dimanche 1 mai 2011

Jón Kalman Stefansson - Entre ciel et terre

Éditeur : Gallimard - Date de parution : Mars 2011 - 253 pages d'apothéose !

C’était en ces années  où, probablement, nous étions encore vivants. Mois de mars, un monde blanc de neige, toutefois pas entièrement. Ici la blancheur n’est jamais absolue, peu importe combien les flocons se déversent, que le froid et le gel  collent le ciel et la mer  et que le frimas s’infiltre au plus profond du cœur où les rêves élisent domicile, jamais le blanc ne remporte la victoire.
Premières lignes de ce livre, une invitation à un voyage d’où je suis ressortie  remplie d’émois et d’un bonheur pur. Lecture hypnotique semblable au ressac de la mer. Enveloppée par l'histoire et l'écriture, je me suis abandonnée.  Un bonheur indéfinissable qui m’a fait pleurer. Il s'agit de ces moments rares et privilégiés que nous offrent certaines lectures.
Comment parler de ce  coup de cœur ? Je l’ai lu il y a plus d’une semaine dans des conditions particulières.  Je partais pour mes vacances au soleil. Dans l’avion, les attitudes et  les conversations des passagers trahissaient  l’attente mêlée à la joie de goûter au sable blanc. Mais moi je n’étais plus avec eux. J’étais  en communion avec l’écriture de Stefánsson . J’accompagnais Bárour. Un pêcheur qui absorbé par les vers du paradis perdu du poète Milton en oublie sa vareuse. Plus qu’un vêtement, un accès à la survie lors de la pêche. Quand le vent vous mord le visage, que le froid vous pénètre le corps et que les vagues vous cinglent le visage dans cette mer  d’Islande. Une histoire où le ciel et la mer sont omniprésents. Des descriptions où la magie des mots  m’a coupée le souffle. Mais l’histoire ne se résume pas à la poésie qui coûte la vie à Bárour. Il s’agit d'une plongée dans un autre monde ! Les questionnements, les constats sur la vie et la condition de l’homme jalonnent avec force et grâce ce récit.  Un jeune gamin qui accompagnait Bárour veut lui rendre hommage. A sa façon. Rendre le livre prêté à Bárour à sa propriétaire. Et un deuxième voyage pour cette seconde partie. L’adolescent longe les ténèbres, les touche du doigt. La vie vaut-elle la peine d’être vécue ? Un flirt d'une beauté mélancolique avec la mort où  le souffle de la vie sera le plus fort.
Je n’ai pas lu ce livre, je l’ai ressenti. Il a pris possession de mon âme, de mon cœur. Je suis devenue une terre conquise par cette écriture magnifique et unique. Des mots qui fécondent bien plus qu’une histoire. Un joyau.
Ce livre fait partie de la sélection du 9ème prix des lecteurs du télégramme et il est sans aucun doute mon chouchou !
J’ai inséré tant de maque-pages que ce livre magnifique est devenu un hérisson ! Et il est  très difficile d’en choisir des extraits…
La joie, le bonheur et la chaleur brulante  de l’amour forment la trinité qui fait de nous des hommes, celle qui justifie l’existence et lui donne plus de grandeur que la mort, cependant, elle n’offre pas plus d’abri que cela contre les vents venus du poème.
Certains poèmes nous conduisent  en des lieux que nuls mots n’atteignent, nulle pensée, ils vous guident jusqu’ à l’essence même, la vie s’immobilise l’espace d’un instant et devient belle, limpide de regrets ou de bonheurs.

Les billets de Dominique, Gambadou, BelleSahi, Noann


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