vendredi 30 novembre 2018

Sophie Daull - Au grand lavoir


Editeur : Philippe Rey - Date de parution : Août 2018 - 154 pages et une lecture en demi-teinte

Après avoir purgé une longue peine de prison pour le meurtre d’une femme, un employé des espaces verts dans une petite ville vit sans se faire remarquer sous une nouvelle identité. Quand il voit à la télé une romancière venue présenter son premier livre, tout ressurgit. Car elle est la fille de celle qu’il a assassinée.

Les voix des deux narrateurs s’élèvent et s’alternent au fur et à mesure des chapitres sur plusieurs jours. L’homme est d’abord surpris par ce visage vu à la télé qu’il reconnait. Et quand il apprend qu’elle va venir dédicacer son roman dans sa ville, le monde qu’il s’est construit se fissure. Elle est romancière, a perdu sa mère et sa fille. Alternant les deux voix au fil des chapitres, les souvenirs et les interrogations des deux narrateurs se mêlent au présent. Une tension s'installe mais sans pour autant faire de l'ombre au récit.
Sans donner de leçon de morale, l’auteure amène une réflexion intéressante sur les notions de pardon et de rédemption. Mais, hélas, j'ai trouvé que l’écriture manquait souvent de naturel.
Un avis mitigé pour conclure.

Quelque chose alors m'éblouit, qui commandait une entrée en haute vie, comme on dit haute mère, avec le large qui s'offre, infini et contenant tout ; avec l'écriture, comme boussole et comme bouée, pour me maintenir sur la houle immense.

L’avis plus enthousiaste de Cathulu

mercredi 28 novembre 2018

Audur Ava Olafsdöttir - Ör


Editeur : Zulma - Date de parution : Octobre 2017 - Traduit de l'islandais par Catherine Eyjólfsson - 236 belles pages.

A presque cinquante ans et divorcé, Jonas a perdu le goût de vivre. Personne n'a plus besoin de lui, sa fille est une adulte, sa mère vit dans un présent déconnecté et il apprend par son ex-femme qu’il n’est pas le père de sa fille. Le voilà décidé à mettre fin à ses jours mais pas question pour lui de traumatiser sa fille et son voisin susceptibles de trouver son corps. Aussi, il décide d’accomplir son geste final à l’étranger, dans un pays ravagé par la guerre. Avec une perceuse et sa boîte à outil, Jonas arrive dans une ville désertée par les touristes.

A l’Hôtel Silence où il a réservé une chambre, sa présence étonne et intrigue les gérants, un frère et une sœur. Dans cette ville aux cicatrices béantes,  Jonas obnubilé par sa propre souffrance va petit à petit ouvrir les yeux sur ceux qui l’entourent. Sans en dire de trop, Audur Ava Olafsdöttir  nous parle d’entraide et de blessures que l'on peut essayer de soigner. C'est un roman teinté de la touche singulière, fantaisiste et poétique, de cette auteure. A partir d'un sujet qui aurait pu être plombant, l'auteure fait ressortir l'espoir, la confiance sans tomber dans la mièvrerie. Et ça fait du bien !

Juste un petit bémol pour la fin trop prévisible mais qui est largement compensée par l'humanité qui se dégage de ce beau roman. 

Comment dire à cette jeune femme qui a eu tant de mal à survivre avec son petit garçon et son frère cadet sous des pluies de bombes – dans un pays où le lit des rivières est baigné de sang et où des pelotons d'exécution il y a quelques semaines encore coloraient l'eau de rouge- que j'ai fait tout ce chemin pour me supprimer?

Lu de cette auteure : L'embellie - L'exception - Rosa candida

lundi 26 novembre 2018

Fabrice Caro - Le discours


Editeur : Gallimard - Date de parutions : Octobre 2018 - 208 pages drôles et si justes !

Adrien a l’habitude des repas de famille chez ses parents avec sa sœur et son futur beau-frère. Il connaît par avance le menu tout comme les sujets de conversation. A quarante ans, il est célibataire depuis trente-huit jours exactement car Sonia a voulu faire une pause dans leur relation. N’y tenant plus, il lui a envoyé un SMS pour prendre de ses nouvelles. Le message a été lu mais pas de réponse.Voilà de quoi laisser libre court à son imagination. Et quand son futur beau-frère lui demande de faire un discours pour son mariage, Adrien panique.

Entre une mère qui pense qu’un jus d’orange vous remet sur pieds, sa sœur qui lui offre depuis des années une encyclopédie à chaque noël, Adrien angoissé attend une réponse de Sonia et il élabore différentes tentatives de discours. Et ça cogite ! Bon s'échapper un moment pour aller fumer une cigarette ? Impossible car ses parents ne savent toujours pas qu’il fume (oui à son âge). Adrien n’expose pas ses pensées comme il n’ose pas vexer ou  décevoir. Alors il tente de faire bonne figure en écoutant chacun (la question des avantages du chauffage au sol est ô combien importante).

Sans temps mort (tout s'enchaîne très bien), j’ai gloussé  car c'est vraiment drôle mais surtout Adrien avec ses pensées un peu obsessionnelles et désabusées est touchant, attachant mais sans être pathétique ou agaçant. Il y a forcément une petit part de nous dans Adrien : on se retrouve à travers à lui tout comme dans des situations déjà vécues. Et entre deux rires, on éprouve un (petit ou gros) pincement au cœur.

Fabrice Caro a visé juste avec ce roman caustique mais sans une once de méchanceté, rempli d'humour, tendre mais aussi décalé.  Je me suis régalée !

Les billets des tentateurs  de The Autist Reading et de Noukette.

Mais je réponds que oui, ça se passe bien mon travail. Et perpétue la malédiction du repas sans fin. Et ma mère est rassurée que mon travail se passe bien, elle n'a pas besoin d'en savoir plus, ça et un autre prénom féminin de temps à autre et l'espérance de vie d'une mère se voit prolongée en moyenne de six mois par repas.