vendredi 10 mai 2013

Emmanuelle Bayamack-Tam - Si tout n' a pas péri avec mon innocence


Éditeur : P.O.L - Date de parution : Janvier 2013 - 444 pages qui sortent des sentiers battus !

Sous ce titre magnifique empreint de douceur et de nostalgie se cache un roman audacieux. Kimberly dite Kim est la troisième fille d’une fratrie cinq enfants. Deux sœurs aînées aux prénoms slaves avec qui elle ne partage rien et deux petits frères qu’elle appelle ses petits agneaux. Une progéniture engendrée par Gladys (qui doit son prénom à la sage–femme et qui garde de son bec-de-lièvre un problème de diction) et d'un tatoueur. Dès leurs naissances, Gladys a laissé à sa mère Claudette le soin de s’en occuper de ses enfants  et de se charger de l’organisation des repas et du ménage. Claudette femme  dévouée à ses petits-enfants mariée à Charlie l’œil toujours aussi frais et qui se croit encore charmeur. Car tout le monde habite dans la maison des parents de Gladys. Ce qui n’est pour déplaire à Charlie pour qui l’esprit de famille est important.
Kim grandit avec cette mère égoïste et imbue d’elle-même qui ne pense qu’à ses deux filles aînées aussi bêtes qu'elle.  Gladys délaisse et néglige ses deux petits garçons et son époux Patrick ne va jamais à l’encontre de sa femme. A neuf ans, Kim décide de rompre avec sa famille en renaissant, une façon d’oublier d’où elle vient. A dix ans, elle découvre la poésie, apprenant et se récitant des vers entiers de Victor Hugo. La poésie  en guise de survie malgré les remarques basses de son sa famille hormis ses deux petits-frères qu’elle cherche à protéger de sa famille. Viendra la gymnastique rythmique comme échappatoire  et l’amour pour sa professeur. Kim se nourrit de poésie, Rimbaud , Baudelaire,  s’épanouit grâce à elle et devient une belle jeune  fille. Sa mère sa lance sur le tard dans une profession de strip-teaseuse avec la bénédiction de toute la tribu. A  l’école, un des frères de Kim est le souffre douleur  à  cause sa couleur de cheveux qu’il tient de sa grand-mère, laquelle commence à avoir des absences. Kim abandonne le sport et à dix-sept s’échappe de plus en plus dans un relation physique avec un garçon. Le sexe sans l’amour. Son petit-frère se pend et Kim se fait tatouer en guise de bracelet un vers d’Hugo, elle et Claudette se reprochent de n’avoir pas su déceler l’ampleur du mal-être du garçon. Si sa grand-mère se réfugie dans son enfance passée en Algérie , Kim pour qui le poètes sont « ses amis et sa vraie famille » rencontre la sage-femme dont sa mère tient son prénom. Une ancienne infirmière devenue prostituée et qui lui apprend à vendre son corps. Je n’en dirai pas plus…

Dans une écriture superbe et exigeante, Emmanuelle Bayamack-Tam décrit avec férocité la bêtise, la bassesse de la famille de Kim et y oppose la beauté de la poésie. Roman d’initiation à être soi, de la découverte du corps et de l'esprit, où le souffle chaud de la sensualité  balance avec un  langage qui peut se faire cru. On sourit, on rit de cette famille à l’allure des bidochons, on se délecte des citations d’Hugo. Et il y a Kim. Audacieuse, guerrière comme ce roman, pour qui l’écriture va devenir une vocation.

Si j’ai fait corps avec ce livre, j’ai deux petits bémols. Claudette repartie en Algérie est peut-être trop vite délaissée et je n’ai pas compris pourquoi il comprenait tant détails sur l’expérience de prostitution de Kim. Mais ce livre m’a éblouie  par son écriture et sa puissance!

L'amour, c'est le goût de la prostitution. Il n'est pas de plaisir noble qui ne puisse être ramené à  la Prostitution.  Baudelaire, dans Fusées.

En fait, rien ne s'arrange  jamais car ce qui est abîmé l'est une fois pour toutes. La résilience, c'est un conte inventé pour les gogos : ça permet à tout le monde de vivoter tranquillement, les victimes comme les tortionnaires  - les uns survivant dans l'espoir inepte d'une amélioration, les autres disposant d'un alibi pour torturer  ad libitum.


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