samedi 20 août 2011

Ambitions fauchées

Voici ma  participation aux plumes de l'été chez Asphodèle. Même si je ne suis pas vraiment satisfaite, je le poste quand même. Les mots à intégrer au texte étaient les suivants : GIRAUMON – GAMBADER – GARAGE – GIVRE – GARGOUILLE – GAMBIT – GALOP – GABARIT – GLORIOLE – GALIPETTE (S) – GALLINACÉ – GRILLE – GLAND – GROTESQUE – GEMIR – GOURMAND – GODILLOT – GRAVE – GRILLON – GALIMATIAS – GIROFLE – GARAMOND* (facultatif).
Max se demande pourquoi il est encore puni. Quand son père s’est levé brusquement de table et l’a fusillé du regard, il aurait voulu disparaitre. Etre avalé par le sol. Max voulait crier, protester mais les mots sont restés coincés dans sa bouche.  La main brusque de son père la conduit au cagibi près du garage.  Il a entendu le bruit de la clé qui fait de lui un prisonnier. Maintenant, il est seul. Luttant contre  la peur. Dans ce réduit, sont entreposés l’aspirateur, de vieux godillots que son père utilise pour aller gambader dans la campagne et sur une étagère des giraumons.  Ils sont pourris  depuis bien longtemps.  Dans l’obscurité, tous ces objets deviennent des monstres. L’odeur aigre de la moisissure lui donne la nausée. Son ventre gargouille, il a faim mais  l’effroi est  plus fort.  Assis, il entoure ses jambes de ses bras,  pose sa tête sur genoux et attend.  Attendre que la colère de son père s’envole. Depuis que sa  mère est partie, tout a changé.  Avant, il accompagnait son père lors des promenades. Ils ramassaient ensemble des girofles, son père lui apprenait à différencier les champignons, les meilleurs coins pour les chercher.  Par la grille d’aération perlée de givre,  il entend le vent gémir. Lui aussi est  malheureux, il souffle ses  mélopées.  Max l’écoute. Sa mère  lui avait promis de venir le chercher. Cela fait longtemps maintenant. Mais, Max continue de s’accrocher à cette promesse comme à une bouée de sauvetage.
Emma soupire d’ennui. Comme beaucoup d’autres. Ils sont là dans un couloir accompagnés souvent de leur mère. Bien habillés, bien coiffés tenant leur book . Certains affichent des mines  graves ou décontractées, d’autres des airs hautains. Aujourd’hui Emma participe à un casting pour une publicité qui a besoin d’enfant âgés entre dix et douze ans.  Ils sont nombreux et la concurrence sera rude. Sa mère est tellement fière de raconter à tout le monde qu’Emme est un futur mannequin !  Elle tire du physique de sa fille des glorioles dont elle se pare. Elle lui dit souvent qu’elle, enfant,  n’a pas eu cette chance alors que  dans son entourage on disait  qu’elle était belle. Aussi belle que les filles qui posaient dans les catalogues. Emme trouve que sa mère l’a coiffé d’une manière grotesque. D’ailleurs, elle se sent ridicule. Se mère se penche et lui murmure à l’oreille : «  tu vois celle là, et bien avec son gabarit, c’est certain qu’elle sera refusée ! ». Depuis quelques mois, l’appétit l’a désertée, son esprit est tiraillé. Sa mère ne s’est pas aperçue de ses joues creusées. Emma voudrait partir au galop,  arrêter ces séances photos. Mais elle continue pour sa mère jusqu’à ce qu’elle comprenne son SOS.
Antoine réfléchit. Ou fait semblant. Quand il avait commencé à jouer aux échecs, il y prenait du plaisir mais maintenant, il s’agit d’une corvée. Et dire que ses parents ont engagé un professeur particulier qui vient deux fois par semaine.  Face au gambit réalisé par monsieur Fromer, il ne réagit pas.  La stratégie ne l’intéresse plus. Depuis un exposé réalisé en cours de SVT,  il se passionne désormais pour l’étude de la nature. Il peut rester des heures plonger dans  des ouvrages sur les gallinacés. Ses parents ont vu d’un mauvais œil  les livres consacrés aux échecs côtoyés des glands, des herbiers. Son esprit s’évade.  Il s’imagine à sauter dans les blés, à faire des galipettes parmi les herbes hautes.  Monsieur Fromer parle mais Antoine n’en à que faire de ses galimatias. Pour l’heure, il est allongé dans les foins. Il ressent le soleil  qui lui chatouille le visage, il entend les grillons. Une orgie de couleurs, d’odeurs et de sons déclenchent sur ses  lèvres un sourire. Son professeur dit d’un ton sec «  il va falloir que je m’entretienne avec vos parents. Quel dommage de gâcher un tel potentiel ! ».  Antoine imagine  déjà la colère de ses parents, les plaintes, les soupirs de désespoir. Ce seront  leurs ambitions qui seront  fauchées, pas les siennes.


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