la vérité. Elle le dégoûte, il l'insulte et ne veut plus d'elle : c'en est trop pour Pauline.
Jean-Luc Seigle sonde la relation qu'entretenait Pauline avec son père. Une figure paternelle semblable à un pivot pour Pauline qui lui obéissait et l'adorait. Mais ce père possédait une personnalité bien plus complexe qu'il n'y paraît au premier abord. Et très justement, tout au long de ce livre, la modification des sentiments ou les réflexions de Pauline envers ses parents sont explorées.
Le procès où elle s'emmure dans un silence, son crime passionnel, ses années de prison sont racontés par la voix de Pauline.
Et il s'agit du portrait d'une jeune fille brillante, passionnée, intelligente dont la vie fut souillée à de nombreuses reprises qui nous est dépeint. Le Maroc était un pays où enfin elle pouvait espérer être tranquille mais l'amour en décidera autrement sous les traits de Jean. Au lieu de lui mentir, elle préfèrera une fois de plus la vérité et au final la mort. "Voilà. J'y suis. Je peux maintenant finir le travail du tribunal des libérateurs et me libérer. J'ai trente-quatre ans, je reconnais tous mes crimes et toutes mes erreurs, et en mon âme et conscience je me condamne à cette mort à laquelle j'avais cru échapper, surtout ces dernières années où j'ai commencé à croire à cette renaissance possible de tout. Je meurs comme dans le film."
Un livre poignant que j'ai lu en apnée. J'ai été happée, j'ai ressenti de l'empathie, j'ai été indignée, j'ai été bousculée, j'ai voulu crier ma colère mais sans à aucun moment juger Pauline Dubuisson ...
Une lecture dont on ne sort pas indemne !
Lu de cet auteur le très beau En vieillissant les hommes pleurent
lundi 26 janvier 2015
Peter Ackroyd - Trois frères
Éditeur : Philippe Rey - Traduit de l'anglais par Bernard Turle - Date de parution : Janvier 2015 - 283 pages et un avis très mitigé...
Harry, Daniel et Sam Hanway sont nés le même jour à un an d’intervalle. Nous sommes dans les années d'après-guerre à Londres, la famille vit (ou vivote) dans dans un quartier populaire. Le père travaille la nuit et sans crier gare, leur mère disparaît un beau jour. Les trois frères sont soudés, et ils ne parlent jamais du départ de leur mère.
Harry et Daniel veulent quitter rapidement le quartier où ils vivent et dont ils ont honte. Harry attiré par le journalisme commence au bas de l'échelle dans ce milieu. Mais très vite il montre des aptitudes. Le timide Daniel poursuit des études de lettres à la faculté et seul Sam reste reste avec leur père. Sans aucune ambition et sans avoir envie de travailler, c'est un rêveur qui finit pas rencontrer leur mère. Les trois frères ne se voient plus et ne cherchent pas à renouer contact. Harry est devenu journaliste, Daniel professeur à Cambridge et Sam travaille pour un propriétaire qui n'est pas étouffé par les scrupules. Sans le savoir, ils vont côtoyer ou s'intéresser de près ou de loin, pour affaires ou pour raisons personnelles, à des mêmes personnes dont certaines ne sont pas forcément recommandables. Argent sale, pots de vin et corruption sont au rendez-vous.
Si au départ de ce livre, j'ai trouvé que l'auteur nous détaillait les personnages et leurs personnalités, j'ai eu l'impression ensuite que les combines et les escroqueries laissaient peu de place à Harry, Daniel et Sam qui perdaient en densité. Honnêtement, j'ai pratiquement failli décrocher malgré une certaine causticité.
Et même si dans le dernier quart du livre Peter Ackroyd replace en première ligne la destinée des frères Hanway (avec une fin dramatique) ça n'a pas été suffisant pour moi...
Le billet de Keisha
Harry, Daniel et Sam Hanway sont nés le même jour à un an d’intervalle. Nous sommes dans les années d'après-guerre à Londres, la famille vit (ou vivote) dans dans un quartier populaire. Le père travaille la nuit et sans crier gare, leur mère disparaît un beau jour. Les trois frères sont soudés, et ils ne parlent jamais du départ de leur mère.
Harry et Daniel veulent quitter rapidement le quartier où ils vivent et dont ils ont honte. Harry attiré par le journalisme commence au bas de l'échelle dans ce milieu. Mais très vite il montre des aptitudes. Le timide Daniel poursuit des études de lettres à la faculté et seul Sam reste reste avec leur père. Sans aucune ambition et sans avoir envie de travailler, c'est un rêveur qui finit pas rencontrer leur mère. Les trois frères ne se voient plus et ne cherchent pas à renouer contact. Harry est devenu journaliste, Daniel professeur à Cambridge et Sam travaille pour un propriétaire qui n'est pas étouffé par les scrupules. Sans le savoir, ils vont côtoyer ou s'intéresser de près ou de loin, pour affaires ou pour raisons personnelles, à des mêmes personnes dont certaines ne sont pas forcément recommandables. Argent sale, pots de vin et corruption sont au rendez-vous.
Si au départ de ce livre, j'ai trouvé que l'auteur nous détaillait les personnages et leurs personnalités, j'ai eu l'impression ensuite que les combines et les escroqueries laissaient peu de place à Harry, Daniel et Sam qui perdaient en densité. Honnêtement, j'ai pratiquement failli décrocher malgré une certaine causticité.
Et même si dans le dernier quart du livre Peter Ackroyd replace en première ligne la destinée des frères Hanway (avec une fin dramatique) ça n'a pas été suffisant pour moi...
Le billet de Keisha
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