jeudi 31 décembre 2015

Delphine de Vigan - D'après une histoire vraie

Editeur : JC Lattès - Date de parution : Août 2015 - 479 pages qu'on ne lâche pas !

Après le succès et les retombées de Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan connaît l’angoisse de la page blanche. Au cours d’une soirée, elle fait la connaissance de L. une femme qui semble sûre d’elle contrairement à l’auteure qui est vulnérable. Les deux femmes deviennent amies : L. est à l’écoute, aux petits soins. Mais elle est aussi possessive et elle ne veut être que sa seule amie. Elle tisse sa toile autour de l’auteure jusqu‘à devenir indispensable. Et elle se montre très intéressée par ce que l’auteure projette d’écrire. Selon elle, la fiction n’intéresse pas les lecteurs seul le vécu vaut la peine d’être raconté. Elle insiste, revient à la charge.

En distillant des éléments personnels, on se dit que Delphine de Vigan nous raconte sa vie. On pourrait penser que l’auteure a fait pénétrer sans le vouloir le loup dans la bergerie mais il y a bien plus. Car ce livre prend un autre tournant totalement inattendu.
Aussi addictif qu’un très bon thriller, très bien mené, avec des réflexions sur l'écriture, la fiction et la réalité, Delphine de Vigan nous bluffe entièrement et totalement sur toute la ligne ! Un livre qu’on ne lâche pas, vous êtes prévenus. 

Mais toute écriture de soi est est un roman.Le récit est une illusion. Il n'existe pas. Aucun livre ne devrait porter être autorisé à porter cette mention.

Et j'ai eu l'immense chance de rencontrer Delphine de Vigan et de discuter avec elle à la librairie Dialogues  quand elle est venue parler de ce livre. Un grand bonheur de 2015 !

Lu de cette auteure :  Les Jolis Garçons - Les heures souterraines - No et moi - Rien ne s'oppose à la nuit


mercredi 30 décembre 2015

Ian McEwan - L'intérêt de l'enfant

Editeur : Gallimard - Traduit de l'anglais par France Camus-Pichon - Date de parution : Octobre 2015 - 221 pages lus en apnée totale !

A presque soixante ans, Fiona Maye est une magistrate brillante, une juge aux affaires familiale admirée et respectée par ses confrères. Elle a consacré beaucoup de temps et d'énergie à sa carrière pour être nommée à ce poste. Mariée à Jack, elle avait sans cesse décaler par le passé la période pour avoir un enfant car elle s'est toujours sentie mariée également au droit et à la justice. Les années ont passé et le temps de devenir mère est devenu impossible. Son mariage bat de l'aile mais Fiona s'investit toujours autant dans son travail avec une seule idée à l'esprit : l'intérêt de l'enfant. "L'intérêt de l'enfant ne se mesure pas en termes purement financier, et ne se résume pas au confort matériel. Elle l'envisagerait donc d'un point de vue le plus large possible. L'intérêt de l'enfant, son bonheur, son bien-être devaient se conformer aux concepts philosophie de la vie bonne. Elle énumérait quelques ingrédients pertinents, quelques buts vers lesquels l'enfant pouvait tendre en grandissant. L'indépendance intellectuelle et financière, intégrité, la compassion et l'altruisme, un travail gratifiant par le degré d'implications requis, un vaste réseau d'amitiés, L'obtention de l'estime d'autrui, les efforts pour donner un sens à son existence, et la présence au centre de celle-ci d'une relation significative, ou d'un petit nombre d'entre elles, reposant avant tout sur l'amour."

