Éditeur : Monsieur Toussaint Louverture - Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jeanine Hérisson - Date de parution : Août 2014 - 536 pages émouvantes !
Agé de dix-huit ans, Daniel Price vient de terminer ses études secondaires. Nous sommes au début des années 60 dans une petite ville d’East-Chicago. Une ville industrielle comme tant d'autres avec son usine la Standard Oil Company où le père de Daniel travaille. Daniel a perdu la finale d'un combat de lutte et par la même l'occasion, il s'est fermé les portes des facultés. Il passe ses journées en compagnie de ses deux amis Freud et Misiora pour échapper à la présence de son père morose.
Tous les trois ne sont pas des "populaires" au lycée qui s'affichent en compagnie des plus belles filles. Et même s'ils sont sur le point d'être diplômés, ils vont prendre conscience que l'avenir semble semble être déjà tracé pour eux : un travail à l'usine de la ville.
Daniel rencontre Rachel arrivée récemment en ville en compagnie de son père et en tombe amoureux fou. Mais le père de Daniel devient gravement malade. L'adolescent le fuit, veut échapper à ses questions. Désorienté, il délaisse ses amis et devient obnubilé par Rachel même s'il a de plus en plus de mal à comprendre le comportement de cette dernière. A l'annonce du cancer de son père, il ne cherche pas à se rapprocher de lui. Car Daniel ne veut pas devenir comme lui, avoir sa vie. En seulement un été, il subit désillusions et revers.
Dans ce roman initiatique où certains passages sont des bombes d'émotion à eux-seuls, tous les personnages même secondaires tentent d'échapper à cette vie ou se soumettent et contemplent, impuissants, leurs rêves enterrés comme prisonniers de cette ville. Devant faire face à la mort et aux déceptions, Daniel effectuera ses propres choix. Et ce roman qui colle à une réalité se termine sur une note d'optimisme.
Un livre émouvant et douloureusement beau !
Les billets d'Eva, Micmélo, Papillon
Lu du même auteur : Karoo ( qui est dans un tout autre registre)
(*) : pas d'extrait car j'ai perdu mes marque-pages/post-it
vendredi 28 novembre 2014
mercredi 26 novembre 2014
Laurent Mauvignier - Des hommes
Éditeur : Éditons de Minuit - Date de parution : 2011 - 283 pages et un coup de cœur
Pour ses soixante ans, Solange a invité famille et amis à un repas dans une salle des fêtes louée pour l'occasion. Tout se passe bien jusqu'à l'arrivée de Bernard surnommé Feu-de-Bois, le frère aîné de Solange. Marginal, alcoolique et vivant aux crochets des uns et des autres, il offre à sa soeur un bijou de grande valeur. Solange essaie de masquer son embarras mais le mal est fait car tout le monde se demande comment il s'est procuré l'argent pour l'acheter. Tout s'enchaîne : la réflexion de trop qui met le feu aux poudres, l'esclandre et Feu-de-Bois humilié, en colère part. La fête est finie et gâchée. Mais la stupeur est à son comble quand on apprend que Feu-de-Bois a menacé la femme de Chefraoui un collègue de Solange d'origine algérienne.
Rabut le cousin de Feu-de-Bois présent à la fête raconte les heures qui suivent et bien plus. Car cet incident réveille chez lui des souvenirs plus anciens dont il n'a jamais parlé. Des souvenirs enfouis qui hantent toujours ses nuits. Quarante ans plus tôt, lui et Feu-de-Bois à peine âgés de vingt ans se sont retrouvés sous les drapeaux à participer à la guerre d'Algérie. Une guerre "étrange" avec l'ennui, l'incrédulité, la non compréhension "Mais là, c'est autre chose. Il n'est pas le seul à être seul, ils sont seuls tous ensemble.", la peur permanente mais aussi ses atrocités.
Laurent Mauvignier nous plonge dans cette guerre, dans ses souffrances, dans son silence et ses non-dits. Car une fois revenus, tous se taisent, ils ne peuvent pas mettre des mots sur cette guerre taboue. Mais Feu-de-Bois n'a pas pu tourner la page, ni à vivre avec ses blessures tapies au fond de lui.
On ne lit pas ce livre, on le ressent par l'écriture unique si précise et si ample de Laurent Mauvignier, par le rythme des phrases, par l'intensité poignante et juste.
