jeudi 5 mai 2011

Jeanne Benameur - Les insurrections singulières

Éditeur : Actes sud - Date de parution : Janvier 2011 - 198 pages

Antoine, la quarantaine, est ouvrier à l’usine. Mais être ouvrier, c’est également adosser un statut, un carcan dans lequel on  vous enferme. Antoine sort d’une rupture amoureuse et se cherche.  Son ancienne compagne était prof de lettres. Pour elle, il  s’était créé un double. Ecrire des phrases, des slogans pour les syndicats. Tenir haut le verbe, revendiquer et se battre contre la machine de la mondialisation. Mot qui sonne avec délocalisation. Leur emplois, leur savoir faire : oubliés au profit de la rentabilité.  Car l’usine va délocaliser  au Brésil. Pour comprendre et se construire,  Antoine va se rendre sur place.
En premier lieu, je tiens à remercier Jeanne Benameur pour ce livre. Pour s’être fait, à sa manière,  le porte-parole d’ouvriers. Des personnes qui travaillent le plus souvent pour un SMIC et à la chaîne. Des personnes souvent regardées hautainement et dont on ne soucie guère. Car travailler à l’usine, est souvent assimilé à un manque d’études. Et dans l’esprit étroit de certains aux têtes bien pensantes, qui dit "pas d’études" dit inculture ou manque de volonté (avec mépris). Ce type  raisonnement me soulève le cœur. Mais bon,  je m’égare et je termine là mon aparté...
Jeanne Benameur avec ce livre colle à une actualité et à une réalité. Celle du monde du travail, un monde où le profit et la rentabilité sont les maîtres des décisions.  Antoine est devenu ouvrier. Un peu par hasard, un  travail alimentaire comme il en existe d’autres. A quarante ans, sa vie est vide.  Vide de sens et vide d’amour. L’usine va délocaliser. Et ce sont autant de questions pour les ouvriers. Comment vont ils faire ? Pourquoi leur prend-t’on leur travail ? de quel droit ? Antoine se refuse d’accepter cette situation. Mais à sa façon. En partant au Brésil là où son travail sera effectué par quelqu’un d’autre. Accompagné d’un bouquiniste, ce voyage est sa bouée de sauvetage pour se raccrocher à la vie.
Jeanne Benameur tel un archer touche sa cible. En peu de mots, toujours très justes, elle nous amène à réagir et à réfléchir comme si ce livre était destiné à chacun d’entre nous.  Et il s’agit d’une multitude de sentiments qui y sont dépeints, de cris aigus ou sourds empreints de peur ou de détresse.
Une fois de plus, j’ai savouré l’écriture de Jeanne Benameur, son désir de creuser au plus profond de l’être humain. De sonder nos peurs, nos questionnements sur la vie et le sens qu’on veut ou qu'on tente de lui donner. Avec les obligations d'un contexte social et économique.  
J’ai lu  ce livre  en apnée mais je dois avouer que la fin m’a déçue. Une fin  qui selon moi ne s’accorde pas avec le reste de ce roman.
Merci Gwen !
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