dimanche 20 novembre 2011

Hypothèses hypothétiques

Ce restaurant, c'est moi  qui l'aie choisi comme lieu de rendez-vous. Le hasard n’y est pour rien. Je savais qu’en me mettant en haut de l’escalier,  je pouvais observer sans être vu. Et maintenant, il est là. Ca ne peut être que lui.  Il est sorti du restaurant et  a regardé sa montre. Tâté sa poche machinalement, geste de l’ancien  fumeur à la recherche d’hypothétiques bouffées de courage. Il n’en manque pas même après avoir jeté un énième regard dans la rue. Je voudrais juste qu’il regarde vers la droite pour que je puisse voir entièrement son visage. Je pourrais descendre quelques marches mais je n’ose pas. Ma main sur la rambarde tremble et j’ai le tournis.  Il a dix-sept ans de moins que moi exactement. Ce beau  garçon est mon fils. Quand ma copine m’avait annoncé qu’elle était enceinte, j’avais préféré prendre le large. Salement. En l’insultant, la traitant de traînée et nier ainsi ce gamin. Je suis un lâche mais il m’a quand même retrouvé. Il m’a dit au téléphone simplement j’aimerai qu’on apprenne à se connaître.  Pas de remord ou de haine dans sa voix. J’ai eu envie de chialer comme un gosse. Je savais que ce jour arriverait mais je me l’étais imaginé autrement. Des cris, des menaces, non, rien de tout ça. Je pourrais aller à sa rencontre, lui balancer que j’ai réussi ma vie et des foutaises de ce genre. Lui en mettre  plein les yeux. Quand je le vois là, sûr de lui,  je me dis que qu’il ne mérite pas un père comme moi. Et inversement. Sa mère en fait quelqu’un de bien, pas comme moi.  Avant de repartir, je le regarde une dernière fois. J’ai mal et c’est de ma faute.
Hypothétiques rencontres et souhaits. Le jeune homme vérifie que sa poche contient bien l’objet acheté. Depuis dix minutes, il l’attend. Pour tuer le temps, il cherche sa présence du regard, s’imagine la suite de la soirée et  s’en réjouit d’avance. Les minutes semblent interminables d’autant plus qu’il sait que son avenir va se jouer dans les heures suivantes.
Dans une voiture garée à vingt mètre du restaurant, un homme fume cigarette sur cigarette. La femme à ses côtés est silencieuse. Il tapote nerveusement le volant. « Tu l’as vu ? ». La femme se contente d’acquiescer de la tête et de lui désigner l’escalier. Le jeune homme s’approche du pare-brise, plisse les yeux pour deviner la silhouette.
Une jeune femme arrive devant le restaurant. Ses joues rosées indiquent qu’elle s’est dépêchée. Il la prend dans ses bras, l’embrasse. Il ne peut s’empêcher à la boîte emballée dans sa poche qui contient  une bague de fiançailles. Ce soir, il va la demander en mariage.
Dans la voiture, le jeune homme prend un sac de sport posé sur la banquette arrière. La silhouette s’éloigne des escaliers en sens inverse. Il l’ouvre, vérifie que la batte de  baseball est bien là. « On y va, m’man ». « Oui ». Le ton est sec. Dix-sept ans qu’elle attend ce moment. Dix-sept ans à ruminer sa vengeance. Ce soir, il va payer pour tout le mal qu’il lui a fait.
Il s'agissait de mon texte pour l'atelier de Leilonna Une photo, quelques mots  à partir de la photo ci-dessous :


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