lundi 15 août 2011

Régine Détambel - Son corps extrême

Éditeur : ACTES SUD - Date de parution : Août 2011 - 147 pages et un coup de cœur !

Alice, la cinquantaine, a eu un grave accident de voiture. Plongée dans le coma pendant plusieurs jours, elle va devoir ré-apprivoiser ce corps meurtri. Admise dans un centre de rééducation, elle fait la connaissance d’autres patients qui ont tous leur histoire, une équipe médicale qui œuvre vers un seul et même but. Alice au lieu de s’enfoncer dans le drame de son accident va le considérer comme une chance de redémarrer sa vie.
L’histoire et l’écriture de ce livre sont si puissantes, si intenses que  j’ai terminé ce livre le souffle coupé et les yeux embués de larmes ! Je ne pouvais que vibrer à cette lecture qui a trouvé de nombreux échos en ma personne. Suite à son accident de voiture, Alice est plongée dans le coma. Dans ce  paradis artificiel de la non-douleur, elle flotte tiraillée par la tentation de rester dans ce monde indolore, de pas ne pas réincarner sa vie d’avant. Elle perçoit le monde qui l’entoure enveloppé de ouate. Son fils est venu la voir une fois. Pas plus. Après plusieurs semaines d’hospitalisation, elle est admise dans un centre de rééducation. Alice elle va devoir réapprendre à marcher : travail où elle ressent chaque infime partie de son corps. Muscles fondus et endormis, articulations rouillées ou bloquées, Alice a le corps d’une marionnette désarticulée. Mais son corps bien que meurtri va retrouver la mémoire aidé par l’équipe médicale.  Les centres de rééducation sont des lieux où chacun est à égalité et où les démons passés et futurs ont le temps d’accaparer la mémoire. Alice commence un cheminement intérieur car les soubresauts de la vie amènent à une réflexion sur soi-même. Elle fait la connaissance de Caire, un patient. Au fil de leurs conversations et de leurs partages, Alice convoque les souvenirs oubliés qui remontent à la surface  par fragments. Des pans de son enfance que sa mémoire avait volontairement occultés lui reviennent. Et le poids de la culpabilité surgit. La question se pose en filigrane : son accident de voiture n’était-il pas un acte suicidaire ? Petit à petit, le travail quotidien, les efforts portent leurs fruits.  Alice remarche avec des béquilles maladroitement puis elle fait se premiers pas toute seule. Prête à saisir cette deuxième vie.
L’écriture de Régine Détambel est  riche par sa magnificence, une écriture où la poésie s’invite naturellement. Un style qui n’est pas sans me rappeler celui de Sylvie Germain. Loin d’être  un traité de kinésithérapie, Régine Detambel nous offre un roman tout simplement magnifique où l’on redécouvre la merveilleuse mécanique du corps et sa mémoire.  Un livre vibrant, intelligent et puissant de la première à la dernière phrase …Un vrai coup de cœur !
Le vide est un baume aux tourments de soi. Une terrible et merveilleuse dispense d’humanité.
Minimum vital : air, eau et morphine. Alice qui avait trouvé sa vie trop pleine, bouffie d’excroissances insipides, a maintenant l’occasion de la purger. 
Les pages moussent dans toute la pièce. Alice aime que toute sa main travaille, elle envoie chaque mot à sa besogne, pour son histoire, sa narration dépurative. Elle laboure par le feu, elle sarcle par le Bic. Et pour que les larmes ne gèlent pas, ajouter à l’encre quelques gouttes d’eau de Cologne.

Le billet de Cathulu.
Merci à Libfly !

 

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