mardi 27 avril 2010

Sarah Chiche - L'emprise



Ce livre s’ouvre sur les lignes suivantes :
Le ciel était sale, le jour où je me suis rendue pour la première fois chez Victor Grandier.
Elle venait de mourir. Il m’avait quittée. On me méprisait.
La voiture m’a crachée sur un trottoir.
Une cloche a tinté.
J’ai monté des marches, l’oeil sec et le coeur cassé.
J’allais sur mes vingt-six ans. J’avais tout. Et je n’étais rien
.

D’emblée, j'ai aimé ce style d’écriture. La suite de l’histoire pourrait s’intituler manipulation psychologique, la descente aux enfers qui vous déleste au passage de beaucoup d’argent…

La narratrice, une jeune femme, est déboussolée. Son mari vient de la quitter car il a appris qu’elle avait un amant. Ce dernier l’a également plaquée. Sa grand-mère vient de décéder lui léguant une forte somme d’argent. Sur le fil de la dépression, sa vie part à vau-l’eau. Sur les recommandations d’un ami de son beau-père, elle va consulter Victor Grandier, un thérapeute qui lui promet la guérison et le bonheur. Il lui propose une méthode qu’elle doit suivre au pied de la lettre…

Elle devient une proie facile sans défense pour le thérapeute.

On assiste à son manège fort bien rôdé de Victor Grandier. Il la met d’abord en confiance et lui donne de l’importance. Et surtout sa méthode est de se dévouer pendant trois semaines nuit et jour pour qu’elle aille mieux. Elle doit le consulter tous les jours pendant de longues heures et se plier à ses exigences : couper contact avec sa famille, n’écouter que lui. Le tout moyennant de grosses sommes d’argent évidemment Et là, on se dit que ce n’est pas possible, qu’elle va réagir !
Mais non, car elle est « sa chose » et qu’elle est vulnérable.

Il devient son gourou et surtout il sait se rendre indispensable.
Lavage de cerveau, manipulation psychologique …En un peu plus d’un an, elle va dépenser pratiquement 200 000 Euros en consultation. Mais le bonheur n’a pas de prix comme la possibilité de recommencer une nouvelle vie. Au fur et à mesure, il abat les dernières barrières qu’elle pouvait avoir et il l’entraîne dans des idées délirantes de Diable, de bon/de mauvais.

Sarah Chiche décrit les dérives sectaires de certains thérapeutes qui promettent monts et merveilles. Elle glisse le lecteur dans la peau de la personne fragilisée et nous aussi on s’échoue… C’est bien écrit, on plonge dans ce livre et on en ressort scotché !

Je remercie les éditions Grasset pour ce livre !

6 commentaires:

Gwenaelle a dit…

Ça parait captivant... Euh, c'est qui Tom Rob machintruc? Je crois que j'ai raté un épisode fondamental!

L'or des chambres a dit…

Ouh la la il a l'air bien déprimant celui là !!! Mais tu as raison nous devons avoir ce genre de lectures, rien que pour savoir que ces manipulations là existent bel et bien et qu'il faut se méfier comme de la peste de tout ce qui ressemble à de l'endoctrinement !

Aifelle a dit…

Je suis pas trop partante là ! déjà une femme qui se fait plaquer par son mari et son amant, elle n'avait qu'à pas jouer sur les deux tableaux. Et tomber aussi facilement dans le panneau, je n'y crois pas, à moins d'être complètement neuneu. Il y a des femmes qui m'énervent avant même la deuxième ligne .... non non je ne suis pas grognon.

Joelle a dit…

Cela a l'air bien tentant ... j'adore tout ce qui manipulation psychologique (même si j'ai du mal à comprendre qu'on puisse se laisser embobiner ainsi) :)

Sarah Chiche a dit…

Chère Clara, je tombe par hasard sur votre post. Merci pour cette sympathique critique et bravo pour votre blog ! Il est très bien fait.

Pour Aifelle : Victor Grandier, le thérapeute, est une figure contemporaine du diable. Il sait parfaitement se glisser dans les minuscules failles des autres pour les flatter, puis les manipuler et les assujettir totalement. Même les moins "neuneus", comme vous dites, s'y laisseraient prendre. Mais votre réaction me plaît bien ! Je suis contente que le personnage féminin de "L'emprise" vous énerve. Je ne l'ai pas fabriquée pour inspirer la pitié. "L'emprise" est un conte moral. Vous le savez sans doute, on a ces derniers temps beaucoup parlé (via la diffusion de l'étrange "Jeu de la mort" sur France 2) de "soumission volontaire à l'autorité" telle que décrite par l'expérience de Milgram. La façon dont vous réagissez est archétypique du genre d'interrogations que l'histoire de ce roman veut susciter : et vous ? Qu'auriez-vous fait à sa place ?

Vous ne vous seriez pas laissé prendre au jeu, dites-vous... C'est parfait.

Bonne journée à tous, grognons ou pas ! :)
(Et plus d'infos pour ceux qui le souhaitent sur mon blog : www.sarah-chiche.blogspot.com)

Clara C. a dit…

@ Gwen : le livre est très bien mené. J'ai rencontré hier Tom Rob Smith... billet à venir!

@ L'or des chambres : pas déprimant mais très intéressant. La manipulation psychologie y est très bien décrite.

@Aifelle : je ne partage ton avis.
Elle n'est pas neuneu : elle est fragilisée et n'a plus de repères.
Le livre montre très bien comment le thérapeute brise ses dernières réticences.

@ Joëlle : je te le conseille !
Ce livre démontre parfaitement qu'une personne qui n'attend plus rien, qui est "larguée" et qui a perdu toute confiance en elle, peut se laisser convaincre qu'on va lui apporter du meilleur.


@ Sarah Chiche : merci pour votre commentaire. PJe suis persuadée qu'une personne fragilisée et dans certains contextes peut se laisser endoctriner ou manipuler psychologiquement.

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