dimanche 27 avril 2014

Amy Grace Loyd - Le bruit des autres

Editeur : Stock - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Esch - Date de parution : Avril 2014 - 260 pages avec lesquelles j'ai fait corps... 

Celia la quarantaine dont le mari est décédé cinq ans auparavant a acheté un immeuble à Brooklyn qu'elle a rénové. Elle y occupe un appartement au rez-de-chaussée et loue le reste des logements à des locataires qu'elle a soigneusement choisies. "Elle n'aspire plus à l'espoir, ne peut pas se permettre", elle a élevé des barricades invisibles avec le monde. Son immeuble et ses locataires sont calmes et discrets.

Mais George un de ses locataires doit s'absenter en Europe pour plusieurs mois et il lui demande de sous-louer son appartement à une amie Hope. La question de l'argent n'est pas primordiale pour Celia et dans un premier temps, elle refuse par crainte de briser l'homogénéité existante. Mais George sait se montrer convaincant et elle accepte. Belle et entourée d'un halo de mystère, Hope aménage au-dessus de l'appartement de Celia. Cette dernière vit enveloppée et entourée des souvenirs de son couple. Objets, paroles ou des moments ancrés dans sa mémoire et dans son corps. Elle qui connaît les habitudes de ses locataires se retrouve désarçonnée par Hope. De son appartement, elle s'introduit à la lisière de l'intimité de Hope. Les pas sur le plancher, une parole dite plus haute ou criée, les venues de l'amant d'Hope qui exerce sur elle une maîtrise totale l'amenant aux extrêmes des dérives. Et Mr Coughlan un ancien conducteur de ferry, un locataire sur qui elle veille disparaît sans crier gare. Ces imprévus bousculent Celia, fendillent l'amure qui la protège du reste du monde. Mais surtout, ils réveillent chez elle des émotions, des désirs qu'elle croyait avoir soigneusement enterrés.

Dès les premières pages de ce livre, l'écriture (je souligne l'admirable travail de traduction) m'a encerclée, a pris possession de chaque parcelle de mon corps. Je n'avais pas fait corps avec un livre de cette façon depuis la lecture de Réparer les vivants. Car l'écriture d'Amy Grace Loyd  fait résonner et parler les pensées, les silences, les bruits des autres d'une façon extraordinaire. Ces bruits synonymes de vie qui s'opposent à la mort et au deuil, à l'inertie.

Que dire de plus sinon qu'il s'agit d'un premier roman qui m'a époustouflée par sa maîtrise,  un coup de cœur superbe que je porte encore en moi. Car oui, il est possible de tomber amoureuse d'un livre...

Un livre devenu hérisson dont il m'est difficile de choisir un seul extrait :
Cet effort m'épuisa et me fit prendre conscience avec trop d'acuité qu'une grande partie de l'existence consiste à décider quand résister ou non, quand on peut se laisser porter et quand on ne le peut pas, quand on ne peut pas se le permettre. 

La mort n'était pas une abstraction. Je ne m'étais pas contentée de regarder mon mari y disparaître, et en le ressuscitant comme je le faisais, aujourd'hui encore, je me ressuscitais moi-même.

Le billet de (la grande tentatrice devant l'éternel) Cathulu
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