Admirable sur tous les points et magistral !
La guerre c'est toujours des salauds qui la font à des types bien ; là il n'y en avait pas, c'était des hommes, c'est tout.
Lu de cet auteur : Apprendre à finir - Autour du monde - Dans la foule - Loin d'eux
Pour ses soixante ans, Solange a invité famille et amis à un repas dans une salle des fêtes louée pour l'occasion. Tout se passe bien jusqu'à l'arrivée de Bernard surnommé Feu-de-Bois, le frère aîné de Solange. Marginal, alcoolique et vivant aux crochets des uns et des autres, il offre à sa soeur un bijou de grande valeur. Solange essaie de masquer son embarras mais le mal est fait car tout le monde se demande comment il s'est procuré l'argent pour l'acheter. Tout s'enchaîne : la réflexion de trop qui met le feu aux poudres, l'esclandre et Feu-de-Bois humilié, en colère part. La fête est finie et gâchée. Mais la stupeur est à son comble quand on apprend que Feu-de-Bois a menacé la femme de Chefraoui un collègue de Solange d'origine algérienne.
Rabut le cousin de Feu-de-Bois présent à la fête raconte les heures qui suivent et bien plus. Car cet incident réveille chez lui des souvenirs plus anciens dont il n'a jamais parlé. Des souvenirs enfouis qui hantent toujours ses nuits. Quarante ans plus tôt, lui et Feu-de-Bois à peine âgés de vingt ans se sont retrouvés sous les drapeaux à participer à la guerre d'Algérie. Une guerre "étrange" avec l'ennui, l'incrédulité, la non compréhension "Mais là, c'est autre chose. Il n'est pas le seul à être seul, ils sont seuls tous ensemble.", la peur permanente mais aussi ses atrocités.
Laurent Mauvignier nous plonge dans cette guerre, dans ses souffrances, dans son silence et ses non-dits. Car une fois revenus, tous se taisent, ils ne peuvent pas mettre des mots sur cette guerre taboue. Mais Feu-de-Bois n'a pas pu tourner la page, ni à vivre avec ses blessures tapies au fond de lui.
On ne lit pas ce livre, on le ressent par l'écriture unique si précise et si ample de Laurent Mauvignier, par le rythme des phrases, par l'intensité poignante et juste.
Admirable sur tous les points et magistral !
La guerre c'est toujours des salauds qui la font à des types bien ; là il n'y en avait pas, c'était des hommes, c'est tout.
Lu de cet auteur : Apprendre à finir - Autour du monde - Dans la foule - Loin d'eux
lundi 24 novembre 2014
Per Petterson - Je refuse
Éditeur : Gallimard - Traduit du norvégien par Terje Sinding - Date de parution : Octobre 2014 - 270 pages à lire !
Au début des années 60, Tommy et Jim sont inséparables. Ils habitent tous deux dans le petit village de Mork en Norvège. Tommy essaie de protéger ses soeurs de la violence paternelle depuis que leur mère est partie sans un mot ou une explication. Jim vit avec sa mère enseignante et très croyante. Mais Tommy craque : il s'en prend à son père et c'est l'implosion. Ses soeurs sont placées dans des familles d'accueil différentes. Il n'a pas le droit de les voir alors qu'il était très lié avec Siri de un an sa cadette. Il se retrouve chez Jonsen un célibataire qui dirige une scierie.
A partir de ces enfances, on pourrait s'imaginer les chemins suivis une fois qu'ils seraient devenus adultes. Mais rien n'est jamais acquis d'avance. Comme les amitiés que l'on croyait indéfectibles et qui s'effritent puis meurent.
Trente ans plus tard, Jim est en train de pêcher sur un pont et Tommy passe dans sa luxueuse voiture. Jim qui a enchaîné les arrêts maladies se retrouve sans droits alors que Tommy est quelqu'un qui a réussi sa vie sur le plan professionnel. Cette rencontre si brève fut-elle entre les deux hommes va déclencher les souvenirs mais aussi et surtout des questionnements. Tous deux ne se sont pas vus depuis l'âge de dix-huit ans et ils vont remonter le cours du passé et des événements séparément.
Alternant passé et présent, dans ce roman polyphonique où d'autres personnages prennent également la parole, Tommy et Jim sont confrontés aux souvenirs qu'ils avaient tenté de bannir ou d'oublier. Pourront-ils accepter de se regarder en face et de changer ?