Il y a des affaires simples mais également des cas plus complexes qui l'ont marquée comme celle de parents catholiques qui refusaient au nom de leur religion l'opération de leurs bébés siamois destinés à mourir tous les deux sans intervention médicale. Après avoir posé et quantifié dans la balance tous les facteurs, Fiona a jugé que l'opération était nécessaire afin que l'un des deux bébés puisse vivre. Une nouvelle affaire lui est soumise en urgence par des médecins d'un hôpital. Adam Henry, un adolescent de dix-sept ans et neuf mois, atteint de leucémie risque de mourir. Comme ses parents, il est témoin de Jéhovah et ne peut accepter à cause de des croyances une transfusion sanguine qui avec le traitement médical associé lui sauverait la vie. (" la liberté de choisir un traitement médical est un droit fondamental pour tout adulte"). Fiona décide de se rendre à l'hôpital et de rencontrer Adam avant de rendre son verdict. Brillant élève, intelligent, sensible et poète, Adam se montre déterminé dans son choix " Je suis un individu à part entière. Une personne distincte de mes parents. Quelle que soit leur opinion, je décide par moi-même."

Fiona va prendre une décision pour l'intérêt d'Adam, une décision qui concerne son futur immédiat "j'ai jugé que la vie de A. était plus précieuse que sa dignité."
L'histoire pourrait s'arrêter là mais il n'en est rien. Car les vie d'Adam et de Fiona vont être bouleversées, la décision rendue par Fiona aura des conséquences pour eux deux. Ian McEwan nous dresse le portrait d'une femme qui semble forte mais rendue sensible sous sa carapace de juge par des affaires qui se sont ancrées à jamais dans son esprit.

Les dernières pages sont tout simplement terribles (je n'en dirai pas plus) et mes yeux ont hébergé des poissons d'eau. Un roman mené brillamment qui nous interroge sur cette notion de l'intérêt de l'enfant par la justice avec les contextes familiaux, religieux, culturels.
Un livre qui m'a plus que touchée et que j'ai lu en apnée totale avec une grosse boule d'émotions à travers la gorge !
Et juste cette citation qui en dit long : "L'intérêt d'un enfant, son bien-être, tenait au lien social. Aucun adolescent est une île. Elle croyait que ses responsabilités s'arrêtaient aux murs de la salle d'audience. Mais comment auraient-elles pu s'arrêter là ?."

Et une dernière citation : Faire pitié signifiait en quelque sorte votre mort sociale.

Les billets d'Alex, Cathulu, Cuné, Dominique, Jérôme, Laure,

Lu de cet auteur : Délire d'amour - Expiation - L'enfant volé - Opération Sweet Tooth - Sur la plage de Chesil

lundi 28 décembre 2015

Liz Nugent - Oliver ou la fabrique d'un manipulateur

Editeur : Denoël- Date de parution : Septembre 2015 - Traduit de l’anglais (Irlande) par Edith Soonckindt - 242 pages addictives ! 

Il la tape puis sort faire un tour et boire dans un bar. Il revient, elle dit qu'elle sait tout de lui. Il la frappe à nouveau très fort et elle sombre dans le coma.
Oliver Ryan est un auteur à succès de livres pour enfants. Sa femme Alice les illustre et tous deux forment un couple sans histoire et sans problème. Mais les apparences peuvent être trompeuses quand un des deux a menti depuis très longtemps. C'est ce qu'Oliver a fait depuis toujours et envers tout le monde. Il s'est fabriqué une image mais Alice sa femme va découvrir qui il est et bien pire encore. 

Plusieurs personnages prennent la parole ainsi qu'Oliver lui-même, et on remonte le temps jusqu'à l'enfance d'Oliver. Et chacun raconte. Comment il a rencontré Oliver, sa personnalité mais personne ne comprend pourquoi il a été aussi violent envers Alice. Si  les différents témoignages ne nous permettent pas de savoir qui est véritablement Oliver, on se rend compte qu'il n'était jamais franc. Mais en tant que lecteur on est loin, très loin de s'imaginer la sordide réalité.

Ce polar très psychologique se déroule en Irlande mais il nous fait voyager également en France. Implacable, hyper bien mené, on tourne les pages avec frénésie car Liz Nugent sait nous ferrer dès le départ. Et quand une une partie de la lumière apparaît ou se dessine, elle est odieuse. Oliver est un manipulateur, un caméléon, un être égoïste, perfide et sans scrupule. Le fin mot de l'histoire lui m'a laissé abasourdie. Un polar hautement addictif ! 

Le billet tentateur de Cuné