mercredi 11 janvier 2012

Tom Franklin - Le retour de Silas Jones


Éditeur : Albin Michel - Date de parution : Janvier 2012 - 384 pages brillantes! 


Etats-Unis, Mississipi, Silas Jones est de retour dans la petite ville où il a passé son enfance. Une carrière dans le base-ball abandonnée à cause d’une blessure fait de lui un agent de la mairie et de la police désormais. Une jeune femme a disparue et la population se tourne vers Larry Otts. Une dizaine d’années plus tôt, la jeune fille qu’il accompagnait lors d’une soirée s’est envolée dans la nature. Les deux hommes se connaissent. Mieux, ils étaient amis dans les années soixante-dix même si  la couleur de leur peau le leur interdisait.

Lorsque  Silas Jones vient habiter avec sa mère  sur les terres du père de Larry Otts dans le Mississipi, il découvre qu’être noir dans cet état du Sud n’est pas chose facile.  Larry, fils unique, est rejeté par son père qui ne voit en lui qu’un raté.  Larry et Silas vont devenir amis et entretenir cette  une relation dissimulée aux yeus de tous. Mais un jour tout dérape. Le père de Larry les surprend et les oblige à se battre.Des mots sont dits, regrettés, le mal est fait : Larry et Silas s'ignorent et s'évitent. Quand Larry est arrêté et soupçonné d’avoir tué une jeune fille, Silas ne défend pas son ancien ami.  Larry est relâché faute de preuves mais  les gens de la région le considèrent toujours comme un coupable. Mais, je ne vous en dis pas plus sauf lisez-le!
Alternant judicieusement passé et  présent,Tom Franklin nous dépeint à travers ces deux personnages le Mississipi sur plus de trente années. La ségrégation raciale bien entendu mais beaucoup plus. Le poids du mensonge, des non dits et celui de la culpabilité, de la rédemption.  La psychologie des personnages est creusée. Fouillée. 
Avec une écriture très visuelle, je me suis imaginée chaque scène, chaque lieu !  Et si la mention  de roman est indiquée, ce livre a la trempe d’un policier et j’ai tourné frénétiquement les dernières soixante pages.

ll y a des livres que l'on ouvre, qui vous accrochent et vous passionnent, ce livre en fait partie. Assurément.
En conclusion, une réussite totale et un livre magistral !

mardi 10 janvier 2012

Angélique Villeneuve - Un territoire

Éditeur : Phébus - Date de parution : Janvier 2012 - 152 pages insérées de marque-pages ! 

La narratrice vit dans l’ancienne maison familiale. Celle où elle admirait sa Sœur partie depuis bien longtemps.  Le cagibi lui sert désormais de chambre à coucher, elle s’occupe du Garçon et de la Fille, deux jeunes adultes qui la maltraitent par leurs attitudes et leurs comportements. Elle prépare les repas, fait le ménage et se plonge dans les souvenirs pour oublier le présent. 

Dès les premières lignes, l’écriture déploie un univers particulier. Une écriture où chaque mot est pesé, une féérie de métaphores pour nous prendre par la main. La curiosité est titillée, on se demande quelles sont  les relations entre la narratrice, ce Garçon et cette Fille. Pourquoi la Sœur tant adorée semble partie depuis bien longtemps ? Les réponses sont amenées au fil des pages. Délicatement comme pour trancher avec la condition de cette femme. Perçue comme une demeurée à cause de sa quasi-surdité, elle connait depuis l’enfance la différence. Mais il y a des trésors flamboyants dont les doigts se nourrissent et que l’esprit invente et recrée. Soumise, elle s’échappe du temps présent  par sa dextérité et la chaleur du passé.
Angélique Villeneuve a su insuffler une densité à cette femme, la rendre très attachante  et troublante. Sans nommer brutalement, elle suggère tout. Très habilement.

Un livre lu en apnée : les yeux rivés à cette écriture magnifique et sublimée, le cœur palpitant au gré des révélations. Le corps malmené côtoie la beauté de ce que ces mains fabriquent. Le pardon, l'amour et l'abnégation d'une vie racontée avec passion et une écriture qui fait appel aux sens. Après Grand paradis, l'auteure prouve tout son talent et utilise la magie des mots comme un orfèvre !

Elle se dit que tout ce qu’elle aime est là. Tout. Dans la cuisine. Dans le cagibi. Elle n’a pas d’amis. N’en a jamais vraiment eu. Il n’y a eu que la Sœur. Et maintenant qu’elle n’est plus là, ce à quoi elle attachée est partagée entre ces deux pièces. Les enfants, depuis des années, restent à la lisière.

Est-ce un si grand désastre de penser qu’on aime plus que personne, qu’on est vidé des autres. Elle est un cœur blanc, peut-être. Une feuille de papier, vierge de toute écriture.

Les billets de Cathulu, Gwen

lundi 9 janvier 2012

Lauren Groff - Arcadia


Éditeur : Plon - Date de parution : Janvier 2012 - 313 pages à savourer !
 
Dans l’Amérique de la fin des années 1960,  Ridley surnommé Pouce pour sa petite taille est élevé dans une communauté hippie. Arcadia est  basée sur l’égalité, le travail communautaire, le végétalisme. L’endroit attire de nombreuses personnes en quête d’un monde meilleur. A Arcadia, la drogue et le sexe libre sont monnaie courante. Alors que Pouce est un adolescent amoureux d’Helle une des filles du gourou, la communauté se dissout.

Adulte, Pouce vit à New-York et  est professeur de fac.  Ses parents se sont séparés et il est père d’une petite fille dont la mère n’est autre qu’Helle. Mais celle-ci est partie. Définitivement. Pouce possède en lui une foi inébranlable de certaines valeurs. Des valeurs comme des graines semées d’Arcadia et qui ont germé. Pouce est un homme « bon » qui a su s’adapter à un environnement  qu’il ne connaissait pas. Son amour pour Helle est intact et entier. La vie est parfois une boucle et Pouce reviendra à Arcadia avec sa fille. 
Je ne veux pas en dire trop ou plus sur ce roman car on en retire un sentiment de paix intérieure à la lecture. Et, il faut savoir l'apprécier. 

Après Les montres de Templeton, Lauren Groff démontre une fois de plus tout son talent de romancière.  Avec une écriture plus posée et réfléchie, ce livre possède un rythme presque musical. J’ai savouré cette histoire. Tranquillement et gagnée par un certain réconfort que seuls certains livres peuvent nous procurer...

Peu importe que cette histoire soit vraie. Pouce manipule les images : il sait que l’essentiel n’est pas que les histoires soient véridiques. Il comprend, avec cette impression d’un courant d’air qui balaie une pièce, qu’en perdant ces histoires sur nous-mêmes, auxquelles nous croyons, c’est aussi nous-mêmes que nous perdons.

Le billet de Cathulu.