Un roman très touchant sur l'amitié, la vie et ses chemins de traverse d'où se dégage un mélange de mélancolie, de nostalgie mais aussi d'espoir. Une lecture loin d'être plombante car l'écriture est juste et sans fioritures. Elle nous dépeint ces vies, les émotions, la fragilité de Tommy et de Jim.
Un livre qui s'insinue en nous et nous prend aux tripes sans que l'on ait le temps de s'en apercevoir...
- Ca alors ! Ca fait combien de temps? Vingt-cinq ans? trente ?
- A peu près. Un peu plus, même.
Il a souri :
- A l'époque, on a pris des chemins différents, hein?
C'était dit sans sous-entendus.
- C'est vrai.
Il souriait, il était content de me voir, c'est l'impression que j'ai eue.
- Et maintenant tu es là, sur le pont, en train de pêcher, et moi je me ramène dans cette bagnole. elle m'a coûté un sacré paquet de fric, ça je peux le dire. mais j'en ai les moyens. J'aurais pu m'en acheter plusieurs, si j'avais voulu. En payant cash. C'est bizarre, hein?
Il souriait toujours.
- Qu'est-ce qui est bizarre?
- Que les choses puissent tourner comme ça. En s'inversant.
Le billet de Jérôme
Au début des années 60, Tommy et Jim sont inséparables. Ils habitent tous deux dans le petit village de Mork en Norvège. Tommy essaie de protéger ses soeurs de la violence paternelle depuis que leur mère est partie sans un mot ou une explication. Jim vit avec sa mère enseignante et très croyante. Mais Tommy craque : il s'en prend à son père et c'est l'implosion. Ses soeurs sont placées dans des familles d'accueil différentes. Il n'a pas le droit de les voir alors qu'il était très lié avec Siri de un an sa cadette. Il se retrouve chez Jonsen un célibataire qui dirige une scierie.
A partir de ces enfances, on pourrait s'imaginer les chemins suivis une fois qu'ils seraient devenus adultes. Mais rien n'est jamais acquis d'avance. Comme les amitiés que l'on croyait indéfectibles et qui s'effritent puis meurent.
Trente ans plus tard, Jim est en train de pêcher sur un pont et Tommy passe dans sa luxueuse voiture. Jim qui a enchaîné les arrêts maladies se retrouve sans droits alors que Tommy est quelqu'un qui a réussi sa vie sur le plan professionnel. Cette rencontre si brève fut-elle entre les deux hommes va déclencher les souvenirs mais aussi et surtout des questionnements. Tous deux ne se sont pas vus depuis l'âge de dix-huit ans et ils vont remonter le cours du passé et des événements séparément.
Alternant passé et présent, dans ce roman polyphonique où d'autres personnages prennent également la parole, Tommy et Jim sont confrontés aux souvenirs qu'ils avaient tenté de bannir ou d'oublier. Pourront-ils accepter de se regarder en face et de changer ?
Un roman très touchant sur l'amitié, la vie et ses chemins de traverse d'où se dégage un mélange de mélancolie, de nostalgie mais aussi d'espoir. Une lecture loin d'être plombante car l'écriture est juste et sans fioritures. Elle nous dépeint ces vies, les émotions, la fragilité de Tommy et de Jim.
Un livre qui s'insinue en nous et nous prend aux tripes sans que l'on ait le temps de s'en apercevoir...
- Ca alors ! Ca fait combien de temps? Vingt-cinq ans? trente ?
- A peu près. Un peu plus, même.
Il a souri :
- A l'époque, on a pris des chemins différents, hein?
C'était dit sans sous-entendus.
- C'est vrai.
Il souriait, il était content de me voir, c'est l'impression que j'ai eue.
- Et maintenant tu es là, sur le pont, en train de pêcher, et moi je me ramène dans cette bagnole. elle m'a coûté un sacré paquet de fric, ça je peux le dire. mais j'en ai les moyens. J'aurais pu m'en acheter plusieurs, si j'avais voulu. En payant cash. C'est bizarre, hein?
Il souriait toujours.
- Qu'est-ce qui est bizarre?
- Que les choses puissent tourner comme ça. En s'inversant.
Le billet de Jérôme
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