dimanche 22 janvier 2012

Deux inconnues


Elle avait depuis longtemps préparé ce qu’elle allait dire. Les phrases s’étaient imprimées en elle, il fallait qu’elle aille la voir.  Elle lui avait téléphoné en fin de matinée et dit qu’elle avait une course à faire dans le quartier. Passe pendre un café lui avait-elle répondu. Au déjeuner, elle regardait son assiette, l’estomac noué, impossible d’avaler quoi que ce soit. Quand elle avait sonné à l’interphone, ses mains étaient moites. Sa sœur se tenait dans le salon. Elle l’écoutait distraitement se demandant comment elle allait le lui dire. Elle puisait du courage car les sœurs s’aident. Dans une famille, on peut compter sur les siens. Elle avait toujours craint et admiré sa sœur aînée. Nerveuse, elle jouait avec la cuillère de sa tasse. Elle inspira pour se lancer et dit qu’elle et son mari allaient divorcer. Sa sœur s’était arrêtée, la dévisageait. Sourcils froncés, elle lui demandait pourquoi. Parce que je ne l’aime plus, j’ai l’impression de vivre avec un étranger. Et les enfants, tu y as pensé ? Bien sûr, elle y avait pensé. Depuis des mois, elle se posait des questions. Les retournait  dans tous le sens.Mais quand elle regardait son mari, elle ressentait de l’indifférence. Leurs conversations relevaient de l’organisation. Ils ne partageaient plus  rien et quand il voulait la toucher,  elle se dégageait brusquement. Elle ne supportait plus cette mascarade. Il  avait vite compris pourquoi elle se  dérobait. Si au départ il s’était montré conciliant, il était revenu sur sa position. Réclamant des explications à n’en plus finir. Elle lui répétait qu’elle se fanait, qu’elle s’étiolait. 

Tu ne penses qu’à toi une fois de plus ! Sa sœur lui avait jeté la phrase au visage. Les mots la mordaient. Avec Gilles, ça avait été pareil, tu te rends compte, deux mariages et deux échecs ! Voilà, c’était dit. Comment sa sœur pouvait-elle la juger ? Elle se dit qu’elle avait fait une erreur en venant la voir. Jamais elles n’avaient été proches ou solidaires. Un bref instant, elle se revit enfant timide et sa sœur qui lui ordonnait de lui obéir, je suis la plus grande tu dois m’écouter. L’adolescente gauche qu’elle était avançait à tâtons dans l’ombre de sa sœur. Quand elle demandait conseil à sa mère, celle-ci lui répondait as-tu posé la question à ta sœur. Elle voyait toujours ses choix et décisions devant être approuvées par elle.  Comment pouvait-elle espérer de la compréhension ? Elle se leva et prit ses affaires. Tu connais le chemin pour un va-t-en, pars de chez moi.  C’est ce que j’ai de mieux à faire. Elle fut surprise de s’entendre prononcer cette phrase.  Il s’était mis à pleuvoir. Elle baissait la tête et pleurait. La pluie se mélangeait à ses larmes. La fêlure était nette et profonde, elle savait désormais qu’elle et sa sœur étaient deux inconnues. Elle regarda sa montre, il fallait qu’elle se dépêche d’aller travailler. Arrivée devant l’immeuble, pour la première fois elle regarda différemment la plaque où était inscrit son nom suivi de la mention psychologue. Elle venait de gagner en assurance.

Il s'agit de mon texte pour l'atelier de Leilonna  inspiré de la photo suivante :

Copyright Kot



Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...