mardi 7 mai 2013

Yann Quéffélec - Dictionnaire amoureux de la Bretagne


Éditeur : Plon - Date de parution : Mai 2013 - 780 pages riches et une très belle déclaration d'amour ! 

Me voilà bien embêtée pour parler de ce livre car il faudrait que j'en cite chaque page tant cet ouvrage est une mine incroyable de découvertes, d'histoire de la Bretagne où Yann Quéffélec raconte la sienne et celle de sa famille, son attachement, ce cordon ombilical que tout breton possède avec sa région où la culture, les traditions l'ont nourri.
Comme le dit si dans la préface bien Georges Dottin, professeur à l'université de Rennes : "ce tout ondoyant et divers, est fait pour déconcerter les critiques qui cherchent à enfermer un peuple dans un formule étroite" .

"Ma Bretagne est d'Armor, le pays dans la mer. Ma Bretagne fut un royaume, il n' y a pas si longtemps. Ma Bretagne est le pays des marins. Ma Bretagne n'oublie jamais les périls en mer. Ma Bretagne est le pays des femmes vraies, le pays des épouses et des veuves. Ma Bretagne est un pays qui chante à travers les âges. Ma Bretagne est le pays des écrivains. Ma Bretagne est le pays d'une langue bretonne qui faillit s'en aller d'une mort programmée par l'Etat, - qui mourut quelque temps d'ailleurs, et qui lutte aujourd'hui pour sa résurrection. Ma Bretagne est le pays des lumières et des peintres, les mangeurs de lumière venus en chemin de fer à la belle époque comme Gauguin ou Méheut. Ma Bretagne est le pays des Pardons, la fête estivale du péché célébré sous la bannière de sainte Anne, bonne mère ! Ma Bretagne est le pays des souvenirs, les miens et ceux des anciens qui m'ont raconté l'Armorique d'avant les moteurs, la Bretagne mal aimée, vexée, réduite au silence, La Bretagne de Bécassine en délicatesse avec l'Etat français. Ma Bretagne est mon pays usuel, mon pays définitif, j'y naîtrai toujours".

Ma  Bretagne est un patchwork où les tradition côtoient la modernité. Nous avons su prendre le vent en poupe à l'image des grand skippers comme Eric Tabarly, l'industrie et l’agriculture y sont présentes. Et qui dit agriculture dit l'élevage intensif porcin, nitrate et phosphore et cette douloureuse ambivalence à résoudre. A la différence de Yann Quéffélec qui est né et a grandi l'Aber Idult (Finistère nord), ma Bretagne est celle du Poher région du centre Bretagne celle des terres et le sang de plusieurs générations de paysans coulent dans mes veines, elle est aussi elle est celle de de Brest mêm' la cité du Ponant et de son histoire " Il était une fois un bombardement. Il était une fois une ville brestoise effacée par ce bombardement. Il était une fois un grand terrain vague au bord de la mer, d'un bleu bien particulier , ce jour là - un bleu qui bleuit la voix des conteurs. Il se disait mais il n'y avait personne, qu'une ville existait à cet emplacement , la veille, une ville heureuse et blanche comme dans les prophéties où des sauterelles de feu s'abattent en rangs serrés sur la cité coupable, jusqu'à ce qu'il n'en reste rien, pas même une petite larme pour humecter sa mémoire".
Une ville dont je suis suis tombé amoureuse et que je trouve belle contrairement à certains. Et ce malgré sa météo, sujet éternel de conversations et qui peut fâcher en Bretagne, où quand on parle du Sud, il faut comprendre sud-finistère ou le pays de Vannes.
Et y a tant à dire sur ma Bretagne ! L'Ankou, les chantiers navals, les Saints, le lien celte, la mer, les druides, ses îles, ses grèves et les marées noires qui s'y abattirent en les souillant de pétrole.

Yann Quéffélec né en 1949 parle de son père Henri avec amour et fierté, de sa mère, de ses oncles et tantes comment il a grandi, façonné comme tout breton par sa région. Une Bretagne en pleine mutation mais attachée aux traditions, à sa géographie, à son histoire. Un livre truffé d'anecdotes, d'humour et d'amour !

Vous comprendrez que je pourrais vous en parler des heures durant de ma Bretagne car je suis fière de mon patrimoine culturel et de ma région. Il faut que je vous dise aussi aussi que quand j'entends le son d'un biniou ou d'une bombarde, un frisson me parcourt le dos et pourtant je ne suis pas une adepte de musique traditionnelle.
Et regardez-bien, lors de rassemblements n'importe où dans le monde , il y a toujours un Gwen Ha Du ( le drapeau  breton) qui flotte au dessus des têtes ( j'en ai vu durant les derniers JO...). Les bretons sont un peuple voyageur, ils sont plus de cinq millions à travers le monde.

" L' appartenance - abusement qualifiée d'identité -, voilà bien la force innée qui l'attache à la tribu, breton qu'il est avant d'être français, européen. Ce n'est pas un repli, c'est un ancrage. (..) Il n'y pas d'identité bretonne au sens freudien, sanguin. "Le "questionnement identitaire" enjeu dont on nous rabat les oreilles, accapare la planète entière en train de jouer son destin sur tous les fronts."
Pourtant personne ne pourra empêcher un breton de parler de ses origines ou de les couper.

Ce dictionnaire est un livre indispensable dans lequel je me replongerai parce qu'il m'a faite vibrer d'émotions (entre sourires, larme à l’œil en pensant à mes propre souvenirs), qu'il m'a permis d'apprendre certains points de l'histoire que j'ignorais et  que surtout il  témoigne merveilleusement de tout l'amour que je porte à ma Bretagne !

Je termine avec cette invitation : "entrez dans la danse avec les Bretons, chantez avec eux, et vous éprouverez pour le monde un paisible sentiment d'amitié." On vous attend...